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 MarcelleCanada : Mon Canada

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Localisation : Lévis secteur Charny, Québec, Canada
Date d'inscription : 18/12/2004

MessageSujet: MarcelleCanada : Mon Canada   Sam 19 Déc - 20:03





Mon Canada (suite).



Le St. Laurent après le passage du brise glace.

Au début des années soixante, considérant que le métier de mon mari nous obligeait à quitter la ville, s'offrait à nous quatre choix : une ville française et trois Pays. (Toulouse, La Tunisie, le Canada ou l'Australie).

Mon mari quittait l'armée française, avec en poche un brevet de mécanicien moteur d'avion. Nous avions un fils âgé de 16 mois au jour de notre départ. Nous avons tiré à pile ou face notre destination future. Notre choix s'est donc porté sur le Canada.

Bien évidemment le Canada français s'imposait à mon mari, pour qui l'anglais n'était que des gribouillis incompréhensibles dans les livres. Il avait seulement des notions d'espagnol. Côtoyant souvent des travailleurs temporaires de notre pays voisin l'Espagne. Chose étrange, j'étais peu attirée par cette langue, j'ai toujours été incapable de rouler les r, et j'ai choisi l'anglais au collège. Donc voilà nos trois jeunes et téméraires immigrants partis un beau jour d'avril 1964, après 12 longues heures de train de Béziers à Paris, puis direction le Havre (pas de TGV à cette époque), avec seulement 500 francs anciens de l'époque en poche, des dettes, puisqu'en ce temps là, l'immigration canadienne avançait le voyage et les frais de logement etc. à l'arrivée, jusqu'à l'intégration.

Le voyage, sur le Ryndam, bateau hollandais américain, ne fut pas des plus facile, mon mari ne comprenait rien, mon fils était à surveiller comme le lait sur le feu, et moi j'ai eu l'estomac à l'envers pendant la totalité des onze jours. Pas rapide les bateaux en ce temps là. Je n'ai pas le pied marin, j'ai peu apprécié, peu mangé et pas beaucoup dormi.

Je me souviens encore du bruit énorme que faisait le brise glace sur le Saint Laurent à notre arrivée. C'était début avril et tout était gelé.

Nous voilà enfin à Montréal après avoir satisfait aux tracasseries des autorités portuaires. De là les services d'immigration, nous envoient direct vers un logement appelé : flat, comme en Belgique, loué par eux. En plein Montréal.

Mon premier réveil le lendemain, premier étonnement, des écureuil noirs sur la fenêtre et le gazon. Si familiers qu'ils venaient réclamer à manger. Je n'en avais jamais vu de noirs ils sont roux en France, et hélas rares parce que chassés. Et là Oh ! Surprise ils pullulent en pleine ville.

Quatre jours après mon arrivée, après avoir épluché 'la Presse » le plus « gros » journal du monde, il avait vingt pages et plus. Me voilà, partie travailler au dix-septième étage d'un immeuble, armée d'un plan de Montréal, rires, je ne me souviens plus ni de la rue ni de l'immeuble. Mais que c'était surprenant aux yeux de la jeune bitérroise que j'étais. Et que c'était dur de se retrouver entre bus, métro et streetcars..(traways), de longues heures de trajet parfois.

Mon mari ne trouvant rien, nous sommes restés seulement une semaine là, et les services d'immigration nous ont envoyés, ainsi que deux autre couples français arrivés avec nous, à Sutton dans le Québec, à la limite du Vermont. Là nous attendait un emploi dans une filature.

Un arrangement fut trouvé pour habiter à deux couples dans un appartement du village. Charmant village au demeurant, un lac aux pieds et la montagne en arrière plan. On pouvait faire du ski sur le mont Sutton, et en bas on pouvait pêcher et faire de la voile sur le lac.

Pas mal de choses m'ont surprise.
Par exemple, le village était séparé en deux, en haut les habitants catholiques, en bas les protestants, ou vice versa, c'est loin.

