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 MarcelleCanada : Escale en Tunisie

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MessageSujet: MarcelleCanada : Escale en Tunisie   Ven 25 Sep - 22:19






Escale en Tunisie

Juin 1963, j'avais 20 ans, mon fils avait six mois, mon mari finissait ses trois ans d'armée et était basé à Karouba base aéronavale de Byzerte. Partis, tous deux, après un voyage en train de Béziers à Marignane dans le désormais obsolète avion Caravelle. Nous avons après deux heures de vol attéri à Tunis. La ville je n'ai pas eu le temps de visiter. Tout me semble mystérieux. Tout est nouveau à mes yeux de française, tout est étonnant. Nous prenons un taxi commun pour nous rendre à Byzerte. Bien entendu, le paysage me surprend, routes de campagne, désertiques, asséchées, de rares buissons, arbres maigres, et parfois un rare passant sur un âne, des chèvres, dont je me demande encore ce qu'elles mangent. J'ai appris beaucoup plus tard, grâce à mon ami marocain, qu'elles « font feu de tout bois », comme grimper aux arbres pour en manger les feuilles. Comme en témoigne cette carte postale qui m'a été envoyée du Maroc plus tard.




Nous voilà à Byzerte, avec seulement une adresse griffonnée sur un morceau de papier. Mon fils commence à peser lourd sur mes bras. Heureusement beaucoup de tunisiens parlent français. Nous voilà au pied d'un petit immeuble au cœur de la ville. Je récupère les clefs d'un appartement meublé, loué par mon mari. Quelle ironie ! Meublé oui, une table de bois, trois chaises bancales (qui feront l'objet d'une grande rigolade plus tard), une plaque réchaud à gaz, un évier avec l'eau froide. Et un minimum de vaisselle pour deux. Voilà pour la cuisine. Chambre, un sommier nu, pour deux posé à même le sol, pas d'autre meuble ni la moindre étagère. Salle de bains, un petit lavabo et une baignoire sabot qui occupe presque tout l'espace.. Pas de chauffe eau. Nous devrons nous en contenter pour deux mois.


De plus, merci aux services des douanes, nos bagages ne sont pas là. J'y reviendrai à plusieurs reprises, sans succès. J'ai récupéré mes bagages une fois rentrée en France deux mois plus tard. Ça à posé quelques problèmes, pas de draps, pas de linge (sauf exception dans ma valise personnelle) pas de couvertures. Or il fait froid la nuit en Tunisie, grande différence entre les températures jour/nuit. Climat dit tropical.


Entre parenthèse j'ai constaté la même chose au Canada où il a fallu, parfois, l'été dans le nord de l 'Ontario, chauffer notre tente et nous enfouir dans nos duvets. Revenons à Byzerte, nous nous sommes couverts avec des vêtements, et un drap acheté. Mon mari n'avait pas le droit ou ne savait pas, de ramener des couvertures de sa base. Il rentrait le soir vers dix huit heures chez nous, quand c'était possible, pas tous les jours. La première nuit, surprise, je l'ignorais, l'eau étant rationnée, elle était fermée la nuit sauf dans les hôpitaux. Donc je suis restée sur ma soif, et Dieu merci mon fils n'a pas sali ses couches. Le lendemain, seule avec mon fils, je sors et vagabonde dans Byzerte, achetant un minimum pour manger. Le soir sermon, c'était une période troublée, les français étaient rapatriés , je ne devais pas aller plus loin que les échoppes en bas de l'immeuble... Ou en taxi, chose que je ne pouvais me permettre trop souvent faute de moyens. Ouffff, coup de canif à ma liberté. A part ça j'ai acheté du pain, il est divin leur pain à la semoule, un peu de viande et de quoi nourrir mon fils outre le lait. J'ai trouvé la ville de Byzerte belle si l'on ignorait les immeubles ou magasins éventrés par les bombes. Beaucoup de marbre, de belles rues, c'est magnifique. Dans les quartiers résidentiels beaucoup de maisons construites par des français, en conservant le style particulier oriental. Mariage heureux, c'était beau. Deuxième expérience malheureuse, j'ai lavé dans la baignoire et comme les autres, (enfin je le croyais), suis montée étendre sur la terrasse de l'immeuble. Je n'ai pas eu besoin de ramasser mon linge sec. Il avait disparu... J'ai donc étendu sur un fil dans la salle de bains. De la terrasse, vue magnifique sur la ville, les cours des voisins, et aussi leurs terrasses ou fenêtres..


