les 3 fils du maître
Lors d'une discussion avec un ami, un maître de sabre lui proposa de lui présenter ses fils. Pour tester leurs capacités, il plaça un seau d'eau sur le dessus de la porte, pour piéger l'entrée.
Puis il convoqua l'aîné, qui prit conscience du danger, avant d'entrer. Il ouvrit la porte en reculant immédiatement, pour s'adapter à la situation.
"C'est mon fils aîné", expliqua le maître, "il se prépare pour la maîtrise". Puis il convoqua le suivant.
Le cadet, moins avancé que son frère, se fit surprendre en poussant la porte. Mais en esquivant, il eut largement le temps d'éviter le seau.
"Mon fils cadet est sur la bonne voie, mais il lui reste encore beaucoup à apprendre".
Le benjamin, quant à lui, ne vit que du feu : en ouvrant la porte, le seau le heurta de plein fouet, mais il eut le réflexe de dégainer son katana et d'exploser le seau avant qu'il ne touche le sol.
"Voici mon petit dernier : il n'en est qu'à ses débuts... mais il est encore très jeune".
Ce conte d'autrefois est une véritable leçon de modestie pour nous-autres, Occidentaux. Chez nous, on voit très rarement un pratiquant d'arts martiaux dépasser le stade du benjamin.
Extraits des "contes d'arts martiaux", Ed. Poche le vieux chat
Autrefois, à l'époque du Japon féodal, le Shogun du moment était confronté à un gros problème : dans sa demeure, un rat particulièrement fort tenait tous les chats en échec ; aucun d'eux n'osait se frotter à lui.
Pour trouver une solution, le Seigneur de la Guerre envoya ses messagers dans les quatre coins du comté. Ainsi, il apprit que dans le village voisin vivait un vieux chat, exceptionnellement doué pour occire les rats, quelque soit leur gabarit.
Après les politesses d'usage, le tigre de salon fila tout droit devant la cheminée d'où il ne bougea plus. Dès le lendemain, le rat vint le narguer, en passant ostensiblement devant lui, en roulant des épaules. Le vieux chat daigna à peine ouvrir les yeux pour le regarder. L'autre, imbu de sa force et de son agilité, se rapprocha de plus en plus... toujours pas de réactions.
Avec le temps, le Shogun devint d'humeur maussade, car son tueur tant réputé se comportait davantage comme un squatter, nourri et logé de surcroît. Quand le rat passait devant le matou, il ne prêtait même plus attention à lui, tout occupé à organiser ses razzias.
Jusqu'au jour où le vieux chat le foudroya d'un coup de patte, un atémi en pleine poire suivi d'un coup de dents pour briser la nuque.
Quand le Shogun rentra chez lui, il vit le cadavre à l'entrée, et le vieux chat au coin du feu, comme à l'accoutumée... comme s'il ne s'était jamais rien passé.
Extraits des "contes d'arts martiaux" - Ed Poche le laboureur et ses enfants
Au soir de sa vie, le vieux laboureur convoque ses enfants. Il leur confie sur son lit de mort que dans le champ sauvage, abandonné depuis l'aube des temps, est enfoui un trésor.
Le champ est aussi sauvage qu'immense, envahi de ronces et d'arbres sauvages.
"Il faut nous indiquer l'endroit exact" insistent ses enfants, mais le Vieux se contente de fermer les yeux en souriant narquoisement.
ils débroussaillent, retournent la terre dans tous les sens, en vain. Après des années de recherche, toujours rien...
"Autant semer du maïs, puisque le champ est défriché" se dirent-ils.
L'automne suivant, la grange devint trop petite pour stocker la récolte, le maïs du champ sauvage suffit à nourrir toute la région : voilà le trésor !
Changement de décor : le dojo. Les entraînements n'en finissent pas, ils deviennent de plus en plus longs, de plus en plus durs.
Les années passent, et toujours pas d'agression, même pas une petite ! Pourtant, dans cette terre aride et désolée, il y a un trésor...
Extraits de "mon PC" – Ed. perso le coffre de Pandore
Un maître promit d'offrir une récompense à celui, parmi ses élèves, qui persévérera le plus. Le jour venu, il remit un coffre au plus persévérant, en sachant, bien sûr, que son élève ne pourra pas résister à la tentation de l'ouvrir, malgré ses avertissements.