En arrivant, on est obligatoirement présentés ( au curé pour nous catholiques) et les mots de celui-ci ne sont jamais sortis de ma mémoire : - «Bonjour et bienvenue, a-t-il dit, nous verrons à l'usage si vous êtes de ces catholiques pour qui la religion n'est praticable que les jours de communion, mariage et enterrement.» Pas de commentaire, je n'ai jamais revu ce curé peu diplomate à mon humble avis.

Il y avait en face chez nous une taverne, pas de café à terrasse comme en France. Je cherchais un jour mon mari sorti prendre un café avec les hommes, et je suis rentrée direct dans cette taverne, toutes les têtes se sont tournées aussitôt vers moi, des hommes, rien que des hommes, dont l'un se lève gentiment et me murmure: madame vous devez aller côté femmes. A vingt et un an, on se sent gêné.

Rien d'ouvert le dimanche à cette époque dans le Canada puritain. Pas de cinéma, rien. Sans doute parce que c'était un village. Ça a changé depuis sans doute.

Une anecdote drôle. Nous travaillons donc à la filature, et le premier mai, les deux couples que nous sommes restons au lit, heureux de ce jour de fête du travail. Rires. Vers huit heures trente, on sonne, voilà notre chef d'équipe qui vient s'informer pourquoi il lui manque quatre employés d'un coup ? Nous, l'air étonnés, expliquons, et il part d'un grand éclat de rire, disant ici au Canada, c'est le premier lundi de septembre.

Nous sommes allés travailler, amusés et penauds à la fois.

Là j'ai rencontré des français du nord, qui nous ont servi nos premières crêpes au sirop d'érable, et aussi, parait-il recette de chez eux, des fraises au vin dans lesquelles ils ont mélangé avant de servir, une énorme jatte de crème fouettée, ce qui donnait un mélange épais et rose dans lequel se cachaient les fraises. Bon, mais étonnant pour moi habituée à nos fraises au vin du Midi de la France, ou fraises chantilly simplement. Mais jamais les deux mélangés.


La vie a continué avec ses découvertes, et tout à coup seulement un mois après, mon mari décide que la filature ce n'est pas son truc. Il part un beau matin pour l'Ontario, seul par le train sans même avertir l'immigration, qui a failli en faire une jaunisse. (En effet, vu que nous avions une dette à rembourser, nous devions les aviser de tout déplacement.)

Je dois dire que c'était assez courageux de la part de mon mari qui comme je l'ai dit, ne parlait pas un mot d'anglais. Pour ma part j'ai continué à travailler jusqu'en septembre, puis l'ai rejoint avec mon fils, armes et bagages. Là-bas le train transportait facilement et à peu de frais, même les meubles.

Et pour atterrir où ? Je vous le donne en mille.

Mon mari n'a pas trouvé d'emploi et nous a fait embaucher dans une ferme à Aurora, Ontario. Ni facile ni évident, nous sommes restés un mois là, très dur pour des non initiés. Et moi qui devait en plus m'occuper de mon fils. Par relation, juste en parlant, il a ensuite trouvé un emploi chez Douglas Aircraft, un constructeur en aviation. A Toronto se fabriquait les ailes, le reste aux USA. J'ai vu là un jour d'exposition, le premier DC10. Avec lequel quelques années après j'ai volé vers la France.

