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 Boris Pasternak

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Gi
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MessageSujet: Re: Boris Pasternak   Boris Pasternak EmptyMer 5 Mar - 18:04

J’ai aimé comme tout le monde…

… J’ai aimé, comme tout le monde.
Peut-être est-elle encore vivante.
Le temps passera jusqu’au jour
-Ce n’est sans doute pas demain,
Mais un jour bien plus tard -
Où quelque chose d’aussi grand que l’automne
S’allumera sur la vie
Comme un ciel que rougit l’incendie
Et qu’attendrit le sous-bois.
Sur les sottise des flaques,
Crapauds alanguis par la soif,
Sur les clairières frissonnantes
Comme un lièvre, et qui sont jusqu’aux oreilles

Cousues à la natte des feuilles d’antan,
Sur le bruit qui ressemble au faux ressac du passé…

J’ai aimé comme tout le monde
Et je sais que, depuis toujours,
Les prés mouillés sont mis au pied de l’année.
Au chevet de nos cœurs l’amour dépose
La frissonnante nouveauté des mondes.

Boris Pasternak

Traduction Emmanuel Rais et Jacques Robert.

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MessageSujet: Re: Boris Pasternak   Boris Pasternak EmptyVen 13 Sep - 8:57

Il y a eu plus de 5000 visiteurs sur ce sujet... Merci Guy.

Ginette

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MessageSujet: Re: Boris Pasternak   Boris Pasternak EmptyMer 16 Mar - 11:31


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MessageSujet: Re: Boris Pasternak   Boris Pasternak EmptyVen 2 Mar - 15:43

Tu me donnes le goût de revoir le film...
ou de lire les deux livres de cette belle histoire.
Y en a-t-il bien deux ?
Merci,
Gi

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MessageSujet: Chanson de Boris Pasternak   Boris Pasternak EmptyMar 27 Fév - 17:04

Chanson de Boris Pasternak (1)

Petit lièvre fuyant par le monde tout blanc,
Petit lièvre fuyant par la neige toute blanche,
Petit lièvre fuyant par-devant le sorbier,
Petit lièvre fuyant au sorbier se plaignit :
Petit lièvre je suis, et mon cœur est timide,
Et mon cœur est timide et prend peur aisément.
Oui, j’ai peur, pauvre lièvre, des bêtes cruelles,
Des bêtes cruelles et du loup affamé.
Aie pitié, beau sorbier, protège-moi de tes branches;
Ô sorbier, doux ami, que tes branches sont belles,
Ne donne pas ta beauté à l’ennemi méchant,
À l’ennemi méchant, ou au méchant corbeau.
Jette tes jolies grappes par poignées dans le vent,
Dans le vent, par le monde et par la blanche neige…
Fais-les rouler bien loin, au pays bien-aimé,
Dans la dernière maison, à la lisière du bois,
À la dernière fenêtre, et jusque dans la chambre,
Une prisonnière est là cachée,
Ma désirée, ma tant-aimée.
Dis à l’oreille de ma bien-aimée
Une parole douce et brûlante.
Dis que je languis, loin en prison,
Pauvre soldat parti en guerre,
Et je m’ennuie loin du pays
Mais je m’en irai de l’amère prison
Pour retrouver ma douce belle.

(1) Le sculpteur soviétique Zoïa Maslenikova note dans « Le portrait de Pasternak », in Neva, no 9, 1988, que Pasternak aurait reconnu avoir composé une imitation de chanson populaire.

(Boris Pasternak, Le Docteur Jivago, Douzième partie, chapitre VI.)
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MessageSujet: Re: Boris Pasternak   Boris Pasternak EmptyMer 14 Fév - 1:23

Bonjour Guy,

Quelle précieuse chose que de nous faire lire ces textes.

Quand j'ai lu (plusieurs fois) ce roman la poésie n'était pas aussi présente dans ma vie
alors de les redécouvrir maintenant est un réel moment de plaisir.

Merci,

Gi

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MessageSujet: VERS DE IOURI JIVAGO de Boris Pasternak   Boris Pasternak EmptyLun 12 Fév - 19:03

VERS DE IOURI JIVAGO

Quelques précisions sur le chapitre final du roman « Le Docteur Jivago ». :
"Vers de Iouri Jivago" (dix-septième partie) qui clôture le célèbre roman.
Pasternak a écrit tous ces 25 poèmes entre 1946 et fin 1953, alors qu'il travaillait sur son roman. Son but, c'était de s'identifier complètement à son héros Iouri Jivago.
Ces 25 poèmes se répartissent chronologiquement en 3 groupes :
1) Le premier groupe comprend 10 poèmes composés en 1946-1947, initialement réunis dans un manuscrit portant en épigraphe le vers de Baudelaire :
"Je sais que la douleur est la noblesse unique".
Il s'agit des poèmes suivants : "Hamlet", "Mars", "La Semaine sainte", "La Nuit blanche", "La Débâcle du printemps", "Aveu", "Été en ville", "L'Été de la Saint-Martin", "La Nuit d'hiver" et "L'Étoile de Noël".
2) Un second groupe comprend 6 poèmes rédigés en novembre-décembre, 1949, après l'arrestation d'Olga Ivinskaïa, devenue l'inspiratrice du roman d'amour de Jivago et de Lara : "L'Automne", "Rendez-vous", "Les Derniers Jours", "Marie-Madeleine I et II" et "Le Jardin de Gethsémani".
3) Enfin, un dernier groupe de 9 poèmes écrits dans la seconde moitié de l'année 1953 : "Le Vent", "Le Houblon", "La Noce", "Conte", "Août", "Séparation", "L'Aube", "Le Miracle" et "La Terre".
Dans la rédaction finale du roman, Pasternak va changer cette chronologie pour celle-ci :

1. « Hamlet »
2. « Mars »
3. « La Semaine sainte »
4. « La Nuit blanche »
5. « La Débâcle du printemps »
6. « Aveu» (« Explication ou déclaration d’amour »)
7. « Été en ville »
8. « Le Vent »
9. « Le Houblon »
10. « L'Été de la Saint-Martin »
11. « La Noce »
12. « L'Automne »
13. « Conte »
14. « Août »
15. « La Nuit d'hiver »
16. « Séparation »
17. « Rendez-vous »
18. « L'Étoile de Noël »
19. « L'Aube »
20. « Le Miracle »
21. « La Terre »
22. « Les Derniers Jours »
23. « Marie-Madeleine I »
24. « Marie-Madeleine II »
25. « Le Jardin de Gethsémani »

J’annexe un beau site sur Pasternak et son roman :

http://delpiano.club.fr/ONPA_Pasternak_Dr%20Jivago_html.htm

Enfin, le récit d’Olga Ivinskaïa « Otage de l’éternité. Mes années avec Pasternak » publié en français aux Éditions Fayard en 1978 et celui de sa propre fille Irina Emélianova, « Légendes de la rue Potapova » en 2002 chez Fayard donnent un éclairage pertinent sur la relation Pasternak-Ivinskaïa.