Après avoir longuement admiré la finesse des ornements sculptés du coffre en bois, l'élève se décida à l'ouvrir.
A peine ouvert, il en sortit tous les malheurs : les courbatures des lendemains d'entraînement, les bleus et les foulures pour les maladroits, les heures perdues à poireauter dans les bouchons sur la route des stages, les crises conjugales de retour de stage, les nuits d'orage au fond d'une tente à Die et à Perpignan, le camping sauvage dans le Bois de Boulogne, et bien d'autres misères encore...
"eh ben, dis-donc, tu m'as arrangé la gueule avec ton coffre !" Le maître répondit : "tu as vu ce qui en est sorti, mais tu n'as pas regardé ce qui est resté".
L'élève y retourne : au fond du coffre restait… l'espérance.
Extraits de mon PC - Ed. perso Coyote
Après la création du monde, le Bon Dieu prit la décision de faire une longue pause… Plus tard, il se décida de revenir sur terre pour fignoler son travail, en récompensant les espèces qui ont suivi la meilleure évolution.
Le représentant des hommes : Coyote, rallia lui aussi le point de rendez-vous, la veille au soir.
Mais comme il était encore trop tôt pour aller se coucher, il rejoignit le bar du coin pour boire un coup… d'autres coups suivirent.
Le lendemain, après une malencontreuse grasse matinée, il se remit en chemin, pour rentrer chez lui. Subitement, à la sortie d’un virage, il rencontre le Bon Dieu revenant du festival.
Coyote se confondit en excuses, pour tenter d’expliquer l’inavouable… pour s’entendre dire qu’il était très attendu, lui, le représentant des hommes, pour recevoir le premier prix. Depuis, les autres ont tout rafflé : la force du lion, la vitesse du chat, la souplesse du boa… il ne reste vraiment plus grand-chose.
"Donne-moi la persévérance", se souhaita Coyote, "une volonté inébranlable inclut tous les pouvoirs".
Extraits des mythologies amérindiennes
(adaptées pour les besoins de la cause)
Ed. Perso
la balle de foin
Un ronin (un Samouraï au chômage) travaillait comme ouvrier agricole, en attendant des temps meilleurs. En ce temps là, le RMI n'existait pas, pas plus que les ASSEDIC : il fallait travailler pour pouvoir manger.
Et quand on travaille pour un patron pauvre, le salaire est aussi maigre que le dîner. Quand il partit se coucher à l'étable, il grelottait de froid. Le paysan, quant à lui, était en proie aux remords. "Mon travailleur est nourri-logé, mais c'est vraiment pas folichon. D'autant plus que l'hiver est rude... je vais lui ramené une balle de foin pour qu'il ait un peu moins froid".
Quelques années plus tard, vint la guerre, et avec elle, le plein emploi. Après diverses actions d'éclat, le Samouraï agricole devint Samouraï-chef, puis, d'échelons en échelons : Shogun, un seigneur de la guerre.
Longtemps après, la vie le ramena dans la région où il a travaillé comme paysan, dans sa jeunesse. Il en profita pour rendre visite à son ancien patron.
Il fut surpris de constater à quel point le malheur s'est acharné sur lui : la femme malade, les enfants en guenilles, les assiettes quasi vides à l'heure de midi...
Le Shogun s'éclipsa pour revenir prestement à la tête d'un troupeau de vaches, des moutons et quelques chèvres. Il présenta son médecin attitré au paysan, pour qu'il soigne sa femme, puis il posa un gros sac d'or sur la table.
A la question de l'ex-patron complètement éberlué, il répondit : "avec ma fortune actuelle, le bétail et le sac d'or sont négligeables. Par contre, je n'ai jamais oublié la balle de foin que tu m'as apportée le soir où j'avais froid".
Moralité :
écrivez des articles pour le Petit Rapporteur
[le magazine du club Goshinkai de Morsbronn-les-bains]
la Vie vous le rendra... je l'espère, du moins.
"Extraits de mon PC, Editions persos"