 Mots d'art & Scénarios Poésie, littérature, pensées, scripts d'art, oeuvres de Ginette Villeneuve |
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Stryx Messsager

Inscrit le : 22 Juin 2005 Messages : 49 Localisation : Italie
| Sujet: Re: Poètes de France Jeu 25 Aoû - 4:29 | |
| Renouveau Stephane Mallarmé
Le printemps maladif a chassé tristement L'hiver, saison de l'art serein, l'hiver lucide, Et, dans mon être à qui le sang morne préside L'impuissance s'étire en un long bâillement.
Des crépuscules blancs tiédissent sous mon crâne Qu'un cercle de fer serre ainsi qu'un vieux tombeau Et triste, j'erre après un rêve vague et beau, Par les champs où la sève immense se pavane
Puis je tombe énervé de parfums d'arbres, las, Et creusant de ma face une fosse à mon rêve, Mordant la terre chaude où poussent les lilas,
J'attends, en m'abîmant que mon ennui s'élève... Cependant l'Azur rit sur la haie et l'éveil De tant d'oiseaux en fleur gazouillant au soleil. |
|  | | Gi Rang: Administrateur

Inscrit le : 18 Déc 2004 Messages : 10489 Localisation : Terrebonne, Québec, Canada
| Sujet: Re: Poètes de France Dim 28 Aoû - 19:47 | |
| Merci Stryx pour la variété que tu ajoutes à ce fil...
L'ÂME DU VIN
Un soir, l'âme du vin chantait dans les bouteilles : "Homme, vers toi je pousse, ô cher déshérité, Sous ma prison de verre et mes cires vermeilles, Un chant plein de lumière et de fraternité !
Je sais combien il faut, sur la colline en flamme, De peine, de sueur et de soleil cuisant Pour engendrer ma vie et pour me donner l'âme ; Mais je ne serai point ingrat ni malfaisant,
Car j'éprouve une joie immense quand je tombe Dans le gosier d'un homme usé par ses travaux, Et sa chaude poitrine est une douce tombe Où je me plais bien mieux que dans mes froids caveaux.
Entends-tu retentir les refrains des dimanches Et l'espoir qui gazouille en mon sein palpitant ? Les coudes sur la table et retroussant tes manches, Tu me glorifieras et tu seras content ;
J'allumerai les yeux de ta femme ravie ; A ton fils je rendrai sa force et ses couleurs Et je serai pour ce frêle athlète de la vie L'huile qui raffermit les muscles des lutteurs.
En toi je tomberai, végétale ambroisie, Grain précieux jeté par l'éternel Semeur, Pour que de notre amour naisse la poésie Qui jaillira vers Dieu comme une rare fleur !"
Les Fleurs du Mal, 1857 Charles BAUDELAIRE (1821-1867) _________________ ...
 http://www.liensutiles.org/gvilleneuve.htm |
|  | | Stryx Messsager

Inscrit le : 22 Juin 2005 Messages : 49 Localisation : Italie
| Sujet: Re: Poètes de France Lun 29 Aoû - 9:25 | |
| | Gi a écrit: | | Merci Stryx pour la variété que tu ajoutes à ce fil... |
de rien Gi ------------------------ Je suis comme je suis Jacques Prévert
Je suis comme je suis Je suis faite comme ça Quand j'ai envie de rire Oui je ris aux éclats J'aime celui qui m'aime Est-ce ma faute à moi Si ce n'est pas le même Que j'aime chaque fois Je suis comme je suis Je suis faite comme ça Que voulez-vous de plus Que voulez-vous de moi Je suis faite pour plaire Et n'y puis rien changer Mes talons sont trop hauts Ma taille trop cambrée Mes seins beaucoup trop durs Et mes yeux trop cernés Et puis après Qu'est-ce que ça peut vous faire Je suis comme je suis Je plais à qui je plais Qu'st-ce que ça peut vous faire Ce qui m'est arrivé Oui j'ai aimé quelqu'un Oui quelqu'un m'a aimée Comme les enfants qui s'aiment Simplement savent aimer Aimer aimer... Pourquoi me questionner Je suis là pour vous plaire Et n'y puis rien changer. |
|  | | rotko Ange

Inscrit le : 20 Déc 2004 Messages : 53
| Sujet: Re: Poètes de France Ven 2 Sep - 14:14 | |
| Rabah Belamri, poete et romancier franco algerien,
dans les asphodèles le jour courbe sa flamme
la ville des hautes pierres a perdu ses clés - les légions du Nord ont fui leslegions du Sud ont choisi la route de la plaine - sur ses frontons morts les oiseaux saignent encore
sous les remparts la flûte de l'enfant nomade apporte aux chèvres immobiles une légende d'arc et de poussière
amère l'eau de la mémoire in "pierres d'équilibre" le dé bleu/le noroit.1993. |
|  | | rotko Ange

Inscrit le : 20 Déc 2004 Messages : 53
| Sujet: Re: Poètes de France Ven 2 Sep - 14:17 | |
| Voic un autre poeme de Rabah Belamri, pour Jean Sénac, poete franco algerien assassiné en Algerie en 1973
à la mémoire de Jean Sénac
dehors la gaieté claque comme un étendart au vent mais dans l'alcôve du coeur rien que l'echo de l'attente
tu ne peux sortir de ton port de solitude la vague est étroite l'eau du voyage une jarre de sel
in "pierres d'équilibre" le dé bleu/le noroit.1993. |
|  | | Gi Rang: Administrateur

Inscrit le : 18 Déc 2004 Messages : 10489 Localisation : Terrebonne, Québec, Canada
| |  | | Antigone 100 messages