Voici maintenant parmi ces 25 poèmes mes 12 « coups de cœur ». J’ai laissé de côté les huit poèmes qui font référence à la figure du Christ, bien qu’ils soient importants dans le processus de « victimisation » du héros Iouri, mais en tant que mécréant, ces poèmes ne m’accrochent pas outre mesure!
Et si l’on me forçait à n’en choisir qu’un seul parmi les vingt-cinq, je vais vous surprendre…mais mon choix s’arrêterait sur : « RENDEZ-VOUS »!
Bonne lecture donc!


HAMLET

Tout se tait. Je suis monté sur scène.
Je m’adosse à la porte et j’entends,
Assourdi comme une voix lointaine,
Un écho de tout ce qui m’attend.

La nuit noire a fait de moi sa cible
Et braqué cent jumelles sur moi.
Abba père, fais, s’il est possible
Fais que ce calice ne m’échoie.

Ton dessein têtu, pourtant je l’aime,
Et ce rôle même est à mon gré.
Mais un autre drame tient la scène :
Donne-moi pour cette fois congé.

Mais on a pesé l’ordre des actes
Et le terme, irrévocablement.
Seul. Partout les pharisiens sont maîtres.
Vivre est plus que traverser un champ.

MARS

Le ravin mugit et se déchaîne
Ivre de soleil, et le printemps
Se démène, abat de la besogne
Comme une vachère aux bras puissants.

La neige est chétive et se consume
Dans les brins de ses veines bleutées.
Mais dans les étables la vie fume
Et la fourche éclate de santé.

Quelles nuits! Quels jours et quelles nuits!
Sur les toits les glaçons qui s’étiolent,
Le dégel goutte à goutte à midi,
Jour et nuit le babil des rigoles,

Les pigeons picorant dans la neige,
L’écurie, les hangars grands ouverts,
Et celui qui nourrit et protège,
Le fumier, son odeur de grand air!

ÉTÉ EN VILLE

Entretiens à mi-voix
Et le poids des cheveux
Relevés à la fois
Dans un geste fougueux.

Le regard sous son peigne
D’une femme casquée
Qui renverse la tête
Et ses boucles tressées.

La nuit chaude au-dehors
Fait prévoir une averse.
En raclant les trottoirs
Les passants se dispersent.

On entend retentir
Des éclats de tonnerre
Et le vent fait frémir
Les rideaux aux fenêtres.

Tout se tait. La chaleur
Est toujours à l’orage.
Et toujours dans le ciel
Des éclairs qui fourragent.

Quand le jour scintillant
Apparaît, qui disperse
Et dessèche, étouffant,
Les ruisseaux de l’averse,

Les tilleuls séculaires,
Odorants et fleuris
Ont l’air sombre et sévère
Pour avoir mal dormi.

L’ÉTÉ DE LA SAINT-MARTIN

Les groseilliers ont des feuilles plus rêches.
On entend rire et tinter les carreaux
De la cuisine où l’on poivre, où l’on hache,
Où l’on épice et marine et confit.

Et la forêt s’amuse à renvoyer
Tout ce vacarme au talus que tapissent,
Grillés par le soleil, des noisetiers
Qui sous le feu de son brasier roussissent.

Et l’on y voit à regret que les souches
Sont desséchées, que, comme un chiffonnier,
Dans le ravin où le sentier débouche,
L’automne a balayé tous ses déchets,

Que l’univers hélas est bien plus simple
Que ne voudrait le croire tel malin,
Que le bosquet se sent la mort dans l’âme,
Que toute chose ici-bas a sa fin.

Et qu’il est vain de chercher à comprendre
Quand alentour toute chose est brûlée,
Et quand l’automne à l’assaut des fenêtres
Tisse sa vapeur blanche d’araignée.

La palissade est percée d’un passage
Et le sentier se perd dans les bouleaux.
Aux rires, au vacarme du ménage
L’espace au loin répond comme un écho.

LA DÉBÂCLE DU PRINTEMPS

Le crépuscule allait s’éteindre.
Vers une ferme de l’Oural
Par la forêt, dans la débâcle
S’en allait un homme à cheval.

Les sabots claquaient dans sa course.
Comme un écho, le clapotis
Des eaux dans l’entonnoir des sources
En poursuivait le cliquetis.

Et lorsque, la bride abattue,
Il mettait son cheval au pas,
On entendait rouler la crue
Qui rugissait à quelques pas.

On entendait pleurer et rire,
Et se fracasser les cailloux,
S’arracher des souches entières
Qui s’effondraient dans les remous.

Au loin, dans le trou noir des branches,
Comme un tocsin retentissant,
Le rossignol entrait en transes
Devant l’incendie du couchant.

Où le saule a lâché sa traîne
De veuve au versant du ravin,
L’oiseau sifflait sur les Sept Chênes
Comme un brigand des grands chemins.

À quel amour, à quelle guigne
Allait la fougue de ces cris,
Et qui visait la chevrotine
Qu’il déchargeait dans les taillis?

Sylvain tapi dans la cachette
Des forçats en fuite, il allait
Surgir devant les estafettes
Des partisans postés au guet.

Et terre et ciel, forêt et plaine
Guettaient ce bruit intermittent,
Ces fragments cadencés de peine,
De joie, d’ivresse et de tourment.

L’AUTOMNE

Tous les miens sont dispersés
Et sont partis à l’aventure.
La solitude accoutumée
Emplit mon cœur et la nature

Et nous voici dans la cabane,
Tous deux dans la forêt déserte.
Et les sentiers, comme on le chante,
Sont à moitié enfouis sous l’herbe.

C’est sur nous seuls que s’apitoient
Les murs de rondins maintenant.
Nous n’avons pas promis d’exploits,
Nous périrons ouvertement.

Assis d’une heure jusqu’à trois,
Je lirai pendant que tu brodes,
Et c’est à notre insu qu’enfin
Nos baisers cesseront à l’aube.

Luxe toujours plus insouciant,
Bruissez, répandez-vous, ô feuilles,
Faites déborder de tourment
Le calice amer de la veille.

Attachement, charme, attirance,
Que septembre et son bruit nous couvre !
Dans les murmures de l’automne
Perds-toi ! Défaille ou perds la tête !

Tu te dépouilles de ta robe
Tel de ses feuilles notre bois
Et te jetant dans mon étreinte
Dans ton peignoir à glands de soie.

Tu es le bien d’un pas funeste
Quand vivre inspire le dégoût,
Et la beauté naît de l’audace,
C’est ce qui nous attire en nous.

RENDEZ-VOUS

La neige enfouit les routes
Et pèse aux flancs des toits.
Je franchirai la porte
Et t’aurai devant moi.

