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 MarcelleCanada : Souvenirs en vrac, petite enfance

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Localisation : Lévis secteur Charny, Québec, Canada
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MessageSujet: MarcelleCanada : Souvenirs en vrac, petite enfance   Ven 23 Oct - 23:32





Souvenirs en vrac petite enfance (suite).



20 octobre 2009

La maison, le jardin.

Le titre n'est pas un hasard parce que mes souvenirs affluent par bribes et souvent dans le désordre, ou prennent des chemins détournés qui me font vagabonder et me perdre dans d'autres directions et d'autres années. Je reviens sur la maison de mes grands parents. Je vois encore, l'évier tout simple en ciment, l'énorme buffet en noyer, beau mais très sombre, presque noir. La cuisine était petite avec son unique fenêtre sur la rue et l'inévitable cuisinière à bois ou charbon allumée été comme hiver. Y faisait suite une chambre, dans un coin une énorme horloge comtoise qui souvent nous a servi de cachette. Il n'y avait qu'à ouvrir la porte et se nicher sous le balancier en faisant très attention de ne pas s'y cogner. L'énorme armoire, sombre aussi, comme la pièce d'ailleurs, sans fenêtre, l'unique lumière du jour très chiche, venait de la porte vitrée donnant sur la buanderie. Au pied du grand lit dans un angle une énorme cheminée, allumée l'hiver. C'est là que j'ai appris à aimer le pop corn qui était surtout un amusement, les grains de maïs étant posés à même les cendres chaudes et pour notre plus grande joie sautaient partout dans la pièce. Puis un petit lit parallèle de l'autre côté. C'était tout, avec une chaise ou deux. J'ai dormi dans ce lit, entendant ma grand mère prier tous les saints qu'elle connaissait chaque fois qu'il y avait un orage. Ceux-ci pouvaient être très violents et la foudre tombait souvent sur les paratonnerres des châteaux proches. Beaucoup d'anciens châteaux dans ce quartier y compris notre école, comme je crois l'avoir dit. Très mystérieux et sombres, ils faisaient rêver les petites filles que nous étions. Pour revenir à la maison, jouxtait la buanderie, avec un bassin à deux bacs pour laver, un robinet et évacuation d'eau dans un coin. Pas de salle de bain. Peu courant à l'époque. Il fallait sortir, contourner le coin de la rue et à dix mètres entrer dans la grange, puis aller tout au fond du jardin où mon grand père avait construit des WC avec un siège de bois (c'est à dire un caisson surmonté d'une planche avec un trou où l'on s 'asseyait.) Il jouxtait la porcherie.

Je n'ai jamais vu ni chez mes parents ni chez mes grands parents du papier toilette, il nous appartenait de découper des journaux en rectangles et de les accrocher à un énorme clou. Et il y avait un seau pour jeter de l'eau dans les toilettes. Ce trajet de la maison aux toilettes pouvait être pénible quand il faisait froid ou qu'il pleuvait, alors en ce temps là les pots de chambres et seaux hygiéniques étaient courants dans toutes les maisons et à tous les étages quand il y en avait. Ce trajet me ramène aussi à ce poussin qui depuis sa naissance suivait mon grand père comme un petit chien s'étant pris d'affection pour lui. Puis un jour catastrophe, mon grand père étant sourd, il ferma la lourde porte de la grange sur le poussin. Triste fin sûrement mais pas pire que ce qui serait arrivé un peu plus tard, car nul doute qu'il aurait été mangé sans états d'âme.

La buanderie donnait sur une cour commune aux deux parties de la maison, même entrée un long couloir et de l'autre côté la partie à l'origine habitée par son frère. Dans cette cour cimentée, un puits, j'ai encore à l'oreille le bruit de la chaine et de la poulie qui remontait un panier métallique avec des bouteilles au frais. Ça vaut tous les réfrigérateurs, mais je nous vois mal y stocker le reste, sourires. Ce puits m'a marquée, parce qu'un jour, ne sachant pas du tout pourquoi, j'ai vu dans le couloir ma mère se disputer avec la cousine qui habitait dans l'autre partie de la maison. Je n'ai rien compris et ne me souviens pas, mais je vois encore cette cousine gifler ma mère. Et comme l'occasion fait le larron, quelques jours plus tard, je vois sur la porte extérieure sur la cour, l'énorme trousseau de clefs de la cousine. Je ne fais ni une ni deux, je m'empare du trousseau et... Dans le puits. J'étais seule, je les ai vus chercher partout pendant des jours, mais n'ai jamais pipé mot. L'entente n'était pas très cordiale entre les cousins, j'ai aussi vu dans ce fameux couloir, ma sœur, casser une ardoise d'écolier sur la tête de l'un des petits cousins. Ils se détestaient. Et ma sœur était assez violente.

