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 La couleur de l'amour (2/2)

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BOKAY
Ange


Nombre de messages : 69
Localisation : France
Date d'inscription : 29/03/2005

MessageSujet: La couleur de l'amour (2/2)   Sam 10 Sep - 12:42

C’est un petit local entièrement décoré de bois et de filets de pèche. L’ambiance est sympathique, j’ai l’impression que tout le monde se connaît. j’ai dansé avec Sabrina toute la soirée, uniquement avec elle. Jamais je ne me suis senti aussi bien avec une fille et en aussi peu de temps. J’en ai la tête toute retournée. Quand, vers deux heures du matin, nous rentrons à la villa, je tiens Sabrina par le cou, je nage en plein bonheur!
Guillaume pénètre le premier dans la maison, Il y a encore de la lumière à l’intérieur. Je le suis et m’engage dans le vaste salon en serrant Sabrina tout contre moi. Malia n’est pas couchée, elle regarde la télévision. A peine nous a-t-elle vu, Sabrina et moi, qu’elle nous lance un regard féroce et s’adresse à sa fille sur un ton autoritaire, presque méchant.
--- Vient, faut que je te parle ! Dit-elle à sa fille.
Je reste avec Guillaume et je lui demande ce qui ce passe.
--- J’en sais rien, dit-il, j’ai jamais vu ma mère dans cet état.
Je monte dans ma chambre et me mets au lit rapidement. Je ne comprends pas l’attitude de Malia ! Est-ce parce que je tenais sa fille par le cou ? Mais enfin, Sabrina à vingt ans ! Je me dis que c’est peut-être dans leurs coutumes ? Je passe une très mauvaise nuit.
Le lendemain matin, au petit déjeuné, l’ambiance est crispée.
--- Alors les jeunes ! Vous avez passé une bonne soirée ? Demande Bernard.
Il n’obtient qu’un vague « wouai » et tente de briser le silence par quelques banalités, puis quitte la table. Je comprends de moins en moins ? Sabrina mange tête baissée comme si elle était honteuse ou punie, Guillaume ouvre enfin la bouche.
--- T’en fait une tête Sab ? C’est parce qu’on est rentré trop tard hier soir, maman a crié ?
--- Non, dit Sabrina, c’est pour autre chose, mais je ne peux rien dire, c’est entre maman et moi.
--- Ah, vous en faites des mystères, vous les femmes ! Dit Guillaume.
Je n’ose pas intervenir, mais j’ai l’impression d’être directement lié à ce brusque changement d’attitude. Pourquoi ils me font la gueule aujourd’hui alors qu’hier ils m’accueillaient très chaleureusement ? Je veux en avoir le cœur net. Je rejoins Sabrina qui prend l’air dans le jardin.
--- Qu’est-ce qui se passe Sabrina ? Hier tout allait bien, et aujourd’hui, vous faites tous la gueule ?
--- Ma mère ne veut pas que tu me prennes par le cou comme ça ! Elle m’a dit qu’elle m’interdisait absolument d’avoir une relation avec toi.
--- Elle t’as dit ça ! Elle est quand même pas raciste ! Elle aime pas les blancs ?
--- Mais non, elle n’est pas raciste du tout, d’habitude elle ne me demande même pas qui sont mes copains, je ne comprends pas son attitude.
--- C’est dommage, dis-je, je ressens pour toi une attirance que j’arrive pas à expliquer. Jamais je ne me suis senti aussi bien qu’hier !
--- C’est étrange, dit-elle, je ressens la même chose. j’ai l’impression de t’avoir toujours connu, que nous nous connaissons depuis l’enfance… Et ma mère qui nous interdit de sortir ensemble ! De quel droit ! C’est elle qui est responsable si je ne suis rien ! Non rien ! Je ne suis ni africaine, ni européenne, ni noir, ni blanche, et cette peau à la couleur bizarre, d’un blanc sale ou d’un noir délavé !
--- Sabrina ! Tu délires ! Jamais je n’ai vu une peau aussi belle que la tienne ! Ta peau a la couleur de l’amour ! Tu es le fruit de deux êtres qui se sont aimés malgré toutes leurs différences.
--- Alors pourquoi cette interdiction ? Dit Sabrina. Comment ma mère peut-elle m’interdire d’entretenir une relation avec un Français alors qu’elle en a épousé un et qui lui a donné deux enfants ?
Je suis révolté par l’attitude de Malia dont la première conséquence est de renforcer l’attirance que nous éprouvons l’un pour l’autre. En effet, sa prise de position extrême aboutit au résultat inverse à celui qu’elle espérait. Ce refus catégorique de sa part ne fait que renforcer notre attirance. Je suis décidé à voir Malia et à lui demander des explications ! Elle doit me les donner.
La situation se présente dans la matinée, Malia est seule dans le salon. Je lui demande si elle m’autorise à lui poser une question.
--- Ah ! j’attendais cette question, dit Malia. Je suppose que Sabrina t’as parlé ?
--- Oui, elle m’a parlé. Mais ni Sabrina ni moi ne comprenons ce qui motive votre décision !
--- Je comprends que vous soyez choqués tous les deux, mais je ne reviendrais pas sur ma décision.
Je sens la colère monter en moi et j’interroge Malia sur un ton ferme, presque agressif.
--- Je ne suis pas assez bien pour votre fille ? Ou alors vous préférez qu’elle épouse un africain ?
--- Non, calme-toi, dit-elle, c’est simplement pour des raisons personnelles.
--- Mais Sabrina à vingt ans, elle a le droit de choisir avec qui elle veut sortir !
--- Avec qui elle veut, mais pas avec toi ! C’est impossible.
Malia en a dit trop ou pas assez, maintenant elle doit justifier ses propos.
--- Tu n’as pas une idée ? Dit-elle. Tu ne vois pas à quoi je fais allusion ?
--- Non ! Je ne vois pas, dis-je étonné.
Malia me regarde fixement, l’expression de son visage change, son regard se fige.