Seule, en manteau d’automne,
Nu-tête et en chaussons,
Luttant avec ton trouble
Et mâchant des flocons.

Les arbres, les clôtures
Fuyant au loin dans l’ombre…
Debout au coin du mur
Sous la neige qui tombe.

De ton fichu ruisselle
De l’eau dans tes revers.
Des gouttes étincellent,
Rosée dans tes cheveux.

Seule une blonde mèche
Éclaire tous tes traits;
Ton fichu, ta silhouette,
Ton pauvre mantelet.

Neige sur tes paupières,
Et dans tes yeux tourment.
Tu parais tout entière
Faite d’un seul tenant.

On dirait qu’un tranchet
Trempé dans l’antimoine
A gravé ton portrait
Dans mon cœur d’une entaille.

Et pour toujours j’y porte
Ces traits pleins de douceur,
Ainsi que nous importe
Si le monde est sans cœur.

Aussi ce soir de neige
Se double sous mes yeux,
Aussi ne tracerai-je
De trait entre nous deux.

D’où venons-nous, qui sommes-
Nous, de ce monde absents,
Où seuls des commérages
Sont restés de ces ans?

LE VENT

Je ne suis plus, tu vis encore,
Et le vent qui gémit et pleure,
Balance forêt et demeure,
Non pas à part chaque sapin,
Mais tout entière, tous ses arbres,
Tout l’infini de ses lointains,
Comme de grands voiliers au large
Sur l’eau paisible du mouillage,
Et ce n’est pas par pur entrain
Ou par fureur capricieuse,
Mais pour donner à ton chagrin
Les mots qu’il faut à ta berceuse.

LE HOUBLON

De lierre est enlacé le saule
Qui nous protège du gros temps.
Un plaid entoure nos épaules,
Et je t’enlace étroitement.

Non. Du houblon, et non du lierre,
S’élance aux branches du taillis.
De ce plaid étalé par terre
Faisons-nous plutôt un tapis.

SÉPARATION

Un homme au seuil de sa maison
Regarde sans les voir
Les traces de dévastation
Laissées par son départ.

C’est le chaos qui règne ici.
Débâcle dont l’ampleur
Échappe à l’homme qu’étourdit
La migraine, et qui pleure.

Un bruit sans cesse le poursuit.
Serait-ce qu’il divague?
Et pourquoi lui vient à l’esprit
Toujours l’idée des vagues?

Dans la pièce aux carreaux givrés
La peine inconsolable
À la désolation des mers
Est deux fois plus semblable.

Le moindre de ses traits pour lui
Était ce qu’à la mer
Est le tracé que le ressac
A laissé sur la grève.

Et dans son âme ses contours,
Les traits de son visage,
Sont engloutis, tels des roseaux
Submergés par l’orage.

Dans les années d’adversité
Où vivre était un drame,
Le destin l’avait rejetée
Vers lui, comme une lame.

La vague à travers les périls
Et les écueils sans nombre
L’avait enfin, tout près de lui,
Déposée sans encombre.

Et maintenant, contre son gré
Peut-être, elle est partie.
La douleur d’être séparés
Dévorera leur vie.

Et l’homme abandonné voit tout :
Au moment du départ
Elle a mis sens dessus dessous
Le coffre et les tiroirs.

Il range jusqu’à la nuit noire,
Errant à l’aventure,
Le linge, les chiffons épars,
Un patron de couture.

Et se piquant à une aiguille
Restée dans son ouvrage,
Il fond en larmes : devant lui
S’est dressée son image.

L’AUBE

Mon destin n’était rien sans toi.
Puis ce fut la guerre et les ruines.
Longtemps je ne sus rien de toi,
Tu ne donnais le moindre signe.

Le temps passa mais à présent
Ta voix revient et me relance.
Une nuit sur ton testament
M’a fait reprendre connaissance.

Je veux me mêler à la foule,
À son entrain du petit jour.
Je suis prêt à tout mettre en pièces,
À jeter chacun à genoux.

Dévalant l’escalier, je sors
Et vois comme une découverte
Ces trottoirs enneigés et morts
Et ces chaussées encore désertes.

Tout se lève, on allume en paix,
On boit son thé, on court au tram,
Et en quelques instants l’aspect
De la ville est méconnaissable.

Dans les portails la bise tresse
Des rets de ses flocons serrés.
Pour être à temps chacun se presse
Sans avoir finir de manger.

Tout ce qu’ils sentent je le sens
Comme si j’étais à leur place.
Je fonds comme la neige fond,
Fronçant les sourcils comme l’aube.

Des gens sans noms sont près de moi
Arbres, enfants et sédentaires.
Je suis vaincu par tous ceux-là
Et cela seul est ma victoire.

LA TERRE

Dans les hôtels du vieux Moscou
Le printemps entre insolemment
Et disperse toutes les mites
Dans les placards d’où les pelisses
Délogent les chapeaux d’été.

Tout au long des paliers de bois
Des pots de fleurs sont alignés,
Jaunes pensées et giroflées,
Dans les chambres l’air est plus frais,
Plus poussiéreux dans les greniers.

Le trottoir parle, familier,
À la fenêtre presque aveugle,
Au fleuve vont se rencontrer
Soleil couchant et soir d’été.

Et le plus humble des couloirs
Redit ce que dit tout l’espace,
Le couloir qui nous connaît bien,
Nous pauvres hommes et nos peines,
Répète les propos fortuits
D’avril, dans le chant des gouttières,
L’aube au-dessus des palissades,
Semble vouloir s’éterniser.

La flamme et l’effroi s’entremêlent
Dehors comme dans les maisons,
Et l’air partout est comme fou,
Et partout des branches de saule,
Et partout des bourgeons gonflés,
Dans la plaine comme aux fenêtres,
Dans la rue et les ateliers.

Si l’horizon brumeux se plaint,
Si l’odeur d’humus est amère,
Je suis là pour réconcilier
Les lointains dans leur solitude,
Je suis là pour désennuyer
La terre au-delà des banlieues,

Et si, quand revient le printemps,
Pour des repas et des veillées
Qui ressemblent à des adieux,
Mes amis chez moi se rassemblent,
C’est que toute existence attend
Sa chaleur d’un peu de souffrance.

