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 800 000 ans avant nous

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moniroje
Ange


Nombre de messages : 59
Date d'inscription : 21/12/2004

MessageSujet: 800 000 ans avant nous   Mer 12 Jan - 13:02

Lorsque le vaisseau Eden III atterrit, le Soleil venait juste de jaillir de la mer ; la manœuvre fut si parfaite que le contact au sol ne réveilla même pas son épouse ; assis au bord du lit, Adams regardait avec amour Mary ; il apprenait un peu plus chaque jour sur elle : ainsi, qu’elle dormait beaucoup et d’un sommeil profond. Il sourit d’avoir pensé à l’instant : « Paresseuse » et sourit encore de ce voyage de noces : c’était le bonheur, le paradis. Ils étaient jeunes, ils étaient beaux, elle évidemment, lui sans doute.
Adams feuilleta le programme : à la mi-journée, le vaisseau flotterait de Acapulco à Menton où ils pique-niqueraient dans les vallons fleuris de Grasse : après-midi de totale liberté pour les passagers ; puis embarquement à dix-neuf heures et décollage pour Mizar-Abor où les attendait le clou du voyage : le ballet en huit de la planète Thor autour des deux étoiles.
Coup d’œil au hublot rempli d’azur ; étonnant ce bleu ! vraiment exotique ! Il eut brusquement hâte de commencer sa journée terrestre, se leva, ouvrit l’armoire et sourit en découvrant l’habit du jour, vaguement à son image mais surtout adapté à cette planète. Il l’endossa, non sans peine : c’était juste ; se contorsionna pour s’y adapter, remua les doigts, les jambes, tourna le cou, puis les yeux dans tous les sens, concentra son esprit sur la rainure de la porte de l’armoire pour une mise au point parfaite de la vue. Coup d’œil sur le miroir, pouffa d’un rire silencieux en découvrant sa silhouette terrestre qu’il trouva tout de même assez flatteuse.
Sans bruit, l’homme ouvrit la porte de la cabine, la referma doucement derrière lui. Dans la coursive, il sourit en croisant d’autres passagers pas très à l’aise sur leurs jambes ; quelle allure ! qu’est-ce qu’on s’amusait ! salua de la tête ses voisins de cabine qui sortaient à leur tour : un vieux couple avec qui, au dîner de la veille, ils avaient échangé leurs impressions sur cette croisière dans cet espace-temps si étonnant ; ah oui ! ne pas oublier de demander au médecin de bord ces cachets contre le mal du temps.
En pénétrant dans la salle de restaurant, l’homme heurta une passagère et murmura, confus, une excuse. Mais son trouble était bien plus grand que celui dû à sa maladresse : c’était elle, Elle qu’il avait vue hier, dans les spots et les flashs du dancing vomissant ses décibels : elle dansait, merveilleuse, hymne à l’amour torride, Vénus même ! et instant magique, leurs regards s’étaient croisés, attachés, parlé et elle avait souri avant de lui tourner le dos, découvrant une jupe moulant des fesses fermes et la main relevant sa blonde chevelure : nom de nom, Adams, ce soir là, ces quelques secondes, avait raison noyée dans un tourbillon, un ouragan balayant son existence bien rangée et son mariage et Mary ! Heureusement, ce n’était qu’un instant et le retour de Mary l’entraînant sur la piste le remit dans la réalité. Mais voilà, ce matin, il l’avait touchée, la blonde danseuse extraordinaire, un peu fort, sans faire exprès ; il avait bien enregistré l’élasticité ferme et douce et chaude de sa cuisse, senti son cœur battre la chamade et une chaleur irradier son bas-ventre. Il baissa les yeux et vit avec horreur la trahison de ce corps impudique qui l’habillait, comprit le sourire amusé de la belle inconnue et s’empressa de cacher son émoi en se précipitant vers le buffet et en se concentrant sur les mets proposés : un grand bol de café noir, un jus d’orange,; tiens ! chic ! un comprimé pour annihiler les vertiges et nausées du mal du temps. Il retrouva peu à peu son calme, tout occupé à choisir chocolatine à la française ou tranche de cake anglais ou quatre-quart avec confiture.
Ensuite Adams s’installa avec son plateau à une table proche de l’immense baie qui dévoilait le spectacle magnifique de cette plage du Mexique où avait atterri le vaisseau. Que faisait son épouse ? dormait-elle encore ?
A la table voisine s’installa la belle inconnue : lointaine, mystérieuse, jambes croisées. Hasard ou proximité voulue ? La pensée d’Adams s’arrêta sur ce constat : jambes croisées haut ! jambes presque parfaites ; presque ? oui, jambes musclées de vicieuse ! allons, en plein délire ! tant pis ! jambes à embrasser l’ombre de la cuisse ; c’était insoutenable, c’était charnel, c’était… les mots n’étaient que pâle reflet de ce qu’il ressentait, mais son sexe s’exprimait, grand, gros, énorme, dur, douloureux, brûlant, odorant même ; heureusement à l’abri des regards, sous la table. Le sang montait à la tête d’Adams qui croyait exploser ; il ne voyait plus la plage, plus les vagues du Pacifique, plus les cuivres et velours du palace, plus de chocolatine ; mais cette cuisse, puis ce sein lourd et ces lèvres qui le regardaient et lui disaient : « J’ai envie de toi. »
Des mains fraîches sur ses épaules, un gloussement de rire sur sa nuque, des bisous joyeux sur sa bouche et ses joues : Mary, réveillée, pimpante, ravissante, enjouée. Sauvé ! la vie reprenait son cours normal. Assise devant lui, la jeune fille était bien réveillée, vive, bavarde même, heu… blondasse aussi. Adams jeta un coup d’œil par-dessus l’épaule de sa compagne : la table voisine était déserte : partie ! Soupir…