--- Je vais te confier un secret, dit-elle, mais tu me jures de ne le dire à personne. Sabrina est ta sœur ! Enfin ta demi sœur si tu préfères. Sabrina a été conçu au moment où j’ai quitté ton père pour Bernard. Tu comprends maintenant ? Je ne l’ai jamais dit à personne. Tu es le seul à savoir, même Bernard ne sait pas.
Quelle douche froide ! J’ai une sœur ! j’ai une sœur depuis toujours et je l’apprends seulement maintenant, à dix-huit ans ! Et en plus, Malia m’interdit de lui dire que je suis son frère ! Tout ça me tombe d’un coup. Moi qui étais venu ici pour passer deux ou trois semaines tranquilles, je suis servi !
Je promets à Malia de ne rien dire à personne, mais ses propos ne m’ont pas totalement convaincu. Comment est-elle certaine que Sabrina est la fille de mon père ? Bernard aussi peut être son père. J’aborde de nouveau le sujet avec Malia. A présent, elle semble moins certaine, je l’ai amené à se poser des questions, j’ai soulevé un doute et je la sens tourmenté. Elle enfouit sa tête dans ses mains, la relève en grimaçant, puis se redresse d’un air décidé.
--- Tu as raison, me dit-elle, cette incertitude me tourmente et me ronge, je dois savoir, je dois m’arranger pour faire pratiquer un test, mais à leur insu naturellement.
--- Oui, ce serait une décision courageuse dis-je, mais comment allez-vous procéder ?
--- Oh ! Rien de plus simple, dit-elle, je vais dire à Sabrina que vous et elle devez faire un test pour rechercher le virus du sida. Pour Bernard, je dirais qu’il a l’air fatigué et qu’une prise de sang est indispensable. Après, je m’arrangerai avec le patron du labo, c’est un ami.
Impatient de connaître la vérité, je décide de poursuivre mon séjour en côte d’Ivoire... Je ne sais pas encore si J’aime Sabrina, c’est trop tôt pour le dire, mais je ressens une très forte attirance pour elle, ça j’en suis sûr. Comment dois-je la regarder ? Comme ma sœur ou différemment ? La réponse à cette question dépendrait donc du résultat des tests ? Tout cela est surréaliste ! Malia me dit qu’il faut deux à trois jours pour avoir les résultats.
En attendant, j’ai trouvé à m’occuper, je fais de la photo. Je me lève tôt le matin et parts à Abidjan avec Bernard. Je parcoure la ville en tous sens, je vais dans les endroits les plus retirés et je mitraille. Les rues, les marchés, les gens, tout me passionne. Cette ville renferme un véritable trésor pour qui aime la photo. Le soir, je me rends à l’entrepôt et je reviens avec Bernard.
Aujourd’hui, je reste à la villa, Malia attend les résultats des tests qu’elle a demandés. Nous sommes les seuls à connaître le véritable motif de ces analyses.
Guillaume et Sabrina sont partis avec des amis, moi je reste à la villa avec Malia. Pour tuer le temps, Malia me raconte ses années de jeunesse avec mon père, Bernard et la bande de copains. La sonnerie du téléphone vient interrompre le récit de ses souvenirs. Malia se lève d’un bon, décroche.
--- Oui, c’est moi, dit-elle…
Moi, je suis tendu comme je ne l’ai jamais été. Tout mon corps s’est brusquement figé, paralysé. Malia reste sereine, son visage ne trahit aucune expression.
--- Je vous remercie, madame ! Dit-elle, au revoir.
Malia repose le combiné
--- Non, Sabrina n’est pas ta sœur, dit-elle simplement.
Je saute de joie, je prends Malia dans mes bras et lui dis combien je suis heureux. Elle sourit, mais rien de plus. Je pense qu’elle ressent une certaine gène de n’avoir pas su avec certitude qui est le père de sa fille. A présent, l’image de Sabrina m’apparaît, comme une photo, là, devant moi, autour de moi, dans mon esprit, partout. Et je vois les portes de l’amour s’ouvrir en grand. Nous avons donc le droit de nous aimer ! j’ai du mal à y croire.
--- Je vais appeler Sabrina sur son portable et je lui dirais qu’elle peut se tranquilliser, que ni elle ni toi n’êtes séropositif, dit Malia.
Une heure plus tard, Sabrina rentre avec Guillaume, elle saute du Pick-up et court dans mes bras.
--- C’est merveilleux, dit-elle, mais comment ma mère a-t-elle pu penser que tu pouvais être porteur du virus ?
--- Ah ! Les Mères tu sais, elles sont toutes pareilles, elles s’imaginent toujours le pire pour leurs enfants.
Chaque jour est un nouveau bonheur, notre entente est parfaite et nous élaborons des plans pour un avenir que nous voulons bâtir ensemble. Sabrina envisage même de s’inscrire à la fac à Paris. Parfois, un éclair de lucidité traverse mon esprit, je me dis que tout va trop vite, hier je me découvre une sœur, quelques jours après, je découvre l’amour ! Jamais je n’ai passé de vacances aussi tourmentés !
Mon séjour s’achève, je pensais rester une quinzaine de jours, il y a plus d’un mois que je suis ici et je n’ai aucune envie de partir. Sabrina va me manquer terriblement, nous avons décidé de laisser passer quelques semaines, voir quelques mois et de faire le point ensuite. Tout cela est arrivé tellement vite. Le taxi descend mes bagages devant l’aéroport d’Abidjan, Sabrina essaie de rester gaie et s’efforce de ne pas pleurer. Elle a insisté pour porter un de mes bagages, c’est un peu comme si on partait ensemble, dit-elle. Guillaume ne nous a pas accompagné : « Je vous laisse tous les deux, a-t-il dit, cette journée est à vous seul ». Sabrina a mis sa robe rouge, celle que je préfère car je trouve qu’elle met en valeur la couleur ambrée de sa peau.
--- Maintenant, j’en suis certain, dis-je, ta peau à vraiment la couleur de l’amour.
c’est la dernière phrase que j’ai prononcée.