(Boris Pasternak, « Vers de Iouri Jivago », in « Le Docteur Jivago »)
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MessageSujet: La mort du poète de Michel Lermontov   Boris Pasternak EmptyJeu 8 Fév - 12:10

C'est en préparant mes "coups de coeur" sur l'oeuvre poétique de Pasternak que je suis tombé sur ce poème de Lermontov que je ne connaissais pas :

La mort du poète


Le poète est mort, de l’honneur esclave ;
Diffamé par l’opinion, il emporte
Au coeur ce plomb... et sa soif de revanche
Ayant incliné son front orgueilleux.
Oui, l’âme du poète a succombé
À l’infamie de mesquines offenses ;
Il s’était dressé contre l’opinion,
Tout seul, comme toujours... il fut vaincu,
Vaincu !... À quoi bon dès lors les sanglots,
L’inutile choeur des éloges vides,
Les balbutiements qui réhabilitent ?
Du sort la sentence a trouvé son heure !
Ne fûtes-vous pas toujours les premiers
À bafouer ses dons hardis et libres,
N’attisiez-vous pas, pour vous en distraire,
L’intime incendie qu’il cachait si mal ?
Alors ? Réjouissez-vous... Il n’a point pu
Porter le fardeau des derniers outrages,
Étonnant génie, flambeau qui s’éteint,
Superbe couronne à présent flétrie.
Le meurtrier lui a, plein de sang-froid,
Porté un coup qui ne pardonne point :
Son coeur est vide et bat d’un rythme égal :
La main qui tient le pistolet est ferme.
Comment s’étonner ?... D’un pays lointain
Il vient, pareil à tant de fugitifs,
Dans sa chasse au bonheur, aux dignités,
Jeté chez nous par le vouloir du sort.
Effrontément méprisant, il se moque
De notre langue ainsi que de nos moeurs ;
Comment épargnerait-il donc nos gloires,
Et saurait-il, en cet instant sanglant,
Sur quoi il vient d’oser lever la main ?

Le poète est mort, le tombeau l’a pris,
Pareil à cet aède inconnu mais aimable1
Proie de la sourde jalousie,
Qu’il célèbre avec tant de merveilleuse force,
Et frappé comme lui d’une main sans pitié.
Quittant paisibles joies et sincère amitié,
Pourquoi donc entra-t-il en un monde d’envie
Où tout pèse au coeur libre, aux passions de flamme ?
Pourquoi tendre sa main aux vils calomniateurs,
Pourquoi prêter sa foi aux serments insincères,
Lui qui si jeune encore avait connu les hommes !
Ayant pris sa couronne, ils ceignirent ses tempes
De lauriers entrelacés d’épines ;
Mais cruellement leurs aiguilles
Blessaient en secret son front noble...
Par de grossiers railleurs ses ultimes instants
Furent empoisonnés d’allusions perfides,
Puis il mourut sur sa vaine soif de revanche,
Dans le dépit secret de ses espoirs trahis...
L’accent de ses chants magiques s’est tu,
Et plus jamais il ne retentira :
Du chanteur l’asile est étroit, austère,
Un sceau pour toujours vint clore ses lèvres !

Et vous, descendants insolents de pères
Que l’infamie notoire a rendus trop célèbres,
Vous dont le pied servile a foulé les vestiges
Des familles blessées par le jeu du Destin,
Vous, les ambitieux, en foule autour du trône,
Les bourreaux du génie, et de la liberté !
Vous vous cachez dans l’ombre de la loi,
Devant vous, tribunaux et vérité se taisent.
Oui, mais le Tribunal divin, ô dépravés,
Le Juge redoutable, il vous attend,
Il est inaccessible au son de l’or,
À l’avance il connaît les pensées et les causes.
Alors vous pourrez bien user de calomnie :
Cela ne vous sera d’aucun secours.
Vous ne laverez point de tout votre sang noir
Tout le juste sang du Poète.

Mikhaïl Yourievitch LERMONTOV, 1837.


Recueilli dans Anthologie de la poésie russe,
choix, traduction et commentaires de Jacques David,
Stock, 1947.
1. Cet aède inconnu, c’est Lenski, l’un des héros du roman de Pouchkine Eugène Onéguine, qui succombe dans un duel contre Onéguine.

En effet, Pasternak avait repris le même titre de ce poème à la mort de Maïakovski.


Petite note sur Michel Lermontov :

Michaïl LERMONTOV (1814-1841)

Poète et romancier russe, né à Moscou. Il écrit “La voile”, “L’Ange” en 1831. Indigné par la mort absurde de Pouchkine, il écrit un mémorable poème “La mort du Poète” en 1837, qui le rendit célèbre, tout en lui valant d’être exilé en Caucase. Il exprime dans ses poèmes la solitude angoissante. Il méprise même “le troupeau humain” dans “Le novice” (1838), “Le Démon” (1838). Auteur de poèmes épiques et réalistes, il écrit ensuite un roman psychologique : “Un héros de notre temps” (1839-1840). Provoqué en duel par le commandant Martynov, Lermontov fut tué le 15 juillet 1841.
Mort qui ressemble étrangement à celle de Pouchkine, lui aussi mort des suites d'un duel!
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MessageSujet: Re: Boris Pasternak   Boris Pasternak EmptyMer 7 Fév - 0:30

Boris Pasternak Merci-12

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MessageSujet: Re: Boris Pasternak   Boris Pasternak EmptyMar 6 Fév - 14:16

Deux autres belles découvertes sur Pasternak, les 2 magnifiques poèmes d'Anna Akhmatova sur son ami Boris Pasternak :

En relisant l'oeuvre de cette poétesse russe, Anna Akhmatova, je viens de découvrir cet autre beau poème écrit sur Boris Pasternak en 1936 :

BORIS PASTERNAK


Lui, qui se compare lui-même à un œil de cheval,
Il louche, regarde, voit et reconnaît,
Et, voilà que déjà, tel un diamant liquide
Rayonnent les flaques, s’étiolent les plaques de gel.

Dans la brume mauve reposent les arrière-cours,
Les quais, les poutres, les feuilles, les nuages des cieux.
Sifflet du train. Craquement d’une peau de pastèque.
Timide, gantée de cuir, se tend sa main…

Tu tintes, tu donnes, tu grinces, tu fais battre le flux
Et soudain tu t’apaises – c’est que tu marches
Craintif sur les aiguilles de pin
Pour ne pas troubler le rêve fragile de l’espace.

C’est que tu comptes les grains
Sur les épis moissonnés, c’est que tu reviens
De quelque sombre visite
À la dalle maudite du Darial. (1)

De nouveau Moscou te consumera
Avec au loin le grelot de la mort
Tu t’es perdu à deux pas de la maison,
Dans la neige jusqu’à la ceinture…c’est fini.

Parce qu’il a comparé la fumée à un Laocoon,
Parce qu’il a chanté les chardons des cimetières,
Parce qu’il a rempli le monde d’une sonorité toute neuve
De strophes, qui se reflètent dans un espace nouveau.

Il a reçu le don d’une éternelle enfance,
Et cette munificence, cette acuité des astres,
Et toute la terre est son héritage,
Qu’avec nous tous il a partagé

(1) Les gorges du Durial dans les Caucases sont célèbres par leur pittoresque et elles ont été chantées par plusieurs poètes russes, en particulier Lermontov.