Toronto est une immense ville avec le lac Ontario qui baigne ses pieds. Une Province où réside un Canadien sur trois, Présents : l'industrie, les arts et les sciences. La population est composée d'un large éventail de cultures attirées vers cette province dynamique. Ici plein de contrastes, de paysages variés comprenant le Bouclier canadien, vaste formation rocheuse riche en minéraux, qui divise les terres agricoles fertiles du sud et les basses terres marécageuses du nord. Plus de 250 000 lacs, à peu près un tiers des réserves d'eau potable du monde. En été, les températures peuvent atteindre plus de 30 °C (86 °F) (J'ai constaté beaucoup plus.) Et en hiver, elles peuvent descendre sous les -40 °C (40 °F). Souvent l'après midi, les usines renvoient le personnel chez eux plus tôt, l'humidité et la chaleur étant insupportables. Il est donné en libre service aux employés des cachets de sel pour éviter une trop grande perte de fluides en transpirant. Le climat est tropical avec des énormes écarts de température entre nuit et jour. Même en été, il faut souvent chauffer les tentes la nuit. Par contre le froid très sec n'est pas trop dur à supporter, sauf tempêtes, pas de vent où j'étais. Souvent quand la température d'hiver remontait à zéro (32° F), je trouvais qu'il faisait chaud et allais dans le jardin bras nus. J'ai bien changé.

Je me souviens mes leçons de conduite, données par mon mari, au demeurant pas patient, dans les parkings et rues de Toronto, en hiver. Ce qui signifiait prendre en compte les rails gelées dans les rues, ça glissait, rires, Heureusement pas eu d'accident. Comme les routes d'hiver transformées en patinoires, malgré les pneus à clous, il m'est arrivé de ne pas pouvoir m'arrêter. Très frustrant quand c'est un feu rouge, et dangereux aussi. Il faut conduire sans coups de freins brusques et rétrograder autant que possible. Sur les routes de campagne, magnifiques étendues de neige à l'infini, sans limite visible entre route et champs, l'Ontario étant assez plat à cet endroit. Parfois je ne savais plus si j'étais sur la route ou dans les champs. C'est plutôt fait pour les moto-neiges.

Nous voilà donc en route pour habiter Toronto, le travail de mon mari étant à Malton Airport. Il ne devait jamais quitter cet emploi jusqu'à sa mort.

Pour ma part, j'ai trouvé du boulot dans une usine d'électronique, (les claviers de machine à écrire différents, m'interdisant de postuler pour un emploi de secrétaire). Mais j'ai aimé et beaucoup appris avec les travaux manuels. A l'assemblage d'abord, puis je suis très vite passée à l'inspection. Au fil des années, je n'ai pratiquement jamais quitté ce secteur de l'électronique.

Parallèlement j'avais pris des cours du soir pour la dactylo, et les machines à calculer, mais me trouvant bien où je travaillais, ne m'en suis jamais servi.
Des cours du soir d'anglais aussi, qui, anglais pour débutant, ne m'apportait pas grand chose de plus, être immergée est la meilleure école. J'ai quitté aussi.

Toronto est une ville cosmopolite avec ses quartiers divers, chinois, arabe (c'est là que j'ai visité mon premier souk), italien, etc. Dans ces quartiers ils se regroupent, ils parlent leur langue, vendent leur spécialités, et certains ne parleront jamais anglais. Seuls ceux qui s'intègrent, se mélangent, comme moi et tant d'autres, vivent vraiment le pays à fond.

Une autre anecdote, (mes démêlés avec l'anglais) dans notre premier logement au 104 Riverdale avenue à Toronto. Le propriétaire habitait sur place, d'origine polonaise et parlant à peu près anglais, et moi, avec un bagage de cinq ans d'anglais d'Oxford au Collège, bonnes bases grammaticales, mais pas de pratique du parler. Au début, je posais tant bien que mal des questions à cet homme qui répondait toujours : maybe... Une énigme pour moi, sourires, il m'a fallu plus de quatre jours pour réaliser que si je décomposais le mot, ça signifiait:
May (verbe pouvoir)
Be ( verbe être).
Donc peut être. Il était polonais, mais visiblement donnait toujours des réponses de "normands". Pardon à mes amis de Normandie... Voilà mes premières anicroches avec l'anglais parlé. Surtout, incidemment que l'anglais parlé canadien est différent de celui que j'avais appris. Mais bon, je m'y suis vite mise, étant complètement immergée, travail, télé, etc.