Age : 51 Inscrit le : 04 Juil 2005 Messages : 554
| Sujet: Re: Poètes de France Dim 18 Sep - 3:04 | |
| TRANSFORMATIONS (Jacqueline Held)
L'enchanteur Merlin se changea en chien. Le petit garçon ne dit rien.
L'enchanteur Merlin se changea en chat. Le petit garçon bâilla.
L'enchanteur Merlin se changea en chinchila. Le petit garçon rebâilla.
L'enchanteur Merlin se changea en souri. Le petit garçon s'endormit.
MORALITE :
Il n'y a plus d'enfants ! _________________ (c) Antigone
Souriez, la vie est belle ! |
|  | | naboko Nouveau

Inscrit le : 23 Sep 2005 Messages : 2
| Sujet: Re: Poètes de France Ven 23 Sep - 5:59 | |
| L'HORLOGE Charles Baudelaire
Horloge! dieu sinistre, effrayant, impassible Dont le doigt nous menace et nous dit "Souviens-toi! Les vibrantes Douleurs dans ton coeur plein d'effroi Se planteront bientôt comme dans une cible ;
"Le Plaisir vaporeux fuira vers l'horizon Ainsi qu'une sylphide au fond de sa coulisse ; Chaque instant te dévore un morceau du délice A chaque homme accordé‚ pour tout sa saison.
"Trois mille six cent fois par heure, la Seconde Chuchote: Souviens-toi ! - Rapide, avec sa voix D'insecte, Maintenant dit : Je suis Autrefois, Et j'ai pompé ta vie avec ma trompe immonde !
"Remember ! Souviens-toi, prodigue Esto memor ! (Mon gosier de métal parle toutes les langues.) Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues Qu'il ne faut pas lâcher sans en extraire l'or !
"Souviens-toi que le temps est un joueur avide Qui gagne sans tricher, à tout coup ! c'est la loi. Le jour décroit ; la nuit augmente, souviens-toi! Le gouffre a toujours soif: la clepsydre se vide.
"Tantôt sonnera l'heure où le divin Hasard, Où l'auguste Vertu, ton épouse encore vierge, Où le repentir même (oh ! la dernière auberge !), Où tout te dira : Meurs, vieux lâche ! il est trop tard ! |
|  | | Gi Rang: Administrateur

Inscrit le : 18 Déc 2004 Messages : 10489 Localisation : Terrebonne, Québec, Canada
| |  | | Stryx Messsager

Inscrit le : 22 Juin 2005 Messages : 49 Localisation : Italie
| Sujet: Re: Poètes de France Lun 6 Mar - 11:06 | |
| Puisque l'aube grandit, puisque voici l'aurore Paul Verlaine
Puisque l'aube grandit, puisque voici l'aurore, Puisque, après m'avoir fui longtemps, l'espoir veut bien Revoler devers moi qui l'appelle et l'implore, Puisque tout ce bonheur veut bien être le mien,
C'en est fait à présent des funestes pensées, C'en est fait des mauvais rêves, ah ! c'en est fait Surtout de l'ironie et des lèvres pincées Et des mots où l'esprit sans l'âme triomphait.
Arrière aussi les poings crispés et la colère A propos des méchants et des sots rencontrés; Arrière la rancune abominable ! arrière L'oubli qu'on cherche en des breuvages exécrés !
Car je veux, maintenant qu'un Être de lumière A dans ma nuit profonde émis cette clarté D'une amour à la fois immortelle et première, De par la grâce, le sourire et la bonté,
Je veux, guidé par vous, beaux yeux aux flammes douces, Par toi conduit, ô main où tremblera ma main, Marcher droit, que ce soit par des sentiers de mousses Ou que rocs et cailloux encombrent le chemin ;
Oui, je veux marcher droit et calme dans la Vie, Vers le but où le sort dirigera mes pas, Sans violence, sans remords et sans envie : Ce sera le devoir heureux et gais combats.
Et comme, pour bercer les lenteurs de la route, Je chanterai des,airs ingénus, je me dis Qu'elle m'écoutera sans déplaisir sans doute ; Et vraiment je ne veux pas d'autre Paradis. |
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Inscrit le : 18 Déc 2004 Messages : 10489 Localisation : Terrebonne, Québec, Canada
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Inscrit le : 18 Déc 2004 Messages : 10489 Localisation : Terrebonne, Québec, Canada
| Sujet: Robert Davreu Lun 3 Juil - 18:44 | |
| Quelle aube s’agglutine aux cheveux noirs des dunes quand au tour de compas d’une peur dérisoire le cœur se rapetisse et, géomètre aveugle, cherche l’impasse d’une passe éteignant la passion du large ?
Serait-ce que l’heure n’est plus à rien, plus même à la secrète compassion d’une guerre muette et solitaire où chaque pas invente Une autre carte avant de s’effacer ?
Serait-ce que l’argile a fini de durcir et fini d’avoir soif comme ces centenaires aux paupières d’iguanes dans un masque recuit et prêt à s’écailler au moindre souffle reconnu ?
Serait-ce que la nuit est beaucoup trop précise qui donne à lire le cristal de l’estran, quand le jour fige et brouille les vignes et nomme réel le néant de ses garde-fous et balises ?
Robert Davreu
tiré de
http://www.jose-corti.fr/titresfrancais/au-passage-de-l-heure.html _________________ ...
 http://www.liensutiles.org/gvilleneuve.htm |
|  | | Antigone 100 messages

Age : 51 Inscrit le : 04 Juil 2005 Messages : 554
| Sujet: Re: Poètes de France Mer 20 Juin - 13:05 | |
| Victor Hugo (Elle avait pris ce pli…) (Novembre 1848, jour des morts – Les Contemplations, IV, 5)
Elle avait