19 janvier 1936

(Poème d’Anna Akhmatova, 1889-1966)



En guise de conclusion, voici le court poème d'Anna Akhmatova (1889-1966),
composé le lendemain de la mort de Pasternak,
celle à qui l'on a donné de multiples noms comme "Anne de toutes les Russies", "La grande dame", "La Reine" ou encore "La Sappho russe" :

LA MORT DU POÈTE


L’inimitable voix s’est tue hier,
Celui qui parlait aux bois, nous a quittés
Pour devenir l’épi qui donne la vie,
La fine averse qu’il a chantée.
Et toutes les fleurs du monde
Se sont ouvertes pour accueillir sa mort.
Et soudain le silence a saisi la planète
Qui porte l’humble nom de Terre.

Poème écrit au lendemain du décès de Boris Pasternak,
survenu le 30 mai 1960 à 23 h. 20.
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MessageSujet: Re: Boris Pasternak   Boris Pasternak EmptyDim 4 Fév - 14:07

merci beaucoup Guy,

le forum s'enrichit
avec ces textes
que tu nous présentes.

Tu es généreux, j'apprécie.

Je t'embrasse,

Ginette

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MessageSujet: Re: Boris Pasternak   Boris Pasternak EmptyDim 4 Fév - 13:35

Je ne suis pas étonnée d'apprendre que cet homme est un poète... Son roman qui fut transformé en film est poétique du début à la fin...

Merci pour la découverte. C'est superbe.

J'en ferai un de ces jours une chronique entière.

Merci cher Guy, bon dimanche,

Ginette

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MessageSujet: 12 poèmes de BORIS PASTERNAK   Boris Pasternak EmptySam 3 Fév - 23:08

Ma chère Ginette, je reproduis tel que promis mes 12 "coups de coeur" sur toute l'oeuvre poétique de Pasternak, sauf 3 recueils où le poète flirte momentanément avec l'idéologie du communisme soviétique : "L'Année 1905", "L'Enseigne du vaisseau Schmidt" et son roman en vers "Spektorski".
J'ai aussi mis de côté dans ma sélection les 25 poèmes du chapitre final du célèbre roman de Pasternak "Le Docteur Jivago", intitulé "Vers de Iouri Jivago", car, ils occupent une place à part dans son oeuvre.
Voici donc ma brève sélection "coups de coeur" par ordre chronologique de la publication des recueils de Pasternak :

VENISE

Je fus réveillé à l’aube
Par le timbre d’un carreau.
Craquelin de craie qui trempe,
Venise flottait sur l’eau.

Aucun bruit. Mais comme en rêve,
J’avais entendu un cri
Qui troublait encore la grève
Comme un signe évanoui.

Cri lointain d’une victime?
Trident du scorpion, sous lui
Le miroir des mandolines,
Apaisé, dormait sans bruit.

Fourche fichée dans la brume
Jusqu’au manche, il se taisait,
Et le Grand Canal en fuite,
Ricanant, se retournait.

Loin, près du débarcadère,
Du rêve naissait le vrai,
Et Venise, Vénitienne,
Se jetait à l’eau du quai.

(In Les Premiers Temps, 1914)

IVAKA

Le fourré baisse son bonnet
Rebrodé de perles de pluie.
L’écrin s’évapore en fumée,
Jais dans les branches, incendie.

Au creux de l’écrin velouté
Miroite comme de la moire
La dentelle déchiquetée
Des jeunes arbres trop bavards.

Ni les améthystes des tiares
Ni les cabochons de saphir
Ne seraient offerts aux regards
Sans les arracher à la terre.

Pour ensorceler les hauteurs
Du ravin aux lobes d’opale
On les a sortis tout à l’heure
Du nouvel écrin de l’Oural.

Note. IVAKA, petit village de l’Oural.

(In Par-dessus les obstacles, 1917)

LES MARTINETS

Ce soir, ils sont sans forces, les martinets,
Pour garder la fraîcheur rebelle
Qui déborde des gorges effrénées,
Sans qu’on puisse avoir raison d’elle.

Ils n’ont vraiment rien, les martinets du soir,
Qui là-bas, tout en haut, limite
Leur invocation prophétique : venez voir,
Ô triomphe, la terre est en fuite!

Comme un flot dans la cuve, en bouillons pressés,
Se sauve la vapeur chagrine –
Regardez, regardez, la terre est chassée,
Du bout du ciel vers la ravine!

(In Par-dessus les obstacles, 1917)

À HÉLÈNE


Même une avanie,
Même une injure serait bonne.
Qui prendre à partie?
Qui poursuivre? Il n’y a personne.

Faut-il à l’arum
La pitié des mares sans rides?
Les soirées embaument
En vain, aux tropiques putrides.

Toi, tu paraîtrais,
Je l’espérais, ce matin même,
Dansant à jamais
Dans mon âme, lis, juge et reine.

Le pré se prenait
Pour Faust, ou peut-être Hamlet.
Dans les pimprenelles
Il volait, fouettant les mollets.

Ou bien doux, tout doux,
Il caressait, brise assoupie,
Perles et bijoux
Sur les épaules d’Ophélie.

La cour délirait,
La nuit, affolée par les floches
Du brouillard. Les rets
De la pluie ligotaient les chaumes,

Prudents et muets.
Dans la joie voguait le jeune âge,
Comme l’oreiller
Vogue au sommeil d’un enfant sage.

« Tu mérites Troie »,
Et baisait les lèvres amères.
De plâtre, d’albâtre,
Divines étaient les paupières.

Les tempes qui battent,
Et le vêtement tendre, mort.
Dors, reine de Sparte,
Il est tôt, il fait noir encore.

Le chagrin s’énerve,
Bouillonne, écume, s’exaspère.
Et s’il perd la tête,
Seul avec lui, que peut-on faire?

Crie, dit-il. Ça brûle?
Ça griffe? Pour elle de même!
Que le sort stipule :
Qu’elle soit marâtre ou bien mère.

(In Ma sœur la vie, 1922)

MEIN LIEBCHEN, WAS WILLST DU NOCH MEHR?
(« Ma bien-aimée, que veux-tu encore? »)

Sur le mur vont les aiguilles :
Le temps court comme une blatte.
À quoi bon nous briser l’ouïe,
Briser pots et plats et jattes?

À cette cabane en planches,
Il peut arriver bien pire -
Au bonheur point de clémence :
Quand l’orage est loin, qui prie?

Il éclatera peut-être,
Tout flambera sous la grêle.
Les chiots peuvent disparaître,
La mitraille cribler l’aile…

Le bois est notre terrasse,
La lune en feu, notre poêle,
Comme un drap blanc qu’on repasse,
Le nuage chuinte et râle.

Et quand fond sur la margelle
La trombe des pleurs, l’orage
Te dit bonne ménagère –
Pourquoi vouloir davantage?

