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 Les monstres du Kent (Bruegel et Fig -2)

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Pascal9
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MessageSujet: Les monstres du Kent (Bruegel et Fig -2)   Jeu 7 Avr - 16:03

Les boiseries de palissandre mauve et doré, les meubles cossus, les teintes chaudes, les becs de gaz ouvragés et les gravures d’époque faisaient de l’hôtel de Bourgogne une halte obligatoire pour les étrangers de passage dans la capitale française.
L’établissement ne tolérait qu’une pratique distinguée et discrète, à la condition première qu’elle soit nantie d’une bourse cossue. Descendre au Bourgogne montrait de manière évidente, que l’on appartenait à une élite. Bruegel et Fig avaient la fortune de profiter d’un droit rare, lié au prestige de leurs articles très populaires : habiter à l’année un appartement dans l’hôtel.
Bien entendu, les membres du personnel de l’établissement, silencieux et efficaces, ne montraient aucun étonnement face aux activités et aux habitudes insolites de ces clients peu ordinaires.
Alors que nos trois amis pénétraient dans le hall, le directeur, homme court, rond et affable, vint les prévenir, avec dans la voix, une nuance très subtile d’admiration craintive.
-« Tous ces messieurs vous attendent au salon rouge… »
Un majordome stylé s’inclina devant Watson et ouvrit en grand les deux battants de la vaste pièce.
Installés autour d’une table ovale dressée au milieu d’une vaste rotonde tendue de velours cramoisi, se tenaient huit personnes, huit hommes de tous âges, plus précisément.
Certains ne semblaient pas inconnus à Stanislas Bruegel, il lui semblait les avoir déjà rencontré, bien qu’ils paraissaient issus d’horizons très différents…
Précédant les deux acolytes, le docteur avança tout en annonçant d’une voix forte et bien timbrée :
- « Messieurs, voici Stanislas Bruegel et Lester Fig, reporters indépendants, spécialistes de l’irrationnel et du fantastique. Peut-être auront-ils la solution à nos problèmes ?
Puis se retournant vers les deux journalistes un peu abasourdis…
- « Je vais me charger de faire les présentations … »
Watson suivi de ses deux « invités » commença donc son tour de table, faisant halte devant chacune des personnalités présentes :
- « Gentlemen, permettez-moi de vous présenter quelques figures des lettres et des sciences… Tout d’abord, monsieur Thomas Alva Edison, inventeur américain, dont les travaux sur l’électricité ne sont plus à démontrer, monsieur Edison est venu tout spécialement du New Jersey pour exposer ses problèmes. Voici monsieur Henri Becquerel, physicien, prix Nobel, découvreur de ce que l’on appelle la radioactivité, sa science est trop complexe pour que je puisse la résumer en quelques mots… A ce discours, l’illustre savant sourit aimablement … S’arrêtant devant un personnage à la mine austère, Watson poursuivit : « Herr Emil Kraepelin, psychiatre, détenteur d’une chaire à Munich où il exerce son art, Herr Kraepelin est l’auteur d’une thèse sur la « dementia praecox » mais il est ici parce qu’il a été le témoin d’une péripétie étrange…
- « Ya, Apzolument ! Surenchérit le doktor… »
S’avançant toujours un peu plus dans le salon, le docteur Watson s’arrêta encore devant deux personnages, immédiatement reconnus par Stanislas.
- « Vous n’êtes pas sans connaître, messieurs Gaston Leroux et Maurice Leblanc, que vous avez l’occasion de croiser souvent dans les couloirs des rédactions parisiennes, dans le domaine des lettres, nous aurions dû bénéficier de la présence de monsieur Verne… Malheureusement, son état de santé et le mauvais état de sa vue ne permettent plus à ce grand voyageur de pouvoir se déplacer facilement. Néanmoins, il s’est chargé de m’envoyer une lettre me relatant les faits curieux dont il a été également victime… »
Enfin, le « guide » stoppa devant trois jeunes gens, un peu gênés d’être installés au milieu d’un aréopage aussi prestigieux…
- « Pour terminer, voici Messieurs Valentin, Terrasson et Pujol, respectivement inspecteur principal et stagiaires à la Sûreté de Paris, ce sont des policiers d’élite qui feront parler d’eux d’ici quelques temps, j’en suis certain.. . Vous n’ignorez pas qu’en haut lieu et par souci de protéger les citoyens, on imagine la police de l’avenir… Messieurs Lépine et Hennion ont en projet l’idée de brigades mobiles et modernes… L’avenir nous dira si la police française pourra frapper avec la force et la rapidité du tigre… Ces messieurs sont là, à la demande du Préfet afin de pouvoir offrir leur aide éventuelle…
Devant cette assemblée disparate, Bruegel et Fig restaient silencieux et pensifs… Que pouvaient bien vouloir dire cette réunion de personnes aussi éloignées les unes que les autres ? Quelles préoccupations communes pouvaient les animer ?
Devançant leurs interrogations et, continuant par la même son rôle de maître de cérémonie, Watson déclara :
- « Messieurs, asseyons-nous et soupons. Afin d’éviter toute interprétation douteuse et pour clarifier le débat, je vais, avec votre permission, faire un bref résumé de vos histoires respectives, qui finalement n’ont l’air d’en faire qu’une seule, une histoire fantastique… »
Sur ces paroles, le docteur but un plein verre d’eau et attaqua :
-« La nature prodigieuse, que dis-je cauchemardesque de cette affaire pourrait laisser croire que les victimes furent victimes de leurs imaginations trop fécondes… Mais la diversité des personnalités incriminées réfute absolument cette thèse hasardeuse… Si parmi les « victimes » nous trouvons des hommes de lettres, prompts à s’enflammer rapidement sur des spéculations poétiques, nous avons affaire également à des esprits savants, physiciens et cartésiens, esprits qui ne se laissent pas facilement déborder par des fantasmes morbides… C’est ce qui rend ces témoignages si désarmant au commun des mortels et même à l’esprit puissant du détective de Baker Street. Je résume donc…
Du 3 au 8 mai de cette année, tous ces messieurs, à l’exception du docteur Kraepelin ont été victimes du même forfait dans des lieux situés à des milliers de kilomètres les uns des autres… Un cambrioleur s’est introduit chez eux nuitamment et y a dérobé des plans, des notes de travail, des études documentaires, concernant des projets très confidentiels
(projets scientifiques ou ouvrages de fiction vulgarisant des métiers « sensibles »). En ce qui concerne le docteur Kraepelin, c’est un peu différent… Le 4 mai, dans l’après-midi, le psychiatre a reçu à son cabinet l’un de ses patients, connu pour ses délires notoires. Là, le malade lui a narré une « visite » reçu la nuit précédente, ce témoignage dépassait en incohérence tout ce que le praticien avait déjà entendu dans sa carrière… Vous me rétorquerez, messieurs : « Quels rapports entre toutes ces affaires et où est le fantastique là dedans ? L’absurdité de cette affaire réside dans la nature de l’auteur des forfaits, pour cela, je vais vous lire le témoignage écrit de monsieur Jules Verne qui résume assez complètement l’ensemble des dépositions ainsi que la description du patient de Herr Kraepelin, patient qui a d’ailleurs disparu de la circulation depuis… Le docteur lui ayant suggéré une hospitalisation le soir même, a eu la surprise d’apprendre que le malade s’était volatilisé en bas de chez lui… L’auteur des cambriolages, loin de se montrer discret, fidèle en cela aux habitudes de son exercice, a procédé avec une frénésie et un vacarme assourdissant. Ce qui a permit à nos amis de le voir à l’œuvre, malheureusement pour eux, car il y a de quoi devenir complètement fou… »
Watson, chaussant ses lorgnons, lu a haute voix cette description effarante émanant de l’auteur de Vingt mille lieues sous les mers, cette description ne devait pourtant rien à l’imagination débordante de l’écrivain.
« Dans la nuit du 5 mai, vers les trois heures du matin, je fus réveillé par un vacarme assourdissant provenant de mon cabinet de travail, accompagné de mon fils Paul,
je suis descendu aussitôt… La porte était entrouverte et la lampe allumée. Occupé au milieu de la pièce, une créature aberrante était agenouillée au milieu d’un fatras de papier…
Imaginez une créature de la couleur de l’or, de la taille d’un homme, mais sans tête ! Une créature dont le visage se trouve dans la poitrine (voire les yeux dans les épaules) ! Elle paraissait avoir des ailes de chaque côté du corps, comme une chauve-souris ! Une chauve-souris avec des pieds palmés et pas de tête ! En effet, se redressant à notre arrivée, sans le moindre cri, et pour cause, et avec une très grande vélocité, elle se précipita au travers de la vitre de la baie qui vola en éclats, et sans le moindre mal s’envola à tire d’ailes dans le ciel de nuit. Emportant avec elle, des notes concernant un ouvrage que je ne peux divulguer pour le moment… »
La lecture terminée, il régnait un profond silence dans l’assistance ému…
Watson ajouta :
- « Ce témoignage est commun à tous les autres dépositions avec quelques variantes, sinon le vacarme et l’aspect du « visiteur » est en tout point conforme. De même que la decription de « délire » du patient de Herr Kraepelin. Je ne vous cache pas que Holmes a consulté de nombreuses notes et grimoires, et aussi incroyable que cela puisse paraître, il a retrouvé quelques cas « d’apparitions ». Ces êtres fantastiques sont appelés depuis longtemps Blemmyes ou Blemmiens, Sternophtelmes ou Acéphales, on relate un cas à Hyte près de Sandling Park, dans le Kent, d’où le nom donné à cette affaire. Mais là s’arrête l’enquête du maître, tout cela est véritablement déconcertant »
Stanislas Bruegel et Lester Fig se regardèrent et envisagèrent l’ensemble des personnes assises autour de la table… Après un profond silence… Pesant… Bruegel se décida à parler :
- « Déconcertant, certes ! Mais surtout terriblement grave… Cette apparition veut surtout dire une chose… Quelque chose ou quelqu’un a de nouveau ouvert la porte du Mont Phégor… Et cela est préoccupant au possible… »
Un étonnement général suivit cette déclaration…
« Messieurs, je crois que le monde court un très grand danger… »



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Gi
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MessageSujet: Re: Les monstres du Kent (Bruegel et Fig -2)   Lun 23 Mai - 4:21



Intéressante cette histoire sur Edison...
Est-ce qu'Edison est vraiment venu à Paris ?
on ne peut pas dire que tu manques d'imagination...
elle déborde cette amie de tous les jours.
Je ne voudrais pas rencontrer seule dans la nuit cette bête sans tête.

Gi
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Pascal9
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MessageSujet: Re: Les monstres du Kent (Bruegel et Fig -2)   Lun 23 Mai - 4:28

A vrai dire, je ne pense pas qu'Edison soit venu à Paris, mais cette histoire est un clin d'oeil à mes lectures de jeunesse Conan Doyle, etc...
En tous cas merci de me lire, je "travaille" déjà à une suite...
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MessageSujet: Re: Les monstres du Kent (Bruegel et Fig -2)   

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