Nous habitions à deux pas du parc de Riverdale, immense et avec des pelouses de velours. L'idéal pour pique niquer, et se croire en pleine campagne, car oui c'est permis de marcher dessus. Là aussi j'ai rencontré et nourri à la main des écureuils en grand nombre, et une autre espèce d'écureuils vietnamiens,(chipmunks) au dos rayé, très beaux.

Ensuite ce qui nous a fait bouger dans la ville, c'est uniquement pour trouver à se loger mieux que sous les toits.

Au bout de deux ou trois ans, tout commencait à aller bien, dettes remboursées, nous avons décidé d'acheter une petite maison à la campagne au nord de Toronto, à Oak-Ridges. Beau village calme avec un lac, le lac Wilcox. Ça a terriblement changé aujourd'hui, devenu la plus proche banlieue de Toronto avec ses immeubles géants. Je ne sais pas si j'apprécierais autant ce que ce village est devenu. Nous avons emménagé dans un petit cottage appartenant à une veuve, pas d'eau à l'intérieur, pas de salle de bain, un puit et une pompe dans la cuisine et un énorme poêle à charbon ou bois. Parfois il me fallait descendre dans le puit puiser un seau d'eau si la pompe était désactivée. Nous avions l'intention de rénover cette maison et n'en avons pas eu le temps.

Le cèdre bleu immense devant la porte, comme je l'ai aimé. Je n'ai jamais tout à fait pardonné à mon voisin qui a racheté la maison, de l'avoir abattu. Pour moi couper un arbre sans raison est un crime. Et lui s'est moqué de moi, parce que je laissais les pissenlits dans la belle pelouse, je les trouvais beaux. Rires. Les anglais ont un très beau nom pour les pissenlits (dandelions) (dents de lion) mais ils détestent les voir dans leurs pelouses.


Nous sommes restées ensemble, là, six mois.

La vie de tous les jours ? Pas exactement le rêve pour une jeune femme. Travail, le soir repas, puis invariablement, terrain de foot, où mon fils et moi étions spectateurs. Ou encore matchs à la télé, hockey entre autre pendant sept mois de l'année.

Les weekends, départ souvent le vendredi soir, vers le nord, loin, parfois huit à douze heures de route. Nous dormions dehors, dans une tente achetée d'occasion. Une barque en alu avec petit moteur hors bord arrimé sur le toit de la voiture. Souvent à l'arrivée, il fallait le porter sur nos têtes à l'envers, pendant des kilomètres en bord de torrents ou à travers bois, avec nos provisions et cannes à pêche, car dans le nord les routes étaient inexistantes, et il fallait traverser des bois et se diriger avec cartes de l'état major très précises, et boussoles.

Anecdote de "l'avant bateau". Nous avons un jour emprunté une vieille barque indienne qui prenait l'eau et sans rames, ce qui nous a fait utiliser une vieille et immense poêle en fer trouvée sur place. Pas très évident de se diriger... Rires. J'ai découvert au bord de ce même petit lac, des tas impressionnants de coquilles de moules vides. Très grosses, plus encore que nos moules d'Espagne, et ai ainsi appris qu'il y avait des moules d'eau douce. Ensuite, c'était la pêche, pas souvent pour moi qui restait au bord d'un lac ou rivière avec mon fils. Aussi bien car je n'étais pas rassurée dans le bateau.

C'est lors de ces occasions, que perchée sur d'immenses rochers en pente, la forêt derrière, le lac profond et immense aux pieds, que j'ai vu avec terreur, mon fils tomber, rouler et s'enfoncer dans l'eau. Pas le temps de réfléchir, j'étais seule, j'ai plongé toute habillée et l'ai remonté de trois ou quatre mètres de profondeur. Il a craché, toussé et a fini par dire en pleurant : - «maman tu n'as pas quitté ta montre, elle ne va plus marcher.» Quand à moi, mouillée sans rien pour me changer ni faire du feu, j'ai dû grelotter jusqu'au retour du pêcheur qui sur sa barque loin dans le lac, m'apercevait faisant des signes, et les prenait pour des bonjours. J'avais donné mon unique couverture à mon fils.

