Je ne sais pas comment font les autres pour écrire leurs pièces de théâtre.
Je ne me suis d'ailleurs jamais posé la question.
Il est vrai qu'un auteur n'est pas forcément metteur en scène de son propre texte.
Euh... moi si...
Donc il est évident que lorsque je me lance dans l'écriture d'une pièce, je vois tout dans ma tête : la tête des personnages, leur allure, leurs tics, mais aussi la configuration de la scène, les effets spéciaux, le jeu des lumières... j'entends la musique, je vois les ralentis, les effets comiques, la pesanteur de la gravité... je sens la chair de poule de l'émotion... tout y est, je SUIS sur scène, mais aussi dans le public, dans les coulisses... je me dédouble et plus encore, je suis partout, je "sens" tout...
Quand je pose mes mains sur le clavier, je n'ai qu'une idée très primaire de ce que sera la pièce. Le thème dans sa globalité, sans détail, sans rien d'autre que mes doigts sur le clavier...
Commence alors une grande aventure. Tout se crée dans l'instant, tout surgit, il me faudrait deux mains de plus, quatre, huit parfois... car tout jaillit, sans que je puisse prendre le temps de respirer...
Les personnages prennent corps là, à cet instant précis et ils sont justement si précis que je pourrais les toucher du doigt, leur parler... j'entends même le son de leur voix, tout...
C'est ainsi que naissent mes pièces de théâtre. Les doigts courent sur le clavier, à toute allure. Tout s'enchaîne. Ils vont et viennent, mes personnages, entrent, sortent, déambulent, dans un décor qui se monte au fur et à mesure de leurs mots et sans que je puisse réfréner quoi que ce soit...
Ce n'est plus moi. C'est quelque chose d'autre qui me possède, qui m'envahit au point que j'oublie tout.
Au point que... une fois achevée, quand je lis la pièce, je la découvre. Je m'esclaffe, je tremble, je me retiens de trouille, j'attends la suite... je découvre, vous dis-je !
L'avantage est que la mise en scène est carrément faite, tout y est, il n'y a plus qu'à peaufiner le choix de quelques musiques (le plus difficile, car je suis du genre à dire : bon alors voilà, ici il me faudrait une musique "qui coule", là un truc très dense... et je ne vous dis pas la tête des amis que je mets à contribution, ils n'obtiennent de ma part aucun titre, je n'y connais rien, je ne retiens aucun titre, aucun nom...)
Le plus difficile aussi est ensuite de matérialiser la mise en scène. Si je travaille avec une équipe maléable et capable d'improviser pour faire aussi surgir ses propres trouvailles, c'est génial. Si je tombe sur une équipe "frileuse", je m'en vois des vertes et des pas mûres pour arriver à faire comprendre ce que j'attends et comment je l'attends.
D'une manière générale, je cherche l'originalité.Je repousse le conventionnel, le refuse même carrément. Si j'avais des moyens financiers plus importants, je vous jure que j'en profiterais pour aller dans davantage d'extravagance (pas dans le sens démesuré, mais dans le sens inventif, créatif, surprenant)...
J'ai fait lire quelques unes de mes pièces à un de mes amis qui a été longtemps pro auprès de "grands du théâtre". Sa réponse m'a étonnée sans m'étonner : "j'ai vu ton spectacle à 80 % en lisant le texte"...
Je ne suis qu'amateur et revendique de n'être que cela. Au moins, les histoires d'argent ne me concernent pas, pas plus que la compétition...
La passion pour la passion....
Et vous, écrivez-vous le théâtre ? Si oui, comment l'écrivez-vous ?
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Les idées sont des apparitions provisoires de l'infini (Alessandro Baricco)