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 Les échanges

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Emilie
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Nombre de messages : 455
Localisation : France
Date d'inscription : 26/12/2004

MessageSujet: Les échanges   Jeu 6 Oct - 15:38

les échanges ont longtemps été tenus pour suspects par les philosophes, mais aussi par l'homme de la rue. Le commerçant n'est-il pas éternellement suspect de vouloir "flouer" son client, l'enrichissement des banques ne se fait-il pas au détriment de leurs clients ?
D'une façon générale, comment l'échange peut-il créer de la valeur, comment peut-il être rentable et permettre au marchand ou au banquier de vivre et même de bien vivre, alors qu'ils ne produisent rien ? Aristote écrivait que "les vraies richesses sont celles de la nature", le travail "honnête" consistant à aller les y chercher pour les mettre à la disposition des besoins humains. Aristote écrit que toute chose à deux usages : une paire de chaussures, par exemple peut-être portée pour marcher, ou être échangée contre une autre chose. Le premier usage est à ses yeux naturel, conforme à la nature de la chose, le deuxième usage est contre-nautre et oublieux de la vraie nature de la chose. L'enrichissement obtenu par la seule activité commerçante lui semble injuste dans la mesure où il ne s'accompagne d'aucune création de la valeur nouvelle. la règle de l'échange est-elle l'égalité de valeur entre les choses échangées (autrement, il n'y aurait pas échange loyal mais spoliation d'une des parties par l'autre), ou bien au contraire la règle de l'échange est-elle qu'une chose soit toujours revendue plus cher qu'elle n'a été achetée, c'est-à-dire qu'elle change de valeur, tout en restant identique à elle-même, au cours du processus de sa circulation à l'intérieur de la société ?

L'homme est un être de besoins qu'il doit impérativement satisfaire s'il veut survivre. L'homme est ainsi soumis à la nécéssité de travailler pour subvenir à ses besoins sans cesse renaissants. Mais les hommes ne satisfont jamais leurs besoins de façon solitaire : c'est collectivement que les hommes font face à la nécessité et relèvent le défi de leur propre survie. C'est pourquoi "l'homme est par nature un animal politique" (Aristote): la Cité est à la fois une unité économique et politique, chaque Cité doit tendre à mimer le plus possible l'autarcie qui est le fait de la vie divine et qui fait cruellement défaut à l'individu.

Pour que les hommes aient quelque chose à échanger, il faut que chacun produise plus que ce dont il a besoin pour subvenir à ses propres besoins et à ceux de sa "maison". Ainsi le cordonnier va-t-il fabriquer plus de chaussures qu'il n'en a lui-même besoin, afin d'avoir quelque chose à échanger contre de la nourriture, des vêtements, etc.

l'échange suppose à la fois que les choses échangées soient différentes (à quoi bon échanger deux objets identiques?) et qu'elles soient malgré tout équivalentes (pour qu'il y ait échange véritable et non pas spoliation).
L'équivalence de valeur est la condition de l'échange. L'échange est ainsi un mal nécessaire qui permet de rapprocher autant que le permet la nature humaine de la condition divine, et de perpétuer la vie des hommes.

Pour Adam Smith, ce n'est pas la division du travail qui rend nécessaire le système de l'échange mais au contraire la "propension naturelle de l'homme à échanger" qui l'amène à développer la division du travail. Echanger est un acte proprement humain : : on n'a jamais vu un animal échanger quoi que ce soit avec un autre animal.

Parce que les hommes ont un besoin vital d'échanger avec d'autres hommes pour survivre, les liens sociaux ne sont pas abandonnés au bon vouloir de chacun ou au hasard des affinités ou des antipathies. Les échanges tissent et structurent la vie sociale : Les rapports avec autrui ne sont jamais des rapports désincarnés de conscience à conscience, mais j'entre en relation avec autrui en tant que collègue de travail, patron ou employé, client, intermédiaire, etc.

L'échange suppose une interdépendance des hommes formant entre eux une société. Chacun doit à l'autre ce qui est nécessaire pour assurer sa survie, et cette dépendance mutuelle réciproque, est en fin de compte le garant de la liberté de chacun. Seul un chien peut se résoudre à dépendre de la bonne volonté de son maître pour assurer sa survie: il est humiliant et dégradant de devoir dépendre de la charité publique pour survivre, sans rien avoir à offrir en échange. l'échange "intéressé" a donc plus de valeur que le don de charité et est plus respectueux de la dignité d'autrui 'Smith).

Marx a montré que le fait de produire une chose non pas directement pour satisfaire un besoin mais pour pouvoir l'échanger ou la vendre donne une priorité absolue à la valeur d'échange sur la valeur d'usage. La chose est d'avance réduite à l'état de marchandise.
Le propriétaire voit dans ce qu'il possède sa valeur ; un moyen de s'enrichir, et non pas ce qui la rattache aux besoins humains en général. Mais la logique de l'échange veut que rien n'échappe à cette transformation en marchandises : le travail humain lui-même est une marchandise que le travailleur peut échanger sur le "marché du travail" contre un salaire. L'ouvrier est ainsi le capitaliste de sa propre force de travail et de son temps de travail. La dégradation des choses en marchandises fait que l'homme lui-même se trouve ravalé au rang de simple marchandise.

S'il venait à se généraliser, il détruirait le moteur de toute vie économique qui réside dans le désir supposé universel de s'enrichir. Le don recèle une puissance subversive : "Le don désacralise l'argent" (Ellul). La société suppose la réciprocité des prestations dans l'exacte mesure où elle repose sur l'incapacité de chaque individu à assurer seul sa survie. Reste que le lien social ne se réduit pas à ce qui le rend nécessaire : la socialité et l'urbanité, le plaisir de vivre ensemble peuvent fort bien s'affranchir du besoin d'échanger qui les a fait naître.

Conclusion : Si l'activité humaine soumise à la nécessité et centrée sur la production et l'échange des choses les réduit à l'état de simples marchandises, l'irruption des choses dans la sphère des relations humaines les élève au rang de signes (d'amitié, d'amour, de reconnaissance, etc.) La valeur des choses n'est alors ni leur valeur d'usage, ni leur valeur d'échange mais leur valeur affective qui tient au fait qu'elles puissent être offertes par des hommes à d'autres hommes. smiley

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Gi
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MessageSujet: Re: Les échanges   Sam 8 Oct - 23:27

C'est étonnant... mais super intéressant.


Merci de Montréal...

Gi bisous

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