Extrait de "Les oiseaux se cachent pour mourir" alors que Ralph s'est froissé des côtes et qu'il a une ecchymose qu'il s'est infligé dans le débarquement lors d'un voyage en avion"
"Elle avait baissé la tête, ses lèvres effleuraient délicatement
l'ecchymose, ses paumes remontaient le long de la poitrine, glissaient sur
les épaules avec une sensualité délibérée qui le frappait de stupeur.
Fasciné, terrifié, voulant à tout prix se libérer, il pivota, lui repoussa
la tête, mais ne réussit qu'à se retrouver dans ses bras, serpents
enroulés autour de la volonté, étouffant jusqu'à l'ombre d'une velléité. Oubliée la
douleur, oubliée l'Église, oublié Dieu. Il trouva sa bouche, lui écarta
avidement les lèvres, affamé d'elle, sans découvrir dans l'étreinte
l'apaisement de l'affolant élan qui montait en lui. Elle lui offrit son
cou, dénuda ses épaules dont la peau était fraîche, unie, satinée ; il lui
semblait qu'il se noyait, s'enfonçait de plus en plus profondément, à bout
de souffle, désarmé. La perception de son état mortel pesait sur lui,
énorme poids lui écrasant l'âme, ouvrant les vannes au jaillissement
amer de ses sens qu'emportait un flux irrésistible. Il eut souhaité pleurer ; les
derniers vestiges de son désir se tarirent sous le fardeau que lui
assénait sa condition d'humain, et il délia les bras serrés autour de son corps
misérable, se laissa retomber sur les talons, tête baissée, paraissant
totalement absorbé par la contemplation de ses mains tremblantes posées
sur ses genoux.
Meggie, que m'as-tu fait ? que me ferais-tu si je me laissais aller ?
Meggie, je t'aime. Je t'aimerais toujours. Mais je suis prêtre, je ne peux
pas... Je ne peux tout simplement pas."
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