J'allais d'étonnement en étonnement, le jour je voyais des femmes voilées dans les rues, se baignant toute habillées dans la mer, et le soir, je pouvais voir les mêmes jeunes femmes danser là haut , nues parfois, paradoxe. J'ai fais connaissance de ma voisine de palier, vingt-cinq ans, trois jeunes enfants et attendant un quatrième. Son mari travaillant aux douanes, elle m'a évité d'y retourner ensuite en vain d'ailleurs, pour nos bagages. Mais la première fois, elle a gardé mon fils un moment, à mon retour, j'ai retrouvé celui-ci sur une chaise haute, écrasant allègrement dans sa bouche des frites à l'huile d'olive. Rires, je ne sais pas si un pédiatre aurait approuvé le régime, mais lui avait l'air ravi. Un peu plus tard, jour de l'accouchement de le même voisine, j'ai avec étonnement vu toutes ces femmes autour d'elle, six en tout. Je n'ai pas voulu rester et ai seulement proposé de faire bouillir de l'eau, chose qu'elles ont accepté et ont fourni deux seaux. Quelques temps après, visite de trois marins amis d'armée de mon mari. Je me suis débrouillée pour faire un gâteau et du café. C'est là que la catastrophe est arrivée.. L'un d'eux, roux de cheveux je me souviens, très grand, s'assoie sur une chaise, et crac, la chaise s'effondre et lui avec. Heureusement pas de « bobo » et seulement grands éclats de rires. Mais il ne nous restaient que deux chaises. Ils ont gentiment apporté de petits jouets en caoutchouc pour mon fils, jouets qui ont été la cause de mon éloignement avec ma voisine. J'ai plus tard invité celle-ci et ses enfants pour boire un café, et après leur départ, plus un jouet dans l 'appartement. Vu que je les lui ai demandé gentiment, et qu'elle a fait la sourde oreille, nos relations en sont restées là. Un peu isolée toute la journée, juste bonjour bonsoir aux petits commerçants en bas. Parfois le soir, mon mari nous emmenaient à la pêche dans le port de Byzerte, il louait une barque, et des rames, mais pas de lumière, seules les lumières des bateaux et des immeubles au loin. Il pêchait avec un fil, des hameçons et quelques appâts. Bien entendu pas de gilets de sauvetage. C'est très effrayant, la barque n'est pas visible, et souvent nous avons été surpris par la sirène d'un gros bateau déjà bien proche de nous..Et la barque manquait de chavirer chaque fois, le gros bateau occasionnant force remous et vagues. Il faut remarquer là, ce qui s'est vérifié par la suite, que mon mari était bien inconscient. Ça lui a coûté la vie au Canada. J'ai eu bien peur, et souvent ensuite avancé divers prétextes pour ne pas y aller. Tremblant pour lui aussi. Les poissons étaient bons et amélioraient notre ordinaire, mais à mes yeux ne valaient pas les risques pris, avec femme et bébé. J'ai eu une autre peur là un soir, je n'ai pas réfléchi, tout à coup deux ou trois dauphins se sont mis a sauter autour de nous, et sur le coup, j'ai pensé requins... Rires. J'aurais aimé voir ces sympathiques amis de jour.


Nous avons une fois un dimanche, visité les souks.. Colorés et odorants comme ceux visités plus tard au Maroc et même avant ça au Canada, dans le quartier « arabe » de Toronto. J'aime l'odeur des épices surtout. Les couleurs magnifiques, et soupire parfois la larme à l'œil au vu des mendiants. J'ai eu un cadeau, un tissu brillant mais trop sombre à mon goût. Je n'aime pas le noir pour me vêtir. Pas eu le loisir de choisir.




Par mesure d'économie obligée, mon mari me réservât une place dans un avion militaire, gros transporteur de troupes de la guerre de 40. Et oui, ils étaient encore utilisés par l'armée là bas. Seule avec mon fils au milieu de militaires, au milieu de l'avion tout en longueur étaient arrimés des énormes caissons militaires. Sur les deux côtés, des sièges repliables en longueur aussi. Tous occupés. Je pouvais voir sur le sol de la carlingue des trous. Un bruit infernal, j'ai cru que l'avion surchargé ne décollerait jamais, il l'a fait enfin, à un mètre de la fin de piste. Sitôt en l'air, il faisait très froid, les hommes aux petits soins, nous ont enfouis sous des couvertures grises. Et les heures ont passé. A l'aller la Caravelle, quand même un petit jet de l'époque a mis deux heures. Au retour, à midi nous avons fait escale en Corse, dont je n'ai vu que des pistes champs à perte de vue, et… quelques chèvres. Je suppose qu'ils ont débarqués des hommes, et embarqué du carburant. Demi heure après le décollage; pour à quatorze heures enfin arriver à Marignane.


J'étais fort inquiète, car là aussi l'imprévoyance de mon mari ont fait que j'avais juste de quoi prendre un train direct pour Béziers et ce de Marseille. Or nous étions à Marignane. Le bus militaire m'a gentiment amenée à leur base, inquiète et épuisée. Pas mangé, mon fils pas changé. J'ai été conduite chez un gradé à l'air sévère qui après maintes explications données, a fait prendre soin de mon fils, m'a fait donner un café. A ce moment là j'étais en larmes , épuisement et inquiétude. M'a fait signer des tas de papiers, puis m'a avancé 60 frs de l'époque pour me permettre de rallier Marseille et prendre mon train. À Marseille, je n'ai pas vu grand chose qu'un petit bistrot, où je me suis attablée, mon fils sur les genoux, avec un café en attendant l'heure du train. Pas rassurée du tout, d'autant plus que j'ai été abordée maintes fois par des hommes que le bébé sur les genoux d'une jeune femme n'arrêtaint pas. Le voyage en train, avec la peur de m'endormir, Béziers enfin. Personne pour m'attendre, pas le moindre sou pour prendre un taxi (l'armée ayant donné juste le transport bus/train). Je voyais le trajet à pied tout en hauteur en plus, plus de bus la nuit. Quand, merci à ces âmes charitables que je ne revis jamais, un couple avec enfant, m'a proposé de partager leur taxi gratuitement et m'a laissée devant la porte, chez mon beau père. Heureusement je n'ai pas revu tout de suite mon mari, car sous le coup de la colère, je ne sais pas ce que j'aurais fait ou dit. Voilà la fin de mon escale en Tunisie. Début Septembre 1963.


Nous eûmes plus tard des propositions de travail à Tunis, que, la suite vous le dira, nous n'avons pas acceptées.

_________________
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