Je n'oublierai jamais ça car ce lac que je connaissais bien, j'admirais ces eaux sombres, si profondes, entourées de magnifiques forêts de sapins, nous y allions souvent, il y avait là d'énormes brochets, et aussi, horreur... des sangsues comme je n'en ai vu ailleurs, dix centimètres de long et plus. Non, je ne suis pas de Marseille, rien à voir avec la sardine qui a bouché le port. Rires. Heureusement aucune ne m'a confondue avec son petit déjeuner.

Cet endroit magnifique, grandiose et terrifiant se situe à French River. Là des mouettes effrontées, en grand nombre qui volaient nos provisions sous notre nez à même la table de pique-nique. J'ai rencontré là des indiens qui parlaient français. Ils l'ont appris des missionnaires.

J'ai détesté m'assoupir sur une couverture pour une sieste, le jour où je me suis réveillée entourée de chenilles processionnaires tombées des pins. Il y en a aussi beaucoup dans l'Hérault où je suis née. Surtout être très précautionneux avec elles, elles déclenchent pas mal d'allergies avec leurs poils urticants.

J'ai vu des ours noirs, par dizaines, parfois des mères avec deux oursons. J'ai vu un amateur photographe, un peu imprudent se faire courser par la mère parce qu'il s'était approché trop près. L'imprudent inconscient n'a dû son salut qu'à la présence d'esprit de son épouse qui a ouvert la portière où il s'est engouffré. La mère ourse est restée longtemps donnant des coups de pattes sur le capot et grognant. Elles sont terriblement tenaces et protègent leur progéniture au péril de leur vie parfois.
Il y a assez d'accidents, ces ours deviennent parfois carnivores et agressifs. La prudence est de mise. J'ai vu hélas des ours morts flottants dans des torrents blessés par des chasseurs, ils tiraient souvent sur des mères, indifférents au fait que les petits allaient rester livrés à eux même. J'ai toujours refusé de goûter la viande d'ours. Les chasseurs et moi ne faisons pas bon ménage. Un jour même au réveil, je jette un oeil par le hublot de la tente, mon fils se réveille quand je dis Oh!, un de ces énormes ours noirs essayait de grimper sur la voiture à deux pas. Là où mon mari avait eu l'imprudence de laisser ses prises de la veille au frais et à l'abri croyait il.. Nous étions seuls et j'avais un fusil, mais je ne sais pas si j'aurais eu la présence d'esprit de m'en servir. Heureusement, l'ours est parti. Très beaux mais très dangereux ces ours, attirés pour nourriture et poubelles des aires de pique nique.

J'ai vu des biches, des faons, qui venaient manger à la vitre de la voiture dans Algonquin Parc. Je n'ai pas vu de près des élans, juste de très loin, ils sont méfiants et vous sentent de très loin si vous êtes dans le sens du "vent". J'ai vu d'énormes porc-épics, de lynx la nuit surtout, leurs yeux brillants dans le noir à deux pas de la tente, sont impressionnants. J'ai vu des quantité de truites, arc-en-ciel et autres, dans ces torrents aux eaux limpides où mon jeune fils se baignait nu, faisant fi de l'eau glacée. C'est beau de les voir nager, libres, je n'ai jamais beaucoup aimé l'idée de les pêcher.

J'ai traversé des cours d'eau à pieds secs sur des barrages de castors. ( Tout un amalgame de terre et de branches, qui souvent repoussent sur place, ce qui donne un "pont" haut en couleurs, avec aussi des fleurs, semées par le vent), haut au dessus de l'eau et aussi dur que du béton, irrégulier par contre, ce n'est pas une route pavée ! Quels formidables bâtisseurs ils font. Parfois aussi est visible, un arbre en travers du cours d'eau, manifestement abattu par eux, avec tous les coups de dents visibles.

