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| | le rapport à autrui ? une nécessité et un devoir? | |
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Emilie 100 messages

Nombre de messages : 459 Localisation : France Date d'inscription : 26/12/2004
 | Sujet: le rapport à autrui ? une nécessité et un devoir? Sam 12 Fév - 12:31 | |
| Mais si les échanges (sexuels ou économiques) sont nécessaires à la survie, ne sont-ils pas aussi des prétextes pour que se nouent des liens sociaux stables? (Mauss). Autrui est celui avec qui je suis en société : ces rapports ne sont pas seulement optionnels (livrés au bon vouloir de chacun, aux affinités ou aux inimitiés qui se forment spontanément). Mon prochain, c'est tout homme en tant que je suis appelé à vivre avec lui, à partager une même Terre ou un même pays, et donc en tant que, de près ou de loin, son sort et le mien sont liés que je le veuille ou non.
Quelque chose d'essentiel se joue pour l'homme dans sa rencontre de l'autre : L'autre n'est pas seulement mon "semblable" ou mon frère "humain". Il est d'abord celui qui me permet de me poser la question : "Qu'allais-je faire, et de quel droit ?, et qui m'oblige à me la poser. Il est celui qui m'invite à la justice (Lévinas). Ce n'est qu'occasionnellement qu'autrui peut-être, dans une circonstance déterminée, mon rival ou mon auxilliaire. Ce qui est permanent, en revanche, c'est mon altérité( le fait d'être radicalement et définitivement autre) insurmontable : le fait qu'il ne sera jamais moi ou mien, mais celui que j'aborde de face, celui que je découvre par son visage qui me regarde, par sa voix qui s'adresse à moi (Lévinas). L'altérité est toujours insurmontable : je peux les acheter, les modeler ou les façonner par mon travail (Hegel et Marx) donc les faire miennes. Je peux les consommer, et donc, surmonter définitivement leur altérité. Je ne peux en revanche surmonter l'altérité de l'autre (en le réduisant à l'esclavage, ou en le tuant par exemple) qu'en passant radicalement à côté de l'expérience de l'altérité que me propose l'existence d'autrui. La relation avec l'autre suppose une distance infranchissable entre l'autre et moi, c'est cette distance qui fait vivre la relation. loin de la réduire, la relation à autrui m'enseigne à en prendre toujours profondément la mesure.
Le latin dispose de deux mots, là où nous n'en avons qu'un en Français pour désigner l'autre : alius et alter. Alius, qui a donné en fançais aliènation, aliéné (le fou est un "aliéné" en ce sens qu'il ne s'appartient plus lui-même, ne se ressemble plus, ne se reconnaît plus) signifie l'autre en tant qu'il menace mon identité ou ma liberté, mon autonomie. Lorsque je dois dépendre d'autrui, pour assurer ma survie, je suis alièné. Alter, qui a donné en français altérité, signifie l'autre en tant que je rencontre un vis-à-vis qui m'est absolument étranger, et qui me permet de vivre, à travers la relation, la tension entre le moi et le non-moi, de découvrir ce qui n'est pas moi et par là d'explorer les frontières du moi, de mieux me connaître moi-même. | |
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