Sur notre lampe à essence,
L’an s’est pris comme une abeille.
Quand point l’aube opalescente,
Trempé, brumeux, il s’éveille.

Usé, meurtri, misérable,
Il se met à la fenêtre.
L’oreiller est plein de larmes :
Il y pleura sa défaite.

Comment guérir cette chiffe?
Toi qui jamais ne plaisantes,
Comment calmer l’âme à vif
De cette maison dolente?

La bardane grogne et boude.
Le bois pleut des poils grisâtres.
Il pleure, et tu brilles toute,
Tel le jour, telle la hâte!

Pourquoi larmoyer, vieux lâche?
A-t-il vu joie plus sereine?
Ou les soleils sous l’orage,
Brisés, jonchent-ils la plaine?

Note. Le titre reprend le refrain d’un poème de Heine dans « Das Buch der Lieder ».
Le titre est substitué dans les éditions de 1945 et 1957 par celui de « Brouille ».

(In Ma sœur la vie, 1922)

MARGUERITE

Remuant les fourrés à l’instar d’un lacet,
Marguerite, plus vif que le blanc de ton œil,
Plus pincé que tes lèvres et plus violet,
Tournoyait et chantait le royal rossignol.

Il sourdait de l’herbage, en odeur. Vif-argent
Suspendu par la pluie enivrée au bosquet,
Taquinant cette écorce, il soufflait; approchant
De la bouche il restait sur la tresse, quiet.

Quand, passant sur ses yeux une main dont les doigts
S’étonnaient, Marguerite aperçut le reflet,
Il sembla que, sans force, avaient chu dans le bois,
Pluvieux et branchu, l’amazone et l’armet.

Et la main à la nuque approchant près de lui,
Et de l’autre en arrière elle appuie où gisait,
Où pendait, embourbé, l’armet sombre de nuit,
Remuant les fourrés à l’instar d’un lacet.

1919

(In Thèmes et variations, 1923)

SPASSKOÏE (1)

Chute des feuilles d’un septembre inoubliable à Spasskoïe
N’est-ce pas aujourd’hui la fin de nos vacances?
De l’autre côté de la haie, le berger et l’écho s’interpellent
Et la forêt d’un bruit de hache a retenti.

Cette nuit le marais fut fébrile au-delà du jardin.
Le soleil s’est enfui aussitôt que levé.
La campanule ne boit pas cette rosée, qui maltraite les os,
Et le chanvre violet des bouleaux n’a pas encore été lavé.

La forêt se chagrine : elle aussi rêve de repos,
D’une profonde léthargie, dans une tanière de neige.
Et parmi les troncs d’arbres ourlés de ténèbres,
Le parc, en bâillant, étale une nécrologie sans fin.

Quand les bouleaux cesseront-ils de perdre leurs couleurs, et de se polluer,
De raccourcir leur ombre pâle et de se mutiler?
Du moins murmurent-ils encore et vous, mon enfant, avez de nouveau vos quinze ans,
Et de nouveau nous ne savons qu’en faire.

Les ans sont si nombreux, qu’on ne peut à jamais folâtrer;
Ils sont aussi nombreux que les oiseaux dans les buissons, les champignons dans la forêt,
Nous en avons voilé déjà notre horizon,
Voilé de leurs brouillards l’horizon d’aujourd’hui.

Un comédien miné par le typhus, la nuit qu’il doit mourir,
Entend une grande rumeur : c’est le rire homérique de la galerie…
Ainsi la même nostalgie me fait revoir en songe
De la route la maison de bois de Spasskoïe.

(1) Lieu de villégiature près de Moscou

(In Thèmes et variations, 1923)

Ô MA TRÈS BELLE…

Ô ma très belle, tout ton port
Et tout ton être ont tout mon gré,
Brûlent de devenir accords,
Et ne demandent qu’à rimer.

Or la rime est la mise à mort
Des lois de la fatalité
Et fait des univers discords
Du nôtre ici la vérité.

Rime n’est pas l’écho d’un vers,
C’est un jeton pour le vestiaire,
Un bon pour un siège outre-tombe,
Où girons et racines grondent.

Et rime respire un amour
Qu’à grand-peine on supporte ici,
Qui met des rides tout autour
Du nez, et fronce les sourcils.

Rime n’est pas l’écho, mais c’est
Laisser-passer et droit d’accès,
Jeton pour laisser au vestiaire
La maladie, sa pesanteur,
La peur du péché des rumeurs
Pour le jeton bruyant d’un vers.

Ô ma très belle, tout ton port,
Et tout ton être, ô ma très belle,
Coupent le souffle, en route appellent,
Poussent au chant, et plaisent fort.

C’est toi qui priais Polyclète,
Tes lois sont dans la nuit des temps,
Tes lois ne sont pas inédites,
Je te connais depuis longtemps.
1931

(In Seconde naissance, 1932)

LA MORT DU POÈTE

D’abord, on refusait d’y croire.
Mais d’autres confirmaient le bruit,
Puis d’autres. Et le temps saisi
Figeait en ligne les logis
Des matrones et des donzelles,
Les cours, les arbres, les querelles
Que les choucas tout étourdis
Par le soleil à leurs femelles
Cherchaient en poussant de grands cris.
Sur les visages seuls un pli
Humide, comme les replis
D’un filet de pêcheur qui craque.

C’était un jour sans plus d’histoires
Que dix autres dans ton passé.
On se pressait dans le couloir
Comme un canon les eût dressés.

Tu dormais apaisé, tout sage,
Et ton lit fait sur les ragots.
Tu avais selon ton « Nuage »
Vingt-deux ans, et tu étais beau.

Tu dormais, la joue enfouie
Dans l’oreiller, de tout ton corps,
De tes jambes, de tes chevilles,
Te gravant encore et encore
En plein élan dans la série
Des légendes en gestation
De façon d’autant plus notable
Que tu les atteignais d’un bond :
Comme un Etna claqua ta balle
Dans les Préalpes des poltrons.
1930

Note. Le poème s’inspire du suicide de Maïakovski (le 14 avril 1930)
et reprend le titre de Lermontov, écrit en 1837, à l’occasion de la mort de Pouchkine.

(In Seconde naissance, 1932)

LES TRAINS DU PETIT JOUR

Passant l’hiver hors de la ville,
Malgré la neige déchaînée,
J’allais, lorsque c’était utile,
Jusqu’à Moscou pour la journée.

Je m’en allais tout juste à l’heure
Où dehors, c’est noir comme un four,
Éparpillant mes pas crisseurs
Dans les bois sombres alentour.

Sur le terrain vague, à la ronde,
Les saules surpris s’éveillaient.
Les astres trônaient sur le monde
Au fond du gouffre de janvier.

En général, après la pente,
Me poursuivait, mais bien en vain,
Le train postal ou le quarante.
Mais le mien était à moins vingt.