Au village, le matin en se levant, on mettait le nez dehors, et toute une flopée de lapins ou lièvres déguerpissait de sous la voiture et du devant de porte. Les ratons laveurs insolents étaient là aussi, grands amateurs de poubelles. En roulant la nuit, ils détalent devant les voitures, ou se figent paralysés par les phares. Le jardin était plein de merles, entre autre gent ailé. Il y a des animaux partout, le petit gibier n'est pas chassé, seul le gros comme l'élan ou l'ours, et les cerfs hélas. Je déteste la chasse.

Je sais qu'il y a pas mal de crotales communément appelés (serpents à sonnettes) , mais j'ai eu la chance de ne pas en rencontrer. J'ai vu d'autres serpents dans le jardin et en campagne, inoffensifs ceux-là.

Et si nous revenions à nos sorties weekends. La plupart du temps nous rentrions le lundi matin juste le temps de se doucher et d'aller travailler. Pas de tout repos cette vie là. La lessive ? En laverie, la nuit, comme le reste le soir tard. Les vacances pareil, je n'ai jamais mis les pieds dans un cinéma ou autre au Canada, par contre je connais beaucoup de lacs, rivières, torrents et terrains de foot. La seule visite que j'ai jamais faite: les Chutes du Niagara parce que l'ami portugais de mon mari a insisté. Belle journée. Nous avons visité là un petit Zoo dans un grand enclos, que je n'approuve pas, car pour moi les animaux sont bien en liberté, mais que les enfants aiment. Il y avait des chèvres, et petits faons qui venaient prendre ce qui leur était destiné, direct en nous volant les sacs en papier tenus à la main.

En roulant, bien sûr j'ai vu de loin les mines de nickel pas loin de Sault Ste. Marie si je ne me trompe. Des lacs, des rivières aux noms étranges et merveilleux. Des réserves indiennes, qui me serraient le coeur quand on les traversait. J'ai traversé Québec, ville rose comme notre Toulouse. J'ai vu tous les grands lacs, et un nombre incroyable de plus petits.

J'ai vu aussi des tombes ou monuments à la mémoire de missionnaires français parfois, au beau milieu d'un champ.

Pendant quinze jours, pendant nos premières vacances juste avant l'achat de la maison, nous avons, bien sûr sitôt arrivés, pris le bateau et sommes partis sur un lac, laissant tente, provisions matériel et voiture. Au retour, surprise, plus de tente ni de matériel, seule la voiture et le peu qu'il y avait dedans. La suite ? Et bien, nous avons dormi 15 jours dans la voiture et mangé du poisson matin midi et soir les deux semaines complètes. Avec du café et du lait plus du pain acheté au petit relais indien à quelques kilomètres. Je puis affirmer en connaissance de cause, que le brochet, c'est très bon, mais a beaucoup de très fines arrêtes en forme de fourche à son extrémité.

Bien sûr dès le lever, malgré l'herbe mouillée car il était très tôt, il fallait allumer un feu entre trois ou quatre pierres, avant d'avoir du café chaud. Même chose à chaque repas. Ai-je râlé souvent, car voiture américaine ou pas, dormir sur la banquette avec le volant n'est pas évident. Parfois n'y tenant plus, besoin d'étendre mes jambes, je baissais une vitre, sortais mes pieds, pour les rentrer en vitesse, cause les plus voraces moustiques que j'ai jamais vus.

Il existe aussi au Canada de minuscules mouches noires qui si elles vous piquent vous font enfler démesurément, ça fait mal, ça démange terriblement, j'ai eu souvent l'oeil complètement fermé le lundi matin. La première fois, ça m'est arrivé au bord du lac Supérieur, à la tombée de la nuit. J'ai ainsi appris qu'il fallait absolument se protéger la peau.

