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 Le chant du Neker (2)

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Pascal9
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MessageSujet: Le chant du Neker (2)   Mar 13 Juin - 6:08

Résumé du Chant du Neker (1) :

La découverte d’un opuscule mystérieux dans une brocante plonge son lecteur dans une aventure angoissante, quelque part en Flandre maritime….





Le chant du Neker (2).


Le commis eut un profond soupir de moribond. Il faisait de frénétiques tentatives pour inspirer. Je lui passai mon verre de genièvre et il le lampa d’un trait, comme le font les mariniers et les marchands de bestiaux.
En d’autres circonstances, nous aurions été choqués par cette désinvolture, mais il avait un air si épouvanté, et ma foi, nous nous trouvions depuis un moment dans un climat si particulier, que cela sembla naturel.
- Monsieur Haegeman, dit le garçon, il y a…
Son expression, un instant apaisé, reprit son aspect horrifié.
- Je ne peux pas, chuchota-t-il.
Erwan Haegeman tapa du poing sur la table.
- Ah, c’est par trop horrible, je ne peux vous dire cela, reprit le commis.
Erwan rugit d’irritation et empoigna d’un geste le jeune adolescent terrorisé.
- Par le diable cornu, Pieter, allez-vous donc enfin parler ? Qu’avez-vous vu ou entendu ? Que se passe-t-il donc mon garçon ? Avez-vous bu ?
- Il y a, Master Erwan… Le jeune homme parut s’effondrer intérieurement : Je ne peux le décrire comme je le désirerais… Mais il y a une énorme créature dans la rue de l’église…
- Peuh ! Maugréâmes-nous tous ensemble, interloqués et troublés à la fois.
Vous avez eu une hallucination, dit Pflumm, j’ai déjà vu cela : lorsque l’on a faim ou que l’on manque de sommeil, on se surprend à percevoir des choses grotesques.
Mais Pieter contesta de nouveau.
- Ce n’est pas un cauchemar, Master, je n’avais pas faim. Je traversai la place rapidement, en me protégeant de la pluie et du vent, et en levant les yeux, c’est alors… Ah ! Misère ! Comment vous faire imaginer…. Ah, ma foi ! Il y une énorme créature dans la rue.
- Mais enfin, déclarai-je à mon tour, c’est dénué de sens voyons ! Vos perceptions auront été abusées par l’obscurité et la tempête…
Pieter ballotta de la tête avec accablement :
- J’aimerais mieux affronter toute la nuit la chasse volante de Belzébuth que de retourner dans cette maudite tempête. Ah ! Sur mon honneur, je ne sortirais pas !
- Et moi, je vais aller de ce pas voir ce qui s’y passe dans la rue de l’église, grand flandrin, déclara Erwan, en jetant un imperméable sur ses épaules.
Il balança un moment devant l’antique pétoire de l’oncle Paulus, accrochée à la patère, près de l’horloge à balancier, secoua sa tête de calme Flamand, et prenant la lanterne sourde des fraudeurs, sortit en rasant les murs.
- Mon dieu ! Ne le laissez pas y aller seul ! s’exclama Pieter, terrorisé.
Avec circonspection nous nous approchâmes de la fenêtre du devant. Déjà le halo du fanal d’Erwan diminuait, tremblotant, sur les façades de Bergues.
Nous demeurâmes solitaires dans la clarté bleutée du cabaret. On entendit hurler un chien. Il y eu dix minutes de terreur muette ; je sentis le souffle de Pieter haleter sur ma nuque.
- Ne l’abandonnez pas seul dans la rue, se lamentait-il.
Au même instant, retentit un cri tellement obscène que je préférerais disparaître que de devoir l’ouïr une seconde fois. Pratiquement au même moment, Pflumm , levant le bras, hurla : Regardez !... Regardez donc !... Cette horreur… La fenêtre…
Cependant la cité se remplissait de fureur. Le commis Pieter et Hubert Félix Pflumm paraissaient des suppôts de l’enfer dans le tumulte environnant, leurs cheveux dressés sur la tête, victimes de je ne sais quel phénomène électrique…
- Master Erwan, sanglota Pieter… Malheur, que lui est-il arrivé ?
Terrible interrogation à laquelle je serai encore bien en peine de répondre :
Jamais nous ne le revîmes…
La place du Beffroi ainsi que les rues avoisinantes étaient vides. Le falot était posé sur le quai près du pont et son lumignon continuait à répandre sa clarté sépulcrale, un reflet malsain à la surface du canal.
Nous avons fouillé la cité, les remparts, les poternes : jamais nous n’avons revu Erwan.