Epilogue : Adams sortit lentement de son assoupissement, avec délectation ; il ouvrit un œil et la première chose qu’il vit fut le grain de la peau de sa compagne puis le galbe de son sein. Ses lèvres caressèrent le dessous du sein en un tendre remerciement de ce bonheur partagé. Elle était belle, encore plus, toujours plus : belle quand elle avait frémi, gémi, arquée ; belle maintenant, repue, abandonnée ; dorée par les lueurs du couchant. Les paupières lourdes, l’œil vague, elle appréciait la fraîcheur acidulée de la pomme qu’elle croquait tout autant que de sentir la tête de son amant posée sur son ventre.
« Tu t’appelles comment ? » demanda-t-il avec une petite voix d’enfant, réalisant qu’ils n’avaient même pas pensé à se présenter !
_Eve »
Un éclair déchira le ciel ; Adam se leva, un cri muet ouvrant sa bouche : cet éclair blafard, sans tonnerre, c’était Eden III qui décollait ; sans eux…

Epilogue 2 : Mary quitta le bureau du commandant en remontant l’élastique qui tenait ses cheveux blonds en queue de cheval. Furieuse d’avoir pleuré pour son crétin de mari qui finalement ne craignait pas grand-chose : Terre faisait parti de la chaîne Eden qui donc, s’occuperait du bien-être des deux naufragés jusqu’à ce que leurs enveloppes terrestres hors d’usage les libèrent. Elle avait aussi la migraine à cause des explications oiseuses du maître du vaisseau sur cette dimension Temps qui rendait si touristique ces lieux mais qui rendait impossible la récupération de son mari sur cette planète pourtant encore si proche ; ça, elle n’arrivait pas à le comprendre, malgré ses « Oui, oui ». Mais rassurée d’avoir reçu pendant l’entrevue avec le commandant, un message de la compagnie de navigation annonçant l’arrivée sans encombre de son époux : elle le retrouverait donc à la fin de la croisière. Cette bonne nouvelle la remplit plus de hargne que de joie tant elle avait hâte d’avoir quelques explications avec son mari et surtout une réponse à cette question qui lui brûlait les lèvres : « Que faisais-tu donc avec cette pouffiasse d’Eve pour en oublier l’embarquement de dix-neuf heures, hein ? »
Epilogue 3 : le commandant du vaisseau spatial regardait, atterré, les messages de la Compagnie. Oui, il était coupable d’une grosse négligence pour avoir décollé avec deux passagers manquants ! Comment avait-il pu ? lui, l’un des meilleurs navigateurs de la flotte Eden ! Quel mauvais effet pour sa carrière ! ah oui ! fallait plus escompter sur ses 2.5% d’augmentation, pour cette année du moins. Faute professionnelle du commandant de bord de l’Eden III, le plus beau vaisseau de la Compagnie ! et tout ça à cause de deux couillons. Et quelle pub catastrophique ! Déjà à la une de la presse : sa photo en première page sous le titre : Désastre écologique ! L’affaire Adam et Eve : la planète Terre irrémédiablement souillée par une espèce à notre image, et point la meilleure ! La fiche d’Adams, avec cet air buté et pas très malin : colérique, violent, études secondaires médiocres, une année en université ; ingrat vis-à-vis de ses parents, cadre moyen sans envergure ; mais tout de même doué pour le ballon. Quant à Eve, guère plus reluisant : certes, un joli châssis, mais dépensière, volage, rouée, dangereuse même ! Le commandant poussa un soupir à fendre l’âme et se tassa dans son fauteuil, épaules basses : « Mais qu’ai-je fait ? qu’ai-je fait ? hou la la, hou la la »
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Romane
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MessageSujet: Re: 800 000 ans avant nous   Sam 15 Jan - 22:56

Laughing Laughing Laughing
Surprise encore... !
Jolie manière d'écrire... jolie manière de surprendre.
Quelle imagination !!!
Mais dis moi ; n'as-tu jamais songé à quelque texte érotique ? Les prédispositions me semblent là...
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moniroje
Ange


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MessageSujet: Re: 800 000 ans avant nous   Dim 16 Jan - 12:56

Merci Romane d'avoir lu et apprécié mes 3 SF.
Textes érotiques??? heu non.... plutôt textes très interdits pour une amie; mais elle doit être la seule à en avoir une copie!
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Romane
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MessageSujet: Re: 800 000 ans avant nous   Dim 16 Jan - 13:04

Ce n'était point pour les obtenir (sauf si tu avais insisté), mais pour t'inciter à en écrire, publics ou pas... Je l'avais senti ainsi... une belle capacité.
Bises
Romane
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