Une autre fois, parce que je ne me méfiais pas du tout des plantes, en rentrant je constate une trace rouge en forme de pointe de feuille sur mon poignet, je frotte parce que ça démange, et le lendemain j'avais des genre de cloques rouges un peu partout. Je ne supportais plus un vêtement. Le médecin a souri et a dit : orties vénéneuses. J'en ai eu pour une semaine de maladie. Me promenant chez moi en combinaison. Ca fait horriblement mal.

Ca pique...
Ceci me remet en mémoire une anecdote drôle qui n'a rien à voir avec le Canada , mais avec les orties. Raconté maintes fois par mon grand père maternel en famille, déclenchant les mêmes fou rires, je l'ai toujours gardé en mémoire. Il est décédé en 1962, et ça devait être dix ou douze ans en arrière. Petite précision pour expliquer qu'en ce temps là dans des fermes retirées de la montagne, il n'y avait pas de commodités. Lors d'un petit séjour dans une ferme du Tarn, il sortit un soir du papier à la main, nuit tombée, et bien sûr pas de lumière extérieure, même pas l'électricité. Si la lune éclairait, tant mieux sinon, au petit bonheur la chance.
Au bout d'un instant, tout le haut et fort, il proféra la plus belle et plus longue série de jurons qu'il ait été donné à mes chastes oreilles d'entendre. Il rentra en ruminant, jurant encore en patois, et se retira dans la chambre avec ma grand mère, disant ces P.. d'orties. Autrement c'est bon les orties, et j'ai appris plus tard comment les manier et les utiliser en cuisine. Je ne sais pas si mon grand père en aurait mangé. Rires.

Retour aux sorties

Faut pas croire que l'hiver était relâche, mais non, l'hiver c'était pareil en pire, et dans la période la plus froide, nous dormions sur la glace des lacs gelés, dans une cabane faite maison d'à peu près deux mètres carrés au sol, deux mini bancs sur les côtés, un tout petit poêle à mazout bricolé (je me demande encore ce qu'il pouvait bien chauffer ! Et un trou circulaire dans la glace à nos pieds. Pour arriver là, c'était quelques kilomètres en voiture sur le lac, puis quand la glace n'était plus lisse (quand elle gèle suivant qu'il fait du vent ou non, elle est lisse ou vallonnée, plissée comme l'écorce terrestre), il fallait aller à pieds, mon fils dans des couvertures sur une luge que nous tirions, et nos bagages sur le dos. Parfois, il arrivait que par mégarde nous mettions une jambe à moitié dans une crevasse , ce qui signifiait qu'il fallait se dépêcher de sécher et réchauffer ce pied pour ne pas geler. Pas évident dehors dans ces cabanes. Parlons pas des mains que je n'arrivais pas à réchauffer.

J'ai pêché parfois, que faire d'autre des nuits entières sur un banc emmitouflée dans des couvertures, sommeiller ? Gelée, trop gelée pour dormir. J'ai pris un jour une truite de lac de 11 livres et 4 onces. Avec du fil de pêche pour 2, kg 500. Ces pauvres bêtes affamées ne luttent pas comme en été. Je n'aime pas ça en fait, mais mon mari ne l'aurait pas remise à l'eau. J'ai refusé de la manger et l'ai donnée à des amis.

Un de ces jours là sur un lac, mon fils a perdu ses lunettes dans l'étui. Quatre mois après à la fonte des glaces, les lunettes m'ont été ré-expédiées avec un mot gentil.

La fin de ces aventures est triste, les derniers six mois que j'ai passé dans cette maison, je ne suis pas allée à la pêche, j'attendais mon second fils, et un mercredi, donc en semaine, des camarades de travail de mon mari, font irruption le soir et le persuadent de partir pour une partie de chasse à l'élan.