Lueur rusée, plissant les rides,
Mettant ses doigts en arrondi,
Le projecteur fonçait, bolide,
Sur le viaduc abasourdi.

Dans le wagon, touffeur pensive,
Jamais je ne me rebellais
Contre ma faiblesse native,
Sucée jadis avec le lait.

Malgré tant de péripéties,
Les jours de misère et les deuils,
Je reconnaissais la Russie,
Son visage aux traits sans pareils.

Je surmontais ma révérence,
Et j’observais, émerveillé,
Ces écoliers près de l’enfance,
Gens des faubourgs et serruriers.

En eux, rien de cette cautèle
Que donne parfois le malheur,
Et l’inconfort et les nouvelles,
Ils les supportaient en seigneurs.

Dans toute sorte d’attitudes,
Comme en fourgon, mal installés,
Ils lisaient tous, sans lassitude,
À longs traits, comme ensorcelés.

Moscou attendait, ténébreuse,
Mais l’aube argentait les carreaux.
Laissant sa lumière douteuse,
Nous étions sortis du métro.

Les enfants laissaient au passage
Des effluves de savon frais,
Odeurs de cerises sauvages,
De pain d’épice au miel suret.

(In Les Trains du petit jour, 1943)

L’ÂME

Mon âme que meurtrissent
Tous ceux qui de près de moi
Sont morts dans les supplices,
Sois leur tombeau, reçois,

Embaume leurs dépouilles,
Que de ta lyre en pleurs
Comme un sanglot s’exhale
Un vers en leur faveur.

En cet âge égoïste
À ton risque et péril
Sois l’urne où sous la crypte
Reposent leurs débris.

Le poids de leurs souffrances
T’a fait courber le dos,
Ô toi qui sens la cendre
Des morgues, des caveaux.

Mon âme, vase frêle,
Où comme en un moulin
S’écrase et s’entremêle
Ce dont je fus témoin,

Fais du passé poussière
Ainsi que fut tassé
L’humus des cimetières
Par quarante ans passés.

Note. Le poème est dédié aux victimes de la terreur stalinienne
et n’est paru en U.R.S.S. qu’après 1986.

(In L’Éclaircie, 1956)

LE PRIX NOBEL

Hommes, liberté, lumière
Sont tout près, mais sur mes pas
J’entends approcher la meute :
Je suis pris, bête aux abois.

Forêt sombre, et sur la rive
De l’étang le tronc d’un pin.
La retraite est impossible,
Mais advienne que pourra.

Quel méfait m’a-t-on vu faire,
Suis-je un monstre, un meurtrier?
J’ai sur ta beauté, ma terre,
Fait pleurer le monde entier.

Mais, déjà près de la tombe,
Je le vois, ce temps prochain :
Haine et vilenie succombent
Au puissant esprit du bien.

Mais la traque est plus pressante.
Non, ma faute, c’est ceci :
Ma main droite est hors d’atteinte,
Celle que mon cœur chérit.

Et le cou pris dans la corde,
Je voudrais qu’en ce moment
Ma main droite puisse encore
Essuyer mes yeux brûlants.
Janvier-mars 1959

(In L’Éclaircie, 1956)


Dernière note. La sélection des 12 poèmes est extraite des 2 ouvrages suivants :
Boris Pasternak, "Œuvres", Paris, Gallimard (Bibliothèque de la Pléiade no 363), 1990 et l'essai d'Yves Berger, "Boris Pasternak", Paris, Seghers (Poètes d'aujourd'hui no 63), 1958.
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MessageSujet: Boris Pasternak   Boris Pasternak EmptySam 3 Fév - 23:02

Actuellement, je relis toute l'oeuvre de Boris Pasternak (une dizaine de recueils).
Je reproduirai mes "12 coups de coeur", un ou 2 poèmes par recueil dans le prochain mail...
En guise de prélude à l'esthétique de Boris Pasternak, je vous présente d'abord 4 poèmes qui portent sur la poésie, l'art, l'artiste et la musique, car il ne faut pas oublier que la musique est la première formation reçue par sa mère surtout...

DÉFINITION DE LA POÉSIE


C’est un bruit de glaçons écrasés, c’est un cri,
Sa strideur qui s’accroît et qui monte,
C’est la feuille où frémit le frisson de la nuit,
Ce sont deux rossignols qui s’affrontent,

C’est la suave touffeur d’une rame de pois,
L’univers larmoyant dans ses cosses,
Le jardin potager où Figaro s’abat
En grêlons du pupitre et des flûtes.

C’est cela qu’à tout prix retenir veut la nuit
Dans les fonds ténébreux des baignades
Pour porter une étoile au vivier dans les plis
De ses paumes mouillées, frissonnantes.

On étouffe, plus plat que les planches sur l’eau,
Et le ciel est enfoui sous une aune.
Il siérait aux étoiles de rire aux éclats,
Mais quel trou retiré que ce monde!

(In Ma sœur la vie, 1922)


DÉFINITION DE L’ART


Rabattant le col de sa chemise,
Broussailleux – un torse à la Beethoven -,
Tels des pions il couche sous sa prise
Ombre, amour et délire et conscience.

Puis il arme pour la fin du monde,
- Égaré de fureur et de mal -,
Une dame inconnue, pièce d’ombre,
Combattant la piétaille à cheval.

Au jardin où s’exclame l’arôme
Des étoiles de cave et de gel,
Rossignol sur la ronce d’Isolde,
Le sanglot de Tristan s’est figé.

Et les prés, les jardins et les roses,
Et, bouillant de laiteuses clameurs,
L’univers est passion qui explose,
Trop longtemps comprimée dans le cœur.

(In Ma sœur la vie, 1922)


L’ARTISTE

J’aime l’humeur rébarbative
De l’artiste oublieux des mots
Qui, honteux de son propre livre,
Se cache aux regards des badauds.

Mais on connaît ce caractère,
Et lorsqu’on perd l’instant au vol
On ne peut faire marche arrière,
Même caché dans un sous-sol.

Ensevelir sa destinée,
On ne peut. Que faire? D’abord,
De son vivant, sa renommée
Passe en mémoire, obscure encor.

Qui donc est-il? Dans quelle arène
Son expérience lui vint?
Il a lutté contre lui-même
Et contre son propre destin.

Il est tout de chaleur terrestre,
Un bourg par le Gulf Stream choyé.
Dans son anse le temps déverse
Ce que la digue a renvoyé.

Il désirait vivre paisible
Et libre, mais le temps passait
Comme un nuage sur l’usine
Où son établi se courbait.

(In Les Trains du petit jour, 1943)


LA MUSIQUE

L’immeuble était comme un beffroi
Et dans l’escalier deux hercules
Hissaient un piano sous le toit
Comme une cloche au campanile.

