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 3 blasons d'Eustorg de Beaulieu, 1495-1552

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Guy Rancourt
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MessageSujet: Re: 3 blasons d'Eustorg de Beaulieu, 1495-1552   Lun 4 Déc - 17:20

J'ai précisé plus haut qu'Eustorg de Beaulieu avait composé six blasons (La voix, La joue, Le nez, La langue, Les dents et Le cul). J'ai reproduit 3 d'entre eux en modernisant un peu l'orthographe : "Le cul", "La voix" et "La joue".
Je complète la série avec les 3 derniers dans leur orthographe originale : "Le nez", "Les dents" et , bien sûr, "La langue".




Le nez


Nez joliet, poly, bien faconné,
Ne court, ne long, ains proportionné
Comme est requis à toute belle femme,
J’ose bien dire, et te donner la fame
Que, toy absent, ou present, tout seullet
Fais tout le corps humain, ou beau, ou laict.
Est ce donc rien? O petit membre insigne,
Petit et bon, voire beau, et tresdigne,
Est ce doncq rien de toy, et ton maintien?
Certes si est! et ny a entretien,
Propos, ne rys, baisers n’aultre conqueste
Où plaisir soit, si tu n’es à la feste.
O doncques nez bien faict, et relevé,
Point n’est raison que tu soys reprouvé.
Nez bien filé, aorné de bonne grace,
Tu es logé au meilleu de la face
Pour rafreschir les aultres membres tous
D’un vent couliz, souef flairant et doulx,
Aussi pource que tel lieu tu merites
Mieulx qu’aultre nul pour causes treslicites.
Nez point trop large ouvert, gros, et massif,
Ains Nez moyen gracieux, et traictif.
Nez odorant cent foys trop mieulx que basme
Dont la senteur – quand je suis pres madame –
Vient esveiller mes naturelz cinq sens
Plus que ne feit onc à l’eglise encens.
Nez qui lalaine as si tresredolente
Qu’Ambre ne Musc, au pris n’est que fiente.
Nez qu’à plusieurs demy mortz et peris
Vivifias jadis les esperitz.
Nez dont l’odeur n’a nulle autre approchée,
Ne cassolette, ou drogue d’acouchée
Nez poursuyvant ce qu’est bon, et fuyant
Ce qu’est mauvais, inutile et puant.
Nez point morveux, seigneux, ne qui degoutte,
Nez decorant la personne trestoute.
Nez point serré, trop camus n’enfoncé,
Point racourci, punays, maigre, ou froncé.
Et pour conclure : o nez, qui bien te note,
Femme sans toy ressemble une marmotte.
Que dis je : femme? ouy, et à brief mot :
Tout homme aussi sans toy semble ung marmot.


Les dents

Point ne me semble estre chose congrue
Que ce qui pille et met en forme deue
La droguerie en quoy vit tout le corps
Doibve passer sans en faire recordz,
Joinct qu’il n’y a dame ne damoyselle
De qui la bouche – en riant – semble belle,
Si les dentz sont noires, et mal apoint
Et puis – helas – ceulx la qui n’en ont point
Quel desplaisir et quelle fascherie!
Doncques, o dentz qui avez seigneurie
Et vray tribut sur toute chose qu’entre
Dedans la bouche, et de la bouche au ventre,
Bien ayse est cil qui se peult resjouyr
Et sans douleur de vous en paix jouyr.
O belles dentz, joinctes, et bien unies,
Nettes tousjours, et claires, et brunies
Comme l’yvoire, enchassées desmail
Plus bel à l’œil, et plus fin que Corail,
C’est grand plaisir de veoir vostre bel ordre,
Mais grand ennuy quand n’avez rien que mordre.
Dentz, non pas dentz par cy par la semées,
Mais l’une à l’aultre ensemble bien serrées.
Dentz en deux rencz, luysans comme cristal,
D’une longueur moyenne, et ordre esgal.
Dentz de grosseur et rondeur competente,
D’une grandeur et forme equipolente.
Dentz qu’à la langue estes mur et renfort
Et de vieillesse adjutoire, et confort.
Dentz point sentant, brunes ne tenebreuses,
Point à creneaulx, ne poinctures, ne creuses.
Brefvement : dentz, il n’est grand ne petit
Qu’aye à menger, avec bon appetit,
Qui – apres Dieu – ne vous doibve louenge,
Car de tout ce que l’homme boyt et menge
Faictes la preuve au vray, si promptement
Que tout le corps en a contentement.
O qu’il faict bon vous veoir lors – sur mon ame! –
Quand de bon cueur rit quelque belle dame
Et bien heureux est celuy jours et nuictz
Qui baise, helas, tant seulement vostre huys.
Ay je donc tort, belles dentz, si je couche
Que c’estes vous qui decorez la bouche?
Et mesmement la bouche de soulas,
La bouche que homme à l’emboucher n’est las,
La bouche qu’est de mensonge ennemye,
Comme la bouche, et lebvres, de mamye.


La langue

O doulce langue, ô langue incoative
Du vray salut de lame estant captive,
Ains que la vierge yssue de Jessé
Eust proferé ce tant beau mot : Eccé.
O – doncques – langue, est il pas convenable
Que je te donne ung blason treslouable?
Veu le grand bien qu’est advenu à tous
Par ton parler, tant eloquent et doulx?
Langue qui scays bien reveler, ou taire
Ce qui est bon, ou ce qui est contraire,
Et que, logée au large en petit lieu,
Louenge, gloire et graces rendz à Dieu.
Langue qui peulx abatre la colere
Des plus cruelz que la terre tolere.
Langue tresprompte, en quoy congnoistre on peult
Si le cueur rit, ou sil se trouble et deult,
Comme embassade à faire la harengue
Au nom de luy qui est privé de langue.
Qui scays aussi toute chose nommer
Et discerner entre doulx, et amer,
Et - qui plus est – tu es toute propice
Pour enseigner où gist vertu, et vice
Et par toy, langue, on congnoist clerement
Du corps humain le vray gouvernement
Duquel tu es l’ung des plus petits membres,
Mais clef des huys de trestoutes les chambres
Ou le gouver a(s) bien droict te nommer
D’ung bateau, mys sur la mondaine mer.
Langue diserte, aornée et bien correcte,
Solide ung peu pour estre plus proprete
Et mesmement au sexe femenin
Dont le parler est plus doulx et begnin,
Plus savoureux et qu’aux gens plus agrée
Tant qu’on diroit que sa langue est succrée.
Langue par qui les maulx sont corrigez
Et consolez les paovres affligez.
Langue de celle où l’escript nous discerne
Qui convainquist le Tiram Holoferne
Et tel conseil donna au peuple Hebrieu
Qu’en le croyant il eust secours de Dieu.
Langue distincte, et à prescher agile
La foy de Crist, et son pur evangile.
Langue sans qui tout le reste du corps
Ne a jamais paix, ains languit en discordz.
Langue en parler froide, et de bonne grace
Cler resonnant et qui ses motz compasse,
Qui ne varie, et ne s’esgare point,
Ne se haste, ou crie, oultre que bien à point.
Langue eloquente et qui faict la femelle
- Tant layde soit – estre estimée belle,
Belle vous dys je en graces et vertus,
Dont toutes gens belles ne sont vestus.
O doncques langue amoureuse et gentille,
Langue asserée, asseurée, et subtille
Dont les plus forts et plus adventureux
Sont transpercez jusqu’à estre amoureux.
Langue metant la paix où est la guerre,
Langue domptant les plus fiers de la terre,
Et brefvement : o langue, o doulx soulas,
Pour te louer fault semondre Pallas
Et d’avantage, encor toutes les Muses
Veu les beaulx faictz où, quand te plaist, t’amuses.

(Blason d’Eustorg de Beaulieu, 1495-1552, In Poètes du XVIe siècle, Paris, Gallimard (Pléïade), 1953)


Dans mes lectures sur Eustorg de Beaulieu, on dit qu'il a aussi fait un autre blason sur "Le pet", mais il est introuvable. Ce qui me console, nul ne peut et ne pourra rivaliser à celui écrit par mon amie Marcek, il y a quelques années!
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Gi
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MessageSujet: Re: 3 blasons d'Eustorg de Beaulieu, 1495-1552   Sam 25 Nov - 23:58

Merci à vous deux...

koa
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Guy Rancourt
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MessageSujet: Re: 3 blasons d'Eustorg de Beaulieu, 1495-1552   Ven 24 Nov - 15:10

Merci "QU'ES ACO"!! C'EST DRÔLE....CAR CE MATIN, AVEC MA FILLE ON A LU "LE BLASON" DE L'AMI GEORGES BRASSENS! ET COMME ELLE N'AVAIT APPORTÉ QUE SON VIOLON ET NON PAS SA GUITARE....ELLE M'A DIT QU'ELLE ME L'AURAIT JOUÉ EN S'ACCOMPAGNANT! BON WEEEK-END!
grimace
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késaco
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MessageSujet: Re: 3 blasons d'Eustorg de Beaulieu, 1495-1552   Ven 24 Nov - 14:11

Le blason
de Georges Brassens

Ayant avecques lui toujours fait bon ménage
J'eusse aimé célébrer sans être inconvenant
Tendre corps féminin ton plus bel apanage
Que tous ceux qui l'ont vu disent hallucinant.

Ceût été mon ultime chant mon chant du cygne
Mon dernier billet doux mon message d'adieu
Or malheureusement les mots qui le désignent
Le disputent à l'exécrable à l'odieux.

C'est la grande pitié de la langue française
C'est son talon d'Achille et c'est son déshonneur
De n'offrir que des mots entachés de bassesse
A cette incomparable instrument de bonheur.

Alors que tant de fleurs ont des noms poétiques
Tendre corps féminin' c'est fort malencontreux
Que la fleur la plus douce la plus érotique
Et la plus enivrante en ait de plus scabreux.

Mais le pire de tous est un petit vocable
De trois lettres pas plus familier coutumier
Il est inexplicable il est irrévocable
Honte à celui-là qui l'employa le premier

Honte à celui-là qui par dépit par gageure
Dota de même terme en son fiel venimeux
Ce grand ami de l'homme et la cinglante injure
Celui-là c'est probable en était un fameux.

Misogyne à coup sûr asexué sans doute
Au charmes de Vénus absolument rétif
Etait ce bougre qui toute honte bue toute
Fit ce rapprochement d'ailleurs intempestif.

La malpeste soit de cette homonymie
C'est injuste madame et c'est désobligeant
Que ce morceau de roi de votre anatomie
Porte le même nom qu'une foule de gens.

Fasse le ciel qu'un jour, dans un trait de génie
Un poète inspiré que Pégase soutient
Donne en effaçant d'un coup des siècles d'avanie
A cette vraie merveille un joli nom chrétien

En attendant madame il semblerait dommage
Et vos adorateurs en seraient tous peinés
D'aller perdre de vue que pour lui rendre hommage
Il est d'autre moyen et que je les connais
Et que je les connais.

Bises Guy et tous... et toutes !!
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Guy Rancourt
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MessageSujet: Re: 3 blasons d'Eustorg de Beaulieu, 1495-1552   Ven 24 Nov - 11:39

UN BLASON : "Ensemble de poèmes dédiés chacun à une partie du corps féminin (la main, le nez, le sein, etc.) ; ils ne sont pas qu'un jeu décrivant le corps féminin d'une façon à la fois esthétique et érotique, mais ils renvoient à cette nouvelle doctrine platonicienne qui se fait une idée de l'amour comme quête de l'absolu (ceci est surtout vrai de ceux de Maurice Scève)." C'EST SURTOUT L'ÉCRIVAIN CLÉMENT MAROT AU 16 ÈME SIÈCLE QUI A MIS À LA MODE CE TYPE D'ÉCRITURE BON WEEK-END! co
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Gi
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MessageSujet: Re: 3 blasons d'Eustorg de Beaulieu, 1495-1552   Ven 24 Nov - 9:28

étonne-moi encore...

peux-tu m'expliquer pourquoi on nomme ça un blason ?
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MessageSujet: 3 blasons d'Eustorg de Beaulieu, 1495-1552   Jeu 23 Nov - 12:40

Quelques mots sur l’auteur

Eustorg de Beaulieu est né en Dordogne. Poète itinérant et picaresque, il finit par entrer dans les Ordres, mais reste aussi mobile. Il publie en 1537 « Les Divers Rapports » (rondeaux,dizains, ballades). Converti à la Réforme, il meurt à Genève en 1552.
Ou, présentation de l'auteur sur un air plus comique...
Il était une fois « une sorte de picaro de la poésie » né à Beaulieu-sur-Dordogne en 1495 appelé Eustorg de Beaulieu. Fort doué dans l'art du luth, de l'épinette, du manicorde, il tente aussi bellement la plume. Poussé par des besoins on ne peut plus terrestres, il entre dans les Ordres pour veiller à l'éducation de jeunes demoiselles de bonne famille. Papillonnant de gauche à droite comme une certaine Sainte-Colombe révélationnisée, troussant çà et là un chaste surplis bohême, il décide de coucher sobrement sur papier six blasons du corps féminins (Le nez, La joue, Les dents, La langue, La voix, mais succombe au dernier sur lequel madame de Ségur et ses modèles petites filles prêtaient un excès d'attention. Je vous présente son blason « Le cul » dans son orthographie originale légèrement modernisée.


LE CUL

Sans déroger aux premiers Blasonneurs
Du trou du Cul, et sauves leurs honneurs,
Et de tous ceux qui ont savoir condigne
Pour blasonner une chose tant digne,
Je derechef lui don’rai un Blason
Car sa louange est toujours de saison.
Et, tout premier, dis que, sans menterie,
Le cul au corps a haute seigneurie;
Et, qu’ainsi soit, la force de son sens
Vient parforcer tous les autres cinq sens
À consentir aux sentences mucées
Dans son cerveau, puis par lui prononcées
Si justement qu'on n'en peut appeler
Ne contre lui, fors en vain, rebeller.
Puis les cheveux, front, sourcils, yeux et bouche
Sont amortis quand la mort le cul bouche,
Si sont tétins, nez, joues, et menton,
Gorge, estomac, ventre, cuisses, et con,
Jambes, et bras, pieds, mains, aussi oreilles,
Cols blancs et droits, et corps faits pour merveilles.
Mais on peut perdre un oeil, ou tous deux,
La jambe, un bras, le nez, ou les cheveux
Que pour cela monsieur le cul, derrière,
N'en mourra point, ne fera pire chère.
Donc, il n'est rien en tout le corps humain
Que, si le cul ne lui tient forte main,
Puisse échapper que ne perde la vie
Ou, pour le moins, ne tombe en maladie.
Et si d'icelle attend la guérison,
Faut que le cul en fasse la raison
En lui donnant force suppositoires,
Poudres, senteurs, doux huiles, et clystères
Pour l'apaiser, voire jusques à tant
Qu'il crachera le mal au corps latent.
Ô doncques, cul, de santé le vrai signe
Où maint docteur, en l'art de médecine,
Prend son avis et visite ton fait,
Sans toi n’est corps qui ne soit imparfait.
Et outre plus n’est requis que je taise
Comment tout prince, et grand seigneur, te baise
Au départir du ventre maternel,
Qui est à toi un los bien solennel,
Car ce tribut te doit tout fils de mère
Soit pauvre ou riche, aussi nul n’y diffère.
Et qu’aucun dit que tu es sale, et ord
Et inutile, il te blasonne à tort,
Car j’ai raison pour toi tout au contraire
Dieu sait de qui! et voici l‘exemplaire :
Ne lit-on pas aux livres anciens
Ce qu’un grand clerc mande aux Corinthiens?
Ne sais si c’est en l’épître première …
Si* l’aille voir qui ne te prise guère
Et revenons au cul en joie et ris.
Ô donc gros cul à facon de Paris,
Cul qu’en allant te dégoises et branles,
Comme en dansant basses danses, ou branles
Pour démontrer – si bien ta geste on lit –
Que tu ferais bien branler un chalit
Cul qu’à ta garde as dix ou douze armures
De linge, toile, en drap, soie, ou doublures,
Outre le beau, frisque, et gaillard derrier,
Mais de surcroît, pour être plus gorrier.
Cul enlevé trop mieux qu’une coquille,
Ô cul de femme! Ô cul de belle fille!
Cul rondelet, cul proportionné,
De poil frisé pour haie environné
Où tu te tiens toujours la bouche close,
Fors quand tu vois qu’il faut faire autre chose.
Cul bien froncé, cul bien rond, cul mignon,
Qui fais heurter souvent ton compagnon
Et tressaillir, quand s’amie on embrasse
Pour accomplir le jeu de meilleur grâce.
Cul rembourré comme un beau carrelet,
Qui prends les gens plus au nez qu’au collet.
Cul préféré à chacun autre membre,
Qui le premier couche au lit de sa chambre
Et le dernier en sort gai et léger,
Comme de table à l’heure de manger.
Cul anobli, et à qui fait hommage
La blanche main, voire tête et corsage
S’enclinant bas pour te pouvoir toucher
Et tous les jours révéremment torcher.
Et, qui plus est, ce temps, chacun s’essaye
De te vêtir de drap d’or, et de soie
Et peut-on voir maints braves testonnés
Qui ont leurs bas de chausse, et leurs bonnets,
Robe et pourpoint de draps de moindre enchère
Que n’est leur haut-de-chausse et leur derrière.
Ô puissant cul, que tu es à douter,
Car tu fais seul par ta force arrêter
Où il te plaît, seigneurs, serfs, fols et sages
Dont les uns ont pour te moucher des pages.
Qu’il soit ainsi : par toi jadis on vit
Le Roi Saül, qui poursuivait David,
Si très-forcé, qu’à David se vint rendre
Sans y penser, lequel ne le vint prendre
Ni ne l’occit, quoiqu’il l’eût en sa main,
Plus aimant paix, qu’épandre sang humain.
Cul imprenable, assis mieux que sur roche
Entre deux monts, où ennemi n’approche
Qui tôt ne soit en la male heure houssé,
Et par ta force et canons repoussé.
Dirai-je rien de ta grande franchise?
Las, si ferai! car tu peux dans l’église –
À un besoin – soupirer et péter
Quoique le nez s’en veuille dépiter
Et qu’on te dît que tu es sacrilège,
Qui est à toi un très-beau privilège.
Cul désiré d’être souvent baisé
De maint amant de sa dame abusé
S’elle voulait moyennant telle offrande
Lui octroyer ton prochain qu’il demande.
Je dis encor, ô cul de grand’valeur,
Que ton teint fait de brunette couleur
Ne changera tant que seras en règne,
Et le teint blanc qu’aux autres membres règne
Par cours de temps peu à peu viendra laid.
Ô doncques cul, réjouis-toi seulet
Puis que tu as tant de vertu et grâce
Que tout beau teint, fors que le tien, s’efface
Et, advenant qu’il se pût effacer,
Mieux que d’un autre on se pourrait passer.
Et, pour renfort de ta louange écrire,
Dis que tu tiens de tous membres l’empire,
Pource que peux leurs beautés disposer
Ou leur laisser, ou leur faire poser :
C’est quand tu es aux œuvres naturelles
Prompt et hardi, ou quand te lâches d’elles,
Et de toi pend leur joie, ou leur tristesse.
Ô cul vaillant et rempli de prouesse,
Combien heureux sont – donc – les membres tous
Tant que tu as la foire, ou bien la toux?
Car, ce pendant, la crainte ne les mord
D’être mordus, en chiant, de la mort.
Confessent donc que sans tes bénéfices
Ils n’ont beauté, teint, plaisirs ne délices.

(Eustorg de Beaulieu, 1495-1552)


Je reproduis deux autres blasons d'Eustorg de Beaulieu afin de "relativiser" un peu plus le premier ci-dessus, car on pourrait croire que l'auteur se complaisait dans le scabreux! J'ai choisi "La voix" et "La joue".

La joue


Très-belle et amoureuse joue
Sur laquelle mon cœur se joue
Et mes yeux prennent leur repas,
Joue faite mieux qu’au compas,
Joue blanche, ou bien claire et brune
Ronde comme un croissant de lune
S’allongeant un peu vers la bouche,
Qu’il me tarde que ne te touche
Et te mesure avec la mienne,
Laquelle chose en bref advienne,
Ainsi que j’en ai le souhait.
Ô joue gaillarde et dehait
De qui tout amoureux fait fête
Contemplant ta beauté parfaite.
Joue de qui le seul pourtrait
Les plus rusés à soi attrait.
Joue que nature illumine
D’un peu de couleur purpurine
À mode de fleur de pêcher,
Pour te vendre aux amants plus cher.
Joue non flétrie ou pendante,
Point grosse, rouge, ou flamboyante,
Ains tenant le moyen par tout.
Joue haïssant – aussi – sur tout
D’user sur soi d’autre peinture
Que de Dieu seul, et de nature.
Joue ne maigre, ne trop grasse,
Mais replète de bonne grâce,
Ne trop pâle, ne noire aussi.
Joue, tu me mets en souci
Comment je te don’rai louange,
Fors que t’appeler : Joue d’ange,
Joue d’albâtre, ou cristalline,
Joue que le naturel Pline
Ne saurait au vrai blasonner,
Ou Joue que – à bref sermonner –
N’as ne ride, tache ne trace,
Et es le plus beau de la face!

(Blason d’Eustorg de Beaulieu, 1495-1552)


La voix

Voix douce, et très harmonieuse,
Voix montrant mamie joyeuse,
Voix, tu mérites le vanter,
Voix de laquelle le chanter
À la vertu, quand elle chante,
Que tous les écoutants enchante.
Voix consonante proprement
Pour chanter sur un instrument.
Voix argentine, haute, et claire,
Ta bonne grâce me déclaire
Que tu ne chantes pas sans art
Et que tu n’aimes le hasard
Du chant à plaisir sans mesure,
Comme est des bêtes la nature.
Voix assurée à entonner,
Voix distincte et qui a bon air,
Voix de femme, grêle et délivre,
Chantant son parti sur le livre.
Voix dont on dit, sans flatter rien :
C’est elle! Ô qu’elle chante bien!
Voix bien remettant les parties
Qu’aux assistants sont départies.
Voix ravissant le cœur, au corps
De ceux qui oient tes doux accords.
Voix que d’ouïr j’ai plus de cure
Que d’Orpheus, Pan ne Mercure.
Voix de celle qui prend tout jour
Chanter, pour honnête séjour,
Ô – donc – voix qu’aimes la musique,
Je te prie n’être si rustique
De l’estimer à déshonneur,
Ains à vertu, grâce, et bon heur.

(Blason d’Eustorg de Beaulieu, 1495-1552)
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