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 LE TEMPS

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Emilie
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Date d'inscription : 26/12/2004

MessageSujet: LE TEMPS   Mar 13 Juin - 8:37

Aucune expérience n’est aussi familière et quotidienne que celle du temps, et pourtant peu de concepts sont aussi difficiles à définir : la familiarité de l’expérience ne suffit pas à faire la clarté du concept. Peut-être même au contraire nous est-elle si proche que c’est cette proximité même qui nous la rend difficile à définir. Saint Augustin disait déjà que le temps est l’exemple même d’une chose dont je sais fort bien ce qu’elle est tant qu’on ne me demande pas de la définir, et que je sens me filer entre les doigts dès que je m’efforce d’en avancer une définition. Pouvons-nous trouver la bonne distance nous permettant d’appréhender cette réalité qu’est le temps ?

Si nous nous efforçons de mettre le temps à distance pour le penser, le temps extérieur que nous rencontrons est celui des horloges et des calendriers, temps objectif mesurable, justiciable d’une appréhension quantitative et mathématique. Temps mesuré par des phénomènes naturels (le temps des journées, des saisons, des années, ponctué par les révolutions de la terre sur elle-même et autour du soleil) ou de façon plus rigoureuse par les chronomètres, le temps semble la trame à l’intérieur de laquelle se déroule notre vie. Le temps serait alors comme l’espace une sorte de milieu homogène et indifférent à l’intérieur duquel viendraient prendre place nos existences.

Pourtant, si nous faisons abstraction de la conscience, les choses ne sont-elles pas ce sur quoi le temps n’a aucune prise ? En l’absence de toute mémoire, la chose est condamnée à n’exister que dans un éternel présent. La chose toute entière cantonnée dans le présent, elle ne connaît jamais que le présent. Même les traces de vieillissement et d’usure, les marques d’une brisure et d’une réparation, toutes ces traces n’existent qu’au présent et ne parlent du passé qu’à la conscience qui les déchiffre et les interprète. Hors de la conscience seul existe le présent, et tout n’existe qu’au présent.

Or ce présent des choses est un présent absolument sans épaisseur. Tout comme le point en géométrie qui n’est que l’intersection entre deux droites, l’instant présent n’est que l’idée de la coupure entre passé et avenir. On parle certes du siècle présent, de l’année présente, de l’heure présente, mais ce n’est là qu’abus de langage si l’on ne parle pas du point de vue de la conscience qui se les rend présents. Parlera-t-on de la minute présente, de la seconde présente ? Le présent n’a strictement aucune épaisseur, n’étant que la séparation entre passé et avenir, deux dimensions qui n’ont de réalité que pour la conscience qui se positionne par rapport à elles. Le temps du monde se réduit au seul présent qui se réduit à son tour à n’être qu’un pur néant.

On ne peut pas dire que l’homme soit « dans » le temps, puisque sans l’effort de sa conscience, le temps n’aurait pas plus de prise sur lui que sur les choses. Si le présent n’est pas pour moi un simple présent évanouissant, c’est que je ne vis jamais dans le pur présent, mais dans un halo de présence qui tient à ce que ma conscience retient par la mémoire ce qui vient de se passer et anticipe par l’attente ce qui va se passer. Ainsi, écouter une phrase musicale, ce ne serait si l’on ne s’en tenait qu’au pur présent qu’écouter une note, puis une note, puis une note. Encore le « puis » est-il intercalé par la conscience qui s’efforce de reconstituer ce que serait une telle perception. Si j’entends bien une phrase musicale, ou même une symphonie tout entière, c’est qu’en entendant la seconde note, je n’ai pas perdu la première qui reste présente à ma conscience, non il est vrai sur le mode de la perception (faute de quoi il y aurait un accord et non une phrase) mais sur le mode de la mémoire. Percevoir, ce n’est jamais seulement percevoir, c’est toujours solidairement percevoir et se souvenir : ainsi je ne peux pas dire en toute rigueur que je perçois un mouvement : je perçois une position de l’objet dans l’espace, puis une autre, puis encore une autre. Je ne peux dire que je « perçois » le mouvement, que je « vois » la chose bouger, que parce que tout en percevant je ne cesse en même temps de me souvenir. La mémoire vient en permanence « épauler » la perception pour nous dévoiler un monde vivant et mouvant.
La conscience n’est donc pas « dans « le temps, prisonnière du temps mais elle se temporalise activement, se fait temporelle en tant que par la nostalgie ou le regret, l’attente, l’espoir ou la crainte, elle se projette en permanence dans le temps, ou plutôt elle déploie le temps par son activité même. Cette sphère de présence que j’anime par ma conscience peut se dilater plus ou moins en fonction de ma plus ou moins grande attention. Au plus fort de la dispersion et de la distraction, je me laisse à la limite enfermer dans le seul présent et me rapproche autant qu’il est possible sans sombrer dans la pure inconscience, du temps des choses. Au plus fort de la concentration et de l’attention au contraire, je retiens non seulement le début de la phrase présente, mais le début de la démonstration, de la conférence ou du cours. Plus je retiens le passé présent à ma conscience, plus je suis corrélativement capable d’anticiper sur la fin de la phrase ou de la démonstration, au risque de me tromper.

Conclusion :
Le temps n’est donc pas une réalité qui nous accable du dehors et nous ferait sentir la finitude et le caractère éphémère de notre condition, par contraste avec la permanence de l’éternité. Au contraire, le temps n’a prise sur nous que parce que nous sommes de part en part temporels. Le temps ne nous assaille pas comme un milieu extérieur, indifférent voire hostile. Il est l’étoffe même de nos vies.

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Gi
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MessageSujet: Re: LE TEMPS   Mer 14 Juin - 1:44

Émilie

merci... un de ces jours si j'ai le temps je te ferai un site pour mettre tout cela ensemble.

Bisous
Gi

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Emilie
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MessageSujet: Re: LE TEMPS   Jeu 15 Juin - 3:47

merci ma gi. ici il fait pas beau, mais nous avons eu vraiment de grosses chaleurs.
nous pensons fort à toi. a tout bientôt. emilie.

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