Ils le hissaient à bout de bras
Sur le grand large de la ville
Comme une table de la loi
Au sommet du plateau stérile.

Et le voici dans le salon.
La ville et sa rumeur stridente
Semblent couler au fond de l’eau
Et s’engloutir sous la légende.

Le locataire à son balcon
La voit du haut de six étages,
Croit la tenir entre ses mains,
La posséder en apanage.

Il rentre, il se met à jouer,
Non pas une quelconque pièce,
Mais un choral, sa propre idée :
Forêt qui bruit, rumeur de messe.

Ses improvisations charrient
Dans un roulement de tonnerre
Nuit, flammes, cuves d’incendies,
Boulevards inondés de pluie,
Vie des rues, destins solitaires.

À la chandelle, en pleine nuit,
Délaissant sa candeur naïve,
Sur le pupitre chantourné
Ainsi Chopin notait son rêve.

Ou de quatre générations
Devançant son siècle, furie,
Grondait au-dessus des maisons
La chevauchée des Walkyries.

Ou Tchaïkovski à grand fracas
Secouait le Conservatoire,
Ému aux larmes par l’histoire
De Paolo et Francesca.
Été 1956

(In L’Éclaircie, 1956)


PETITE NOTE SUR CET AUTEUR :

Né à Moscou, le 10 février 1890 et mort, le 30 mai 1960 à Peredelkino.
Fils du peintre et illustrateur Léonid Pasternak et de la pianiste Rosa Kaufmann, il est élevé à Moscou dans une atmosphère intellectuelle : Rilke, Tolstoï, Scriabine sont les familiers de la maison, ainsi que quelques-uns des principaux symbolistes.
Le jeune Pasternak étudie la musique, puis le droit à l’Université de Pétersbourg, pour se tourner enfin vers les lettres. En 1912, il séjourne en Italie, puis à l’Université de Marbourg où il suit des cours de philosophie.
Ses premiers écrits relèvent d’un futurisme tempéré. Fasciné par la personnalité et l’œuvre de Maïakovski, il reste en rapport avec le futurisme révolutionnaire du début des années 20. Il adoptera à l’égard de la réalité sociale et littéraire de l’URSS une attitude complexe; réserve individualiste et spiritualiste d’une part, solidarité humaine et nationale de l’autre.
C’est en 1922 que son recueil de poèmes « Ma sœur la vie », lui gagne brusquement une vaste notoriété dans son pays. Mais il connaît aussi bien la très grande popularité que des périodes de défaveur officielle. En été de la même année, Boris se marie à une jeune artiste peintre, Evguénia Lourié, qui lui donne un fils, Evguéni. Pasternak se sépare d'elle en 1931 pour former un nouveau foyer avec Zinaïda Neuhaus, elle-même séparée du pianiste Heinrich Neuhaus. La passion qu'elle lui inspire et le séjour qu'il fait avec elle en Géorgie, où il est accueilli et choyé par l'élite culturelle du pays, sont vécus comme une "seconde naissance" dont l'euphorie le rend perméable à la propagande communiste.
Mais la faveur officielle l'asservit et lui pèse : en juin 1935, souffrant d'une grave dépression, il est enrôlé de force dans la délégation soviétique au Congrès antifasciste de Paris. Vers 1936, il cesse progressivement toute activité publique et se retire dans la "datcha" de Peredelkino, aux environs de Moscou, mise à sa disposition par l'Union des écrivains. L'arrestation et le procès de Boukharine (1938) dissipent ses illusions sur Staline et en font désormais un opposant silencieux.
Son existence retirée lui a rendu la sérénité. La guerre, qui entraîne en 1941, l'évacuation de sa famille et son propre enrôlement dans la défense civile de la capitale, lui apparaît pourtant comme une épreuve purificatrice. Elle lui inspire des poèmes patriotiques. Dès août 1946, les décrets de Jdanov annoncent de nouvelles persécutions. Olga Ivinskaïa, sa dernière passion, de vingt ans sa cadette lui inspire le personnage de Lara ("Le docteur Jivago"). Elle est belle et libre. Soupçonnée d'espionnage, en octobre 1949, elle est arrêtée. Pressions et menaces ne le font pas renoncer à son projet de roman auquel il continue de travailler en secret jusqu'à la mort de Staline et la libération d'Olga Ivinskaïa en avril 1953.
Achevé en 1955, "Le docteur Jivago" est, sous les apparences d'une fresque historique des "années terribles de la Russie", un roman d'amour et une fable symbolique. Ce qui l'intéresse, c'est bien plus sa vie intime, ses sentiments ou le processus de ses pensées que l'analyse objective des luttes révolutionnaires. Sa tentative pour concilier l'âme du poète avec la société soviétique ne réussit qu'imparfaitement. Sa publication en Italie (octobre 1957) après qu'elle ait été rejetée par les éditeurs soviétiques, est un événement de portée mondiale, le défi involontaire d'un homme seul face à un système totalitaire encore sans faille.
L’attribution en 1958 du Prix Nobel de littérature à son roman « Le docteur Jivago » non publié en URSS lui vaudra en même temps que la célébrité internationale, que ne lui ont point donné ses poèmes, une désapprobation violente de l’Union des Écrivains soviétiques ainsi que d’une part de l’opinion publique en URSS.
Ses écrits se composent essentiellement de livres de poèmes, publiés à intervalles espacés, de plusieurs œuvres en prose et, enfin, de traductions des poètes géorgiens, de Shakespeare, Keats, Shelley, Verlaine, Schiller et du « Faust » de Goethe.
Son œuvre est dominée par un sens de la nature, des sentiments et des choses : pour lui la création poétique participe directement de l’essence même de la vie. Elle est caractérisée par une technique savante et moderne du vers russe, avec une constante invention métaphorique. Pasternak est une des grandes figures de la poésie de notre époque, peut-être, encore trop mal connue du public francophone.

Voici quelques-uns de ses principaux recueils de poèmes :

Les Premiers Temps (1914)
Par-dessus les obstacles (1917)
Ma sœur la vie. L’été 1917 (1922)
Thèmes et variations (1923)
L’Année 1905 et L’Enseigne du vaisseau Schmidt (1927)
Spektorski, roman en vers, (1931)
Seconde naissance (1932)
Les Trains du petit jour (1943)
L’Éclaircie (1956)
À cela, bien sûr, il faut ajouter : « Vers de Iouri Jivago »,
qui clôturent son célèbre roman « Le docteur Jivago »

Enfin, trois ouvrages incontournables de Boris Pasternak parus en français :
Ma sœur la vie et autres poèmes, Paris, Gallimard (Poésie no 225), 1988.
Œuvres, Paris, Gallimard (Bibliothèque de la Pléiade no 363), 1990.
Écrits autobiographiques, Paris, Gallimard (Quarto), 2005
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