*


On devinera aisément que nous n’ayons pu compter sur le secours des forces de l’ordre. Nous avons trouvé la mairie submergée par une multitude frénétique, les couloirs encombrés, des agents débordés et le maire rudoyé comme le dernier des clercs. Car, dans cette nuit funeste de tempête, sept personnes se sont volatilisés, les unes en retournant chez elles, les autres dans leurs propres maisons !
A partir de ce moment, l’univers des hypothèses rationnelles est terminé, et seul celui des conjectures fantastiques subsiste.
Depuis cette désastreuse soirée, quelques semaines ont passées. Nous menons une existence morose d’espérances vaines et de révoltes.
Le maire Uyttebroek a mis en place une milice communale de vigilants qui patrouille toutes les nuits sur les remparts et sur les berges des douves.
Ce matin, je cherche Pflumm ; je commençais à m’inquiéter en imaginant une nouvelle catastrophe lorsque je le trouvais assis sur le quai, le regard farouche, une apparence de détermination sur sa figure ordinairement si placide.
Il manipulait la pétoire de l’oncle Paulus et paraissait irrité d’être importuné.
J’envisageais de le questionner sur l’apparition qu’il avait entrevue, mais il me considéra étrangement comme si mes paroles n’avaient aucun sens.
D’ailleurs, il resta immergé dans un silence total, et non seulement ne pipa mot, mais sembla ne pas s’occuper de ma présence auprès de lui.
Des centaines de rumeurs, les unes plus saugrenues que les autres parcourent la cité. On cause d’un complot étranger et sanglant ; on incrimine les nantis, et plus grave encore : le vicaire n’a aucune explication.
C’était là, il faut le dire une bien piètre consolation…
Des assassinats terribles viennent d’être perpétrés : des noyés aux yeux exorbités sont découverts sur le chemin de halage. La tempête ne pouvait engendrer une hécatombe aussi absolue, qu’était-il arrivé sur les bords des canaux ?
Si la plupart des victimes sont intactes, mis à part ce regard fou, quelques victimes sont lacérées, et cela inquiète la population.
Mais je ne veux pas me mêler aux échos inimaginables de la ville ; on trouvera assez de badauds pour les chanter à voix basse et entendue. Je préfère me limiter au décor du Lion Rugissant, et à la disparition de mon pauvre frère… Dans notre cas le désespoir l’emportait volontiers sur la terreur…
Le temps passe rapidement, l’été est arrivé, plus chaud, plus plombé que la pire saison tropicale. Nous restons prostrés sur la terrasse. Parfois le maire Uyttebroek vient s’installer en notre compagnie et tente de nous réconforter.
Il nous assure de la bonne volonté des forces de l’ordre et du zèle des fonctionnaires de police, malheureusement, aucune preuve matérielle ne vient corroborer ses affirmations, il est bien brave Uttebroek, mais il est comme nous tous, anéanti et sidéré devant ce déchaînement de violence…
- Nous trouverons, Haegeman… Nous trouverons…



…/… Suite Mercredi prochain
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Gi
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Date d'inscription : 18/12/2004

MessageSujet: Re: Le chant du Neker (2)   Mar 20 Juin - 0:01

seigneur c'est troublant...
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http://www.liensutiles.org/gvilleneuve.htm
 
Le chant du Neker (2)
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