Rentré à Paris, mon père me demande mon impression sur l’Afrique.
--- T’as certainement passé un séjour au calme, dit mon père, l’Afrique c’est pas comme ici et à la longue, on finit par s’ennuyer !
BOKAY

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Brian Marconi
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MessageSujet: Re: La couleur de l'amour (2/2)   Ven 16 Sep - 2:08

Chapeau pour ce texte... puis

J'ai visité ton site... Plein de boulot si je veux tout lire...

salutations
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BOKAY
Ange


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MessageSujet: Re: La couleur de l'amour (2/2)   Ven 16 Sep - 16:29

content que mon texte te plaise!
pourquoi ce pseudo? BOKAY c'est tout simple, mon nom de famille c'est Boquet
C'est vrai que pour lire la totalité de mon blog, il y a du temps à passer. Le plus raisonnable, je pense que c'est de lire une nouvelle de temps en temps. Ah tiens! si ça t'intéresse, mon prochain texte sera une nouvelle de science fiction que j'écris en ce moment. un truc que j'ai en projet depuis des mois.
Reçois toutes mes amitiés.................BOKAY
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Brian Marconi
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MessageSujet: Re: La couleur de l'amour (2/2)   Dim 18 Sep - 4:14

De la science fiction dans le genre du film 2001 ?

As-tu déjà songé à faire des scenarios de films avec tes histoires ?

avec mon amitié,
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MessageSujet: Re: La couleur de l'amour (2/2)   

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