Comme le poussin je suivais souvent mon grand père et lui s 'inquiétait de moi, je devais avoir trois ans, pas plus. Je suis sortie dans la cour, où trainaient souvent d'énormes lessiveuses (au cul toujours noir) qui servait à faire bouillir les draps sur les cuisinières. Elles sont très hautes, je me suis penchée au dessus et suis tombée dedans la tête la première, ne dépassaient que les jambes à partir des genoux. Je m'agitais, mais impossible d'en sortir. Heureusement pour moi, mon grand père suivait, et encore heureux que l'eau de lessive n'était pas bouillante. Nous avons tous deux eu une belle peur.

Mais que les femmes étaient inconscientes des dangers pour les petits enfants. Dans cette cour étaient souvent installées des tables sur tréteaux pour les fêtes et réunions à l'ombre d'un énorme figuier. J'en veux encore à la dame, âgée aujourd'hui qui lors d'un mariage m'a donné un bonbon au poivre. Quel sale tour à faire à une enfant. Le jardin lui, a souvent été un lieu de refuge et même un endroit où je me sauvais, en sécurité, du moins je le croyais. Les médecins venaient toujours ou presque à domicile, dans mon enfance, les moyens de locomotions étaient nos jambes et bicyclettes, donc ils se déplaçaient. Le notre était un homme grand, cheveux noirs et barbu, j'ai encore le nom en mémoire. Il me faisait très peur. Chaque fois qu'il était annoncé, si on me perdait de vue, je disparaissais. Direction jardin où les rangs de haricots grimpants étaient pour moi cachette idéale. On ne me voyait absolument pas, et bien sûr je ne répondais pas aux appels. Bon, naïve, j'aurais dû changer de cachette, ça n'a marché qu'une fois.

La rue était un lieu convivial le soir, tout les voisins amenaient leur chaises devant leur porte, se réunissant pour parler, donner et demander des nouvelles ou chanter parfois. J'en ai vu des chauves souris là le soir. Je n'ai jamais eu peur de ces mignonnes bêtes inoffensives. Elles ne voient pas grand chose les pauvres et volent au « radar ». Le jour il y avait la visite quasi automatique du mendiant du bout de la rue, il n'entrait jamais mais frappait aux carreaux. Ma grand mère lui parlait toujours un peu et il tendait son gros gobelet en alu. Un jour elle lui demandât de porter une assiette avec son gobelet, pour ne pas mélanger soupes et ragoûts. Il a répondu, tu mets tout dedans. Bon elle a donc obtempéré, et il partait avec son mélange. La famille aimait beaucoup les escargots (que l'on m'a forcée à manger et que je déteste), Donc ma grand mère ayant cuisiné de tout petits escargots (qu'en principe on sortait de leur coquille avec une épingle), elle donne donc à ce mendiant ravi, et je l'ai vu devant la porte, pressé d'y goûter, il les mangeât à la cuillère coquilles avec. J'ai le bruit dans la tête. Quand il est mort, ses fils qui ne venaient jamais le voir, ont sorti et brûlé tout ce qu'il y avait à l'intérieur de sa petite maison. De vieux meubles et un monceau de détritus. Il était devenu ainsi depuis la mort de son épouse.

Dans la grange, outre les souvenirs des chèvres et de l'âne, je me souviens de tous ces rats qui courraient partout le soir, grimpants aux murs. Les volailles et les grains en attiraient beaucoup. Là un jour dans l'écurie, j'ai fait preuve d'un sang froid rare chez un jeune enfant. Ma sœur qui se mettait toujours dans des situations pas possibles, a voulu monter au grenier à foin par une échelle rustique et branlante, la voilà qui pousse un hurlement, au dessous de la première marche à même le sol, une fourche. Elle me montra son pied en hurlant toujours, du sang partout, une des dents énormes de la fourche avait traversé son pied de part en part. Ni une ni deux, je pris le pied dans une main et la fourche dans l'autre et l'ai libérée, puis amenée à la maison proche. Mes parents et grands parents n'en revenaient pas. A cette occasion, une énorme infirmière resta quatorze jours dormir à la maison pour faire les piqûres nécessaires à ma sœur qui chaque fois hurlait de plus belles, nuit et jour. Fourche, fumier, ils avaient très peur du tétanos. Ça va devenir une vraie sage.

La suite au prochain numéro.
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