Je n'étais pas chaude bien sûr, mais poussé par ces démons qui lui faisaient aimer les sports par dessus tout, il a dit je pars et reviens dimanche. Ils sont partis à trois, avec notre voiture et bateau. Aucun des trois n'est revenu. C'était en octobre. Ils sont allés dans la région du lac Abitibi. Celui-ci est un lac du Canada, de 931 km², situé au nord de l'Abitibi à cheval sur la frontière entre le Québec et l'Ontario.
Le lundi, j'ai averti la police après avoir téléphoné à l'une des autres femmes. La police montée a mis une semaine pour découvrir la voiture. Puis plusieurs jours encore, aidés des indiens, et du frère de mon mari, venu à la rescousse, pour trouver le bateau défoncé, échoué, une moitié d'élan dessus, le moteur hors-bord, disparu. Et aux alentours deux cadavres.

En octobre il fait déjà très froid dans le nord, le lac se transforme parfois en mini océan très agité. De l'avis unanime des gens du coin, ils ont rencontré un obstacle, d'où le moteur et panneau arraché, tombés à l'eau, ils sont morts d'hydrocution. Aucune chance même pour un très bon nageur comme l'était mon mari. Ici des accidents mortels presque chaque année ont dit les autochtones. Ils ont été imprudents et ont surchargé le bateau, avec l'équipement de trois hommes et un demi élan hormis eux même. Je me dis souvent que les hommes manquent de bon sens. Désolée messieurs.

C'est très sauvage où ils étaient, huit heures de routes et autant par voie d'eau. Mon mari n'a pas été retrouvé. Seulement un an après, j'ai été avisée par la police que des restes humains avaient été trouvés par les indiens du coin. Les chaussettes encore présentes et une fausse dent ont permis de dire que c'était sûrement lui.

En disparaissant ces trois hommes ont laissé 11 enfants. Plus capable de travailler et à six mois de grossesse, plus de revenus. J'ai eu la chance d'avoir des voisins en or, tout un village m'a aidée. J'en ai certainement oublié, que d'aventures.

Puis ma vie a suivi son cours, j'ai vécu au Québec à nouveau pendant une année. Faut dire qu'au Québec, dès le départ j'ai eu du mal, rapport au canadien français, la langue je veux dire. Pour moi française bon teint, entre l'accent, les anglicismes, les mots très anciens datant parfois du moyen âge et les mots indiens mélangés, c'était dur de comprendre. Alors que j'ai presque tout de suite été à l'aise en anglais.

J'ai vécu mon dernier hiver à Pierrefonds, banlieue de Montréal, que baigne la rivière La Prairie. Quand je l'ai quittée en mai, elle était encore prise par les glaces. Un hiver rigoureux, celui qui m'a obligée à sortir à cinq heures du matin armée d'une pelle, ( souvent même par la fenêtre parce que la porte était bloquée ) pour commencer par dégager ma voiture disparue sous des monceaux de neige, puis pelleter mon chemin jusqu'à la rue. Il fait très froid dans le Québec. A Montréal, les parkings sont équipés de prises électriques individuelles pour chauffer les moteurs de voitures à l'arrêt. C'est ça ou ne pas démarrer quand on sort du tavail ou revient de courses.

Au début, j'ai laissé, naturellement ma voiture garée sur la rue, c'était sans compter sur les règles canadiennes en ville, l'hiver ; je me réveille au matin, voyant les lumières d'un gyrophare, un policier était en train de verbaliser et de faire enlever ma voiture par la fourrière. Il est dit ce que j'ignorais, pas de voitures sur les rues pour laisser la voie libre aux chasses neiges qui passent avant huit heures.

Après la fin de l'année scolaire.

Petit séjour chez mes amis dans l'Ontario. Puis fin de l'aventure canadienne. J'ai beaucoup aimé le Canada en dépit de la vie particulière que j'y ai mené. Mais l'aventure s'est terminée là, après sept années où j'étais devenue plus canadienne que les canadiens, rires. Sans oublier ma langue toutefois, comme je n'ai pas oublié l'anglais depuis.

Et retour case départ en France. Avec un fils de sept ans qui ne parlait que l'anglais et un bébé canadien français qui balbutiait.

La suite fût aussi difficile, une autre histoire.

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