Gabriel Garcia Marquez, Chronique d'une mort annoncée, Les cahiers rouges, Grasset.
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Une polyphonie baroque.
Santiago Nasar sera la victime de l'histoire amoureuse qui tourne mal, entre le flamboyant Bayardo San Roman et la jeune Angela Vicario.
Dès le début de ce court récit on est frappé par la virtuosité du conteur. On l'entend sans clairement l'identifier, mais il rapporte ce qu'il a vécu, il mène l'enquête et fait parler les différents protagonistes - qui ont tous leur mot à dire. La parole tourne à grande vitesse et raconte avec exubérance les évènements qui ont marqué, voire traumatisé, tout le village - pour longtemps.
Le conteur appartient au peuple. Il en partage la frénésie de vie et il la traduit dans un flot de paroles. Pas question de l'interrompre ! tous les détails ont leur importance, et canaliser le récit serait l'anéantir.
Certains ont voulu voir des résonances religieuses, voire christiques, dans ce récit. En fait les allusions au Christ sont rares, même si la mort de Santiago est un calvaire, digne d'une "passion". On trouve certes dans le rapport d'autopsie cette remarque : "on aurait dit une des cinq plaies du Christ", mais l'auteur du rapport est le curé ! La religion officielle, celle de l'Evêque mangeur de crêtes de coqs, objet de curiosité et de dérisions, pèse peu de poids à côté des évènements qui ont lieu dans le village.
En revanche ce que dit Angela Vicario à ses amies pour expliquer la perte de sa virginité ne manque pas de sel : "elle nous parla du miracle mais pas du saint". Dans son livre, Garcia Marquez célèbre la vie sous toutes ses formes, dans l'intrigue et dans le style, bien loin de se faire l'apôtre des préjugés qui occasionnent le drame.
Ainsi sommes-nous embarqués et comme adoptés par ce turbulent village dont nous partageons tous les moments, les plus dramatiques comme les plus inattendus. Avec Gabriel Garcia Marquez, nous sommes tous des Colombiens.