Elles sont Neuf...
Dans la forêt des Landes, aux senteurs de résine,
Le poète rêvait en parlant aux genêts.
La cime d’un grand pin lui murmura : « Devine
Qui je suis ? Entends-tu ma musique ? Je n’ai,
Pour ton inspiration, que ma note à t’offrir.
Oui, EUTERPE, c’est moi. Je suis ta muse aussi !
Ô toi qui fais chanter les mots. Tu peux m’ouvrir
Ton cœur. Ma mélodie est pour toi. La voici. »
Et l’homme, en fredonnant, poursuit sa rêverie...
Au détour d’un sentier, la fougère lui dit :
« Bonjour ! Je suis CLIO, la muse de l’histoire.
Arrête-toi, penseur, cueilles le myosotis,
Fais-nous rimer tes mots pour garder la mémoire.
Rappelle joliment à nos générations
Leur passé. Elles font de tes vers leur futur.
L’histoire leur apprend de précieuses leçons.
Et sans doute, avec toi, elles atteindront l’azur.
Et l’homme, aux souvenirs offrit sa rêverie...
Derrière un champignon notre poète entend
Un tout petit reptile à la peau bigarrée.
« Qui es-tu ? » demanda le rêveur au serpent.
« TERPSICHORE je suis. Chante et moi j’apparais.
De tes vers je pourrai, moi, muse de la danse
Par mes gestes gracieux, empreints de poésie
Orner la mélodie et rythmer la cadence.
Je connais l’unisson d’un choeur qui chante aussi !
Et l’homme, à pas rythmés dansa sa rêverie...
Une pomme de pin ouvrant grand ses écailles
Et, laissant entrevoir ses pignons, éclata
De rire : « Où vas-tu donc, ami, tu t’encanailles ? »
Le rêveur se figea. THALIE, dans un éclat,
Lui dit : « Non, n’aies pas peur, je joue la comédie.
Je t’apprendrai à rire, à dire des bons mots.
Avec moi, les rieurs n’engendrent pas l’ennui.
Je fais naître la joie et soigne tous les maux.
Et l’homme, réjoui, pouffa sa rêverie...
Un pin au flanc blessé, laissant couler sa sève
Héla le promeneur : «Toi ? Es-tu le dernier
De tous ces travailleurs qui autrefois, sans trêveElle
Recueillaient dans un pot ma gemme : les résiniers ? »
« Non, lui dit le rêveur, je chante les mots, moi ! »
« Alors, viens avec moi, dit le pin, je t’emmène
Dire la tragédie de ces hommes des bois.
Je peux t’aider, je suis la muse NELPOMÈNE. »
Et l’homme, tristement, clama sa rêverie...
Levant les yeux au ciel, vers l’astre d’or qui brille,
Le poète aperçoit une petite tâche.
L’écureuil s’est « posé » au milieu des aiguilles.
Un rayon de soleil éclaire son panache.
« Et toi, qui donc es-tu ? Questionna le rêveur.
Pourquoi te percher là, près des astres. Par ruse ? »
C’est pour mieux les croquer, répondit le rongeur,
Car je suis URANIE, des étoiles la muse ! »
Et l’homme, aux astres bleus, lança sa rêverie...
Des bruyères sortit, une biche aux abois
Et, faisant voleter sous ses petits sabots
Un peu du sable gris du sentier, s’arrêta.
« Mon nom est POLYMNIE et mes hymnes sont beaux.
Je peux t’aider, penseur, à chanter le sacré.
Mais avant, s’il te plaît, dit la muse en bramant,
Toi, viens à mon secours, l’enfant s’est égaré.
Il me faut retrouver avant la nuit, mon faon !
Et l’homme lui offrit, d’emblée, sa rêverie...
Un doux grésillement semblait sortir des mottes
De terre, parsemées, ça et là, par les taupes.
Un grillon en sortit ! Il dit d’une voix haute :
« Tu veux être éloquent ? Me voici : CALLIOPE,
Dit l’épique sauteur, poétique orthoptère,
Muse, je fais rimer le beau avec le grand !
Viens apprendre avec moi, ô rêveur solitaire,
L’éloquence, la vraie ! Viens vite. Je t’attends.
Et l’homme, « grésilla » alors sa rêverie...
Le poète atteignit une grande clairière.
De quelques chrysalides, il vit la procession.
« Moi, je suis ÉRATO, murmura la première,
De ma lyre je peux faire naître passions,
Grands sentiments, émois, envolées poétiques.
Si tu veux de mes chants sonder la profondeur
Allonge-toi et marche. Et suis bien la musique !
Ton cœur te guidera dans la file, ô rêveur !
Et l’homme, en les suivant, « rampa » sa rêverie...
Le poète sortit de la forêt de pins.
Et l’océan roulait doucement sa madrague.
Il invoqua les muses, une à une. Et soudain,
Quand il se fut assis au bord des blanches vagues,
Entendit les neuf voix des antiques déesses :
Clio, Thalie, Calliope, Euterpe, Polymnie,
Lui chanter la forêt des Landes avec tendresse,
Nelpomène, Érato Terpsichore, Uranie.
Et l’homme ne sortit point de sa rêverie.
Késaco