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 fin de " la personne"

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Emilie
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Date d'inscription : 26/12/2004

MessageSujet: fin de " la personne"   Lun 30 Jan - 10:26

le personnage d’un Chrétien persécuté s’est lui-même converti et a subi le martyre. La personne est construite par le regard social qui est posé sur elle, il n’y a nulle personne qui se tienne en réserve sous les personnages que nous ne cessons de jouer notre vie durant (personnage d’enfant, d’étudiant, de conjoint, de collègue de travail, etc.)

Voir en l’autre une personne c’est décider de la traiter comme une personne, douée de droits et de devoirs, devant qui je peux avoir des comptes à rendre et qui est à son tour susceptible de rendre compte de ses actions. Par exemple, dans le roman de Vercors les animaux dénaturés, des paléontologues découvrent une espèce nouvelle, toujours vivante, à mi-chemin entre le singe et l’homme : faut-il les traiter comme des hommes, comme des personnes ? Les secours de l’anthropologie se révèlent impuissants à constater s’il s’agit réellement d’hommes ou non. Finalement, on en est réduit à décider si on les accepte dans la communauté humaine ou non. Ils seront des personnes dans la mesure où on les traitera comme tels.

« Dans la mesure où chacun est reconnu comme une essence libre, il est une personne. C’est pourquoi le principe du droit peut s’énoncer ainsi : chacun doit être traité par autrui comme une personne. » (Hegel)

L’unique principe de la morale peut se formuler ainsi : « comporte toi toujours de telle façon que tu traites toujours l’humanité en ta personne comme en celle d’autrui jamais simplement comme un moyen mais toujours en même temps comme une fin en soi. » (Kant) Toutes les autres choses du monde n’ont une valeur que relative (cette valeur dérive de leur utilité, et donc dérive de leur qualité de moyen en égard à la fin que l’on se fixe.) l’homme seul a une valeur absolue ou encore une dignité qui est indivisible et n’est pas susceptible de degrés. Refuser de traiter l’autre comme une personne, c’est donc lui retirer ou lui contester son humanité.

« Une personne est un être pensant et intelligent, disposant de la raison et de la réflexion, qui peut se considérer elle-même comme la même en différents temps et en différents lieux. » (Locke)

Nietzsche insiste sur l’idée qu’une véritable « personne » est « un fait très rare », une exception. « Rien n’est plus rare qu’une action personnelle. » Tant que l’individu se laisse porter par les instincts grégaires (par lesquels les hommes se conduisent en troupeau et non en individus), l’action ne porte aucune trace personnelle, elle n’exprime aucune personnalité propre. Il faut surmonter la facilité consistant à agir aveuglement en fonction du groupe, comme l’animal obéit aveuglément à son instinct, pour devenir une personne. « La plupart des hommes n’ont aucune personnalité, quelques-uns en ont plusieurs. » (Nietzsche) Nous sommes parfois plus riches que nous ne le croyons, nous pouvons être porteurs de l’ébauche de plusieurs personnalités qui, en fonction des circonstances, trouveront ou ne trouveront pas à se manifester.

Emmanuel Mounier s’efforce de dépasser l’opposition entre individualisme et comportement collectif ou social. L’individualisme « enferme l’individu dans des attitudes d’isolement et de défense ». (Mounier) l’homme n’est une personne, en revanche, que dans sa relation à d’autres hommes, reconnu par d’autres hommes. La personne, c’est l’homme en tant qu’il n’existe que vers autrui et ne se connaît que par autrui. Il existe un monde de la personne qui est un monde de relations, alors que l’individu vit replié sur son espace privé.

L’idée qu’il y aurait un « noyau » de la personne qui serait permanent de la naissance à la mort est une idée illusoire. Qu’y a-t-il de commun entre le nourrisson que nous avons été et le vieillard que nous serons ? En un sens, rien. Nos idées, notre caractère, notre sensibilité : rien qui soit permanent et stable, rien qui ne soit pris dans le cours du devenir. Notre désir de croire le contraire s’explique d’une part, en ce qui nous concerne, par l’angoisse du temps qui passe et nous emporte, d’autre part, en ce qui concerne autrui, dans le désir de nous trouver un vis-à-vis permanent à qui nous puissions nous raccrocher ou nous en prendre. « Partout où l’on cherche une personne identique à travers le temps, c’est l’instinct de vengeance qui est à l’œuvre. » (Nietzsche) Comprendre que celui qui m’a blessé il y a dix ans n’existe plus tant il a changé, et moi aussi, c’est comprendre l’innocence fondamentale du devenir : tout est emporté par le devenir, il n’y a personne à qui nous puissions faire appel ou nous en prendre.

Mais s’il est vrai que rien n’est soustrait au temps du devenir, cela n’implique pas que, de la naissance à la mort, ce ne soit pas toujours de nous qu’il s’agisse. Rien ne demeure identique à soi, mais c’est bien moi qui change, qui passe par tous les âges de la vie. Mon histoire me façonne, et est mienne en tant que par ma mémoire, j’en assume tous les moments comme le chemin par lequel il m’a fallu passer pour être ce qui je suis aujourd’hui. A la permanence d’une substance, il faut substituer la continuité d’une histoire. Oui, j’ai changé, tout en moi peut-être a changé, mais c’est bien moi qui ai changé, j’assume ce changement comme étant ma propre histoire. L’identité personnelle a la structure d’un récit. (Ricœur). L’identité personnelle est donc construite et non donnée au départ. Les névroses ne sont peut-être pas autre chose que des perturbations de cette construction : le névrosé a des « lacunes » dans son propre passé, la cohérence de son histoire lui échappe, il a par conséquent des « lacunes » dans son identité. Le travail de l’analyse consiste-t-il en autre chose qu’à retisser les fils rompus de cette vie pour que l’identité personnelle du sujet cesse d’être problématique à ses propres yeux ?

Conclusion : la personne renvoie à ce que nous avons de plus intime, à qui nous sommes, mais elle est en même temps un fait social et une catégorie juridique. Un homme seul pourra bien être un individu, mais jamais une personne. Etre une personne, c’est être capable de répondre de soi et de ses actes devant quelqu’un. La responsabilité est fondatrice de l’homme. (Levinas). La faculté qu’a l’homme de faire des promesses est peut-être ce qui lui confère une identité suffisante, en dépit du temps qui passe pour qu’il puisse se reconnaître comme le même qui a promis jadis et qui tient ou ne tient pas sa promesse aujourd’hui. Faire une promesse, c’est demander à l’autre de se faire le dépositaire et le garant de la continuité de notre vie. Est-ce alors la fidélité à soi qui rend possible la fidélité à l’autre, ou bien est-ce au contraire la fidélité à l’autre qui est requise pour qu’on puisse parler d’une véritable fidélité à soi

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