Guy Rancourt 100 messages

Nombre de messages: 743 Age: 64 Localisation: Le Bic (Québec) Date d'inscription: 28/12/2004
 | Sujet: BASHÔ, MAÎTRE DU HAÏKU Mer 4 Avr - 12:35 | |
| Bashô, le maître du haïku
Matsuo Munefusa (1644-1694), dit Bashô (« bananier » en japonais), est généralement considéré comme l'interprète le plus authentique du génie poétique japonais. Maître incontesté du haikai-renga, du "poème libre en chaîne", qu'il pratiquait assidûment avec ses disciples, il fit du haïku, poème en dix-sept syllabes, un mode d'expression privilégié. Son histoire : Issu d'une famille de bushi (guerrier), vassal des châtelains d'Ueno dans la province d'Iga, le jeune Munefusa avait été dès son enfance attaché en qualité de page à la personne de l'héritier de son seigneur, Todo Yoshitada. Ce dernier mourut en 1666, et Munefusa, libéré de ses attaches féodales, quitta sa province pour Kyoto où il poursuivit ses études. En 1672, précédé d'un certain renom déjà, il se rendit à Edo, la capitale des Shogun Tokugawa, où il semble avoir d'abord occupé divers emplois administratifs. En 1681, il prit l'habit de moine et pratiqua la méditation sous la direction du maître de Zen Butcho. En même temps, il se retirait à l’Ermitage-au-bananier" (Basho-an), que Sanpu avait mis à sa disposition dans sa propriété de Fugawa, dans un faubourg d'Edo. Désormais il sera connu sous le pseudonyme de Bashô. L'incendie de sa maison au début de 1683 l'incita à faire un premier voyage dans la province voisine de Kai, tandis que l'on reconstruisait le Basho-an, grâce à une souscription parmi ses élèves déjà nombreux. La même année, Kikaku publiait un premier recueil de poèmes de l'école de Basho, dite Sho-mon. Cependant, Basho avait pris goût aux voyages. Les dix dernières années de sa vie se passèrent donc en d'incessants périples, coupés de retraites plus ou moins longues, soit au Basho-an, soit chez ses disciples. De ses voyages, il composait le récit sous forme de haibun, de sorte que, pour cette décennie, sa vie et son oeuvre se confondent totalement. Il mourut du reste, comme il l'avait prévu et peut -être souhaité, au cours d'un de ces voyages qui, pendant l'été et l'automne de 1694, l'avaient mené dans sa province natale, puis, par Nara, jusqu'à Osaka ou, entouré de ses disciples accourus, il composa son dernier poème : Malade en chemin en rêve encore je parcours la lande desséchée.Sur sa tombe, au monastère Gichu-ji à Fushimi, on planta un bananier.
Source : encyclopédie Universalis et Haïku. Anthologie du poème court japonais, Paris, Gallimard, (Poésie no 369), 2002Quarante-cinq haïkus de Bashô
Une nuit au temple la lune au plus clair de mon visage
Devant l’éclair sublime est celui qui ne sait rien!
Au printemps qui s’en va les oiseaux crient les yeux des poissons en larmes
Ce jour si long trop court encore pour le chant de l’alouette!
Dans le champ de colza les moineaux font mine de contempler les fleurs
Vieil étang au plongeon d’une grenouille l’eau se brise
Au nectar d’orchidée le papillon parfume ses ailes
Sur le sentier de montagne le soleil se lève au parfum des pruniers
Sous les fleurs d’un monde flottant avec mon riz brun et mon saké blanc
La cloche se tait les fleurs en écho parfument le soir!
Dans la fraîcheur je m’établis et je m’endors
Nuit d’été le bruit de mes socques fait vibrer le silence
Au fond de la jarre sous la lune d’été une pieuvre rêve
Sous la pluie d’été raccourcissent les pattes du héron
Herbes folles de l’été où frémit encore le rêve des guerriers!
Avant que je l’avale l’eau de la source a bruissé sur mes dents
Où le coucou disparaît une île
Ah coucou! agrandis encore ma solitude!
Le cri des cigales vrille la roche quel silence!
Les cigales vont mourir mais leur cri n’en dit rien
Herbes d’iris accrochés à mes pieds lacets pour mes sandales!
Ce chemin seule la pénombre d’automne l’emprunte encore
Ce couchant d’automne on dirait le Pays des ombres
Toute la nuit sous la lune ronde à faire le tour de l’étang
Aux admirateurs de lune les nuages parfois offrent une pause
Cœur blanchi par la pluie carcasse battue par les vents!
Dans le goût mordant du radis je sens le vent d’automne
La rosée blanche n’oublie jamais son goût de solitude!
Cruauté cruauté sous le casque un criquet
Le saule s’effeuille nous écoutons la cloche le maître et moi
Sur le pont suspendu nos vies s’enroulent aux sarments de lierre
Poireaux lavés poireaux tout blancs comme ils ont froid!
Glaçant mon ventre les rames frappent la vague nuit de larmes
L’année prend fin toujours le même chapeau les mêmes sandales de paille!
Au point du jour en tourbillons de brume la voix de la cloche
Première bruine j’aurai pour nom « le voyageur »
Cruche brisée par le gel de la nuit je me lève en sursaut!
Minuit de givre j’ai emprunté pour dormir la manche d’un épouvantail!
Viens allons voir la neige jusqu’à nous ensevelir!
Neige qui tombais sur nous deux es-tu la même cette année?
Malade en voyage mon rêve court la lande en friche
Mes larmes grésillent en éteignant les braises
Pétrifiée sous mon cheval mon ombre glacée!
La nuit tombe sur la mer le cri des colverts s’éclaircit
Dans ce jardin un siècle de feuilles mortes!
(In Haïku. Anthologie du poème court japonais, Paris, Gallimard, (Poésie 369), 2002) |
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Gi Rang: Administrateur

Nombre de messages: 12621 Localisation: Terrebonne, Québec, Canada Date d'inscription: 18/12/2004
 | Sujet: Re: BASHÔ, MAÎTRE DU HAÏKU Jeu 5 Avr - 9:21 | |
| Guy
Recevoir un cadeau comme celui-ci par jour de neige met du soleil au coeur, quel bonheur.
Merci.
Gi _________________ ...  http://www.liensutiles.org/gvilleneuve.htm |
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