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 Victime... ou Tortionnaire... (3)

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Pascal9
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MessageSujet: Victime... ou Tortionnaire... (3)   Dim 6 Mar - 8:44

Victime …. Ou Tortionnaire…



Une « porteuse de valises »

Avec la porte Verte, Hélène Cuénat, arrêtée en février 1960 et évadée en février 1961 de la petite Roquette, témoigne de ce que fut son combat pour l’indépendance de l’Algérie. « Hélène Cuenat, alias Claire Alard, trente ans, ancien professeur. Ex-membre de la cellule communiste de la Sorbonne. Elle était la maîtresse de Francis Jeanson. Une tigresse, ont dit d’elle que les policiers qu’elle a couvert d’injures »… « Bio » express publiée par Paris-Presse en date du 27 février 1960, sous la photo anthropométrique obligeamment fournie par la police pour illustrer un dossier fulminant consacrée aux « Parisiennes du FLN ». Le même jour, le Parisien criait haro contre ce «réseau terroriste » réunissant huit femmes « dévouées aux intérêts de ceux qui luttent contre la France », notant perfidement au passage que « plusieurs ne sont pas françaises de naissance ». Quarante-huit heures auparavant, l’Aurore était parti en guerre contre cette « brochette de misérables », dont certaines, « mêlant l’agréable à l »utile », filaient « le parfait amour avec le chef régionale du FLN ». De toute façon, assénait Henry Bénazet, signataire de l’article, « La plupart, mâles ou femelles, n’étaient que de vils stipendiés », auxquels le FLN « versait les émoluments princiers pour effectuer leur abominable besogne »…
Hélène Cuenat était membre d’un réseau de soutien au peuple algérien en lutte pour son indépendance, le « réseau Jeanson », une « porteuse de valises » selon une expression qui fit alors florès. Ou encore une militante de « l’anti-France », pour reprendre le mot répété à cette époque par Michel Debré, pour déshonorer toute personne n’emboîtant pas le pas à celui qui se pré sentait toujours comme le premier chantre de l’Algérie française. Les quelques citations reproduites ci-dessus donnent un aperçu de la tonalité haineuse de l’essentiel de la presse de l’époque, à quelques exceptions près, dont l’Humanité, Témoignage Chrétien, France Observateur ou le Monde. Dans ce cas précis, une haine à la fois sexiste et raciste, sur fond d’une guerre coloniale qui, deux ans auparavant, avait servi de cadre à un putsch substituant à une IVe moribonde, une Ve République gaulliste jouant imprudemment, dans un premier temps, la carte du triomphalisme.
Retour en arrière. Fin des années cinquante, Hélène Cuenat, qui revendique sa « culture communiste », choisit le soutien direct au FLN. Citant Lénine, elle pose en principe : « Contre l’oppresseur colonial, le peuple du pays colonisateur et le peuple du pays colonisé sont solidaires. » A cette prise de conscience, il faut un détonateur personnel ; pour elle, comme pour d’autres, ce fut la révélation de la torture érigée en système : « Nous avons appris qu’on torturait dans les commissariat de police de Paris, dans le 13e arrondissement notamment.
La torture accompagne nécessairement les guerres menées contre un peuple : si l’on était contre la torture, il fallait être contre la guerre, et si l’on était contre la guerre, il fallait être pour l ‘indépendance de l’Algérie. » « Le récit publié quarante ans plus tard – la Porte Verte – constitue un retour sur cette époque. Revue – on serait tenté de dire « revécue »- à travers le prisme du temps. Hélène de l’an 2003 raconte Hélène de la fin des années cinquante. A ce titre, son livre fait songer à celui de Madeleine Riffaud, on l’appelait Rainer, un peu le même genre de regard surpris de l’auteur se redécouvrant à plusieurs décennies de décalage, avec toutes les distorsions de l’âge : la résistance au nazisme dans le cas de Madeleine Riffaud, à la guerre coloniale pour Hélène Cuenat.
Le livre de celle-ci explore « ce moment privilégié, ce temps fort de ma vie », que constitue son engagement anticolonialiste durant la guerre d’Algérie, son arrestation, son jugement (dix ans ferme), et enfin son évasion de la Petite Roquette , « à partir de toutes les années que j’ai vécues depuis ». Une exploration douloureuse : la « porte verte », c’est la petite porte latérale par laquelle sa fille Michèle, âgée de sept ans, entrait dans la prison pour rendre « visite » à sa mère. Aujourd’hui, Michèle est morte. Son aura imprègne l’ensemble du livre ; chaque fait rapporté est réapprécié, revisité à l’aune de la disparue. Le livre se clôt sur un mot de Michèle, retrouvé plus tard par sa mère : « Je suis bien contente qu’elle se soit enfuie / Je ne suis pas contente qu’elle soit partie. »
Au moment de la guerre d’Algérie, Albert Camus plaide pour l’instauration d’une trêve civile (1956) ce qui lui valut une vive hostilité de la part des français d’Algérie, lui qui était né en 1913 dans un milieu modeste, en Algérie…
« Pour la plupart des hommes, la guerre est la fin de la solitude. Pour moi, elle est la solitude définitive. »
« Toute forme de mépris, si elle intervient en politique, prépare ou instaure le fascisme ». Concernant Sartre, le Général de Gaulle répondit à ses ministres qui proposaient de l’emprisonner lors des événements insurrectionnels et la publication du manifeste des 121 : « On ne met pas Voltaire en prison… » Ce même Sartre qui rétorquait : « Je déteste les victimes quand elles respectent leurs bourreaux ».
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