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 Si tu as de la peine, écris...

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Pascal9
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MessageSujet: Si tu as de la peine, écris...   Mer 4 Oct - 8:57

Chroniques du Houtland.



Le 4 octobre 2006.
Si tu as de la peine… Ecris…



« La vie en elle-même est une toile vide, elle devient ce que vous peignez dessus. Vous pouvez peindre la misère, vous pouvez peindre la folie, cette liberté est votre splendeur. » Osho Rajneesh
Je parcours en sourdine ma cité bouillonnante ;
Pourquoi participer à l’infinie parade
Du quotidien spectacle ?
Dans les marges douillettes des rives du canal
J’imprime les traces infimes de mes pas retenus …
En automne, les berges libérées ont des allures d’errance…
Dans le lointain brumeux, les rumeurs vrombissent…
Mes complices captifs ont égarés les clefs…
Longs vers d’acier puants rampent sur le goudron
Avaleurs d’existence… Bouffeurs de liberté…
Vous transformez le ciel, les visages…
Masques de cire, autrefois humains…
Parqués dans les musées blindés des villes titanesques,
Les catacombes de nos désirs…
Mes complices captifs…
Eteignez l’écran pâle, brisez les néons glauques,
Toxiques…
Parcourez en sourdine vos cités bouillonnantes…

Le mois d’août 2006, quelque part en ville, le 23…
Nos vies sont des périples, des voyages sinueux ou linéaires, tortueux ou paisibles, le plus souvent rectilignes et mornes, comme les rails du chemin de fer, longues parallèles qui me fascinaient lorsque j’étais enfant… Les vies sont des dédales et des accumulations de petits riens et la mienne ne fait pas exception… Je vais avoir quarante-sept ans cet automne, le 12 novembre pour être plus précis… Et je suis mort… Enfin, professionnellement, cela s’entend ainsi… Jadis, une chanson de Félix Leclerc affirmait que la meilleure façon de tuer un homme, c’est de le payer à ne rien faire… C’est un usage fréquemment employé dans nos sociétés démocratiques, débonnaires et prodigues… En fait, professionnellement… Je me suis déjà fait tuer plusieurs fois dans le grand jeu de rôles de la société économique occidentale, la première fois, c’était il y a une quinzaine d’années… Longue détention au placard à balais pour cause de mauvais esprit… Enfermées dans un réduit, les grandes g….s sont étouffées et leurs grognements se font ignorer… Il faut ménager la machine et préserver les futurs arrivants… Les illusions s’entretiennent dans le marché aux esclaves…
Je suis comme ces vieux schooners… Peintures défraîchies, démâtés plusieurs fois, mais je flotte encore, et même que j’aime ça… Flotter… Comme beaucoup de mes petites et de mes petits camarades, j’ai maintenant des nuits en pointillés, et cette nuit, je repensais aux photos des vacances de l’été moribond, à la fantaisie débridée de mes filles… C’est cela ma réponse… J’ai pris des coups de canon sous la ligne de flottaison, mais… J’ai aimé… J’aime… Et je suis certain que je suis aimé… Alors, pour une vieille coque, c’est un bilan plutôt sympathique.
J’arrive maintenant à un tournant, un de plus, et comme j’ai le gouvernail un peu raide (c’est pas le pot, ça, hein… Avec l’âge les raideurs se déplacent, je parle de l’esprit bien entendu… Non seulement il est raide mais il est mauvais…. AH ! L’esprit d’équipe… Une équipe, un esprit, disait notre Coluche… Encore un qui nous manque, tiens…) il faut que je négocie la vague, je n’ai plus beaucoup de temps pour manœuvrer efficacement… Mais je peux déclarer que dans mon introspection de quadragénaire bien mûr, j’ai parcouru pas mal de chemin quand même… Parce que même si je ne sais pas encore ce que je veux, je suis certain désormais de ce que je ne veux plus …
Je suis en état de sevrage, cette seconde partie de l’année et ce début d’année à venir. Je dois apprendre à me libérer de la pression sociale, revendiquer mon état de paresseux, de dilettante, de rêveur, d’être enfin le flâneur de ma propre vie… Apprendre enfin à démontrer qui je suis véritablement. Apprendre à cesser de vouloir changer le monde, qui est finalement très bien comme il est… Après tout qu’il se débrouille… Je l’avais prévenu, il n’écoute personne… Cultiver cette élégance du désespoir qui s’appelle l’humour, et surtout apprendre à rire de moi-même, la dérision au service de l’homme… Dieu est un petit malin, finalement, il a tout prévu, même d’accepter le fait de vieillir… Jean-Louis Trintignant dit que la vieillesse est un naufrage. La catastrophe est plus supportable quand on coule en riant… Je suis certain que le capitaine du Titanic n’a pas pensé à cela… Quelques contrepèteries à bord des chaloupes… Et il fait tout de suite moins froid… Non ?

A ceux qui penseraient que je trempe mon clavier (on ne peut plus dire tremper sa plume…) dans le fiel pour régler mes comptes… Qu’ils se rassurent… La rancœur comme l’amertume font partie des émotions et des choses épuisantes et empoisonnées de mon existence, et dans le cadre de mon « sevrage », elles n’entrent plus en ligne de compte… Non, j’écris, parce que finalement, je ne sais faire que cela, et que comme flotter… Ecrire… Est encore une chose que j’aime… Tant pis pour vous, après tout, vous n’êtes pas obligé de me lire…
Et puis… La quarantaine passée a ceci de reposant, c’est que même si l’on est tenté, on est plus forcé de prouver à tout le monde ce que l’on vaut, ce que l’on est capable de faire, non… On arrive à cette période de la vie assez fabuleuse où l’on peut commencer à faire les choses par plaisir et uniquement pour le plaisir… Ca aussi, ça fait partie du traitement… Apprendre une certaine forme d’égoïsme en donnant du temps au temps. J’avoue que sur ce coup là, évidemment, je suis devenu un privilégié, du temps, en magasin et prêt à l’emploi, je ne peux pas dire que j’en suis dépourvu, et j’ai même un peu peur qu’à terme, cela risque d’énerver mon entourage… Elle est quand même là, la formidable bêtise de notre époque, sous-payer des gens harassés de boulot mais maintenir en poste des gens qui n’ont plus rien à faire et leur fermer la gu… avec un traitement confortable… C’est plus un salaire, cela devient un hold-up mensuel…
Bon alors, par quoi, je commence… J’arrête de me plaindre (Humm… Difficile ça… Je vais essayer…), je continue à marcher dans la ville… Pour l’instant, à défaut d’autres lieux… La marche, c’est vraiment devenu un loisir de feignant… C’est qu’il faut en avoir du temps à tuer pour avoir l’indécence de se servir de ses pieds en pleine semaine… Et puis, j’essaye de « vanner » et de prendre les choses à la légère, c’est l’histoire d’un fou qui repeint son avenir…
D’habitude, ces chroniques ont un ton moins personnel, mais après tout, j’écris ce que je suis, je suis ce que j’écris. Ce n’est pas une chose très banale… Nous sommes toutes et tous humaines et humains (enfin presque...
J’en vois quelques uns près de la porte, là-bas… Je me demande…)
Efforçons-nous de ne pas l’oublier trop souvent…

« Quand vous parlez d’un chemin, où êtes-vous maintenant ? Et où voulez-vous aller ? »
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Coccinelle
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Date d'inscription : 17/02/2009

MessageSujet: Re: Si tu as de la peine, écris...   Jeu 11 Fév - 6:13

"Apprendre à cesser de vouloir changer le monde, qui est finalement très
bien comme il est… Après tout qu’il se débrouille… Je l’avais prévenu,
il n’écoute personne… Cultiver cette élégance du désespoir qui
s’appelle l’humour, et surtout apprendre à rire de moi-même, la
dérision au service de l’homme… Dieu est un petit malin, finalement, il
a tout prévu, même d’accepter le fait de vieillir…"

Voltaire le disait à travers son Candide:" Il faut cultive son jardin" seulement, notre jardin, n'est ce pas le monde entier? n'est ce pas notre pauvre planète livrée à la folie enragée de certains? leur opposer la douce folie de la poésie n'est-il pas un engagement en soi? et même se moquer de tout même de soi et accepter de vieillir, n'est-ce pas un signal d'alarme quand on l'écrit? seul le silence est abandon, est désespoir, est négation.


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Gi
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MessageSujet: Re: Si tu as de la peine, écris...   Jeu 11 Fév - 10:22

Bonjour
Très bon de relire ces phrases toutes imagées de Pascal.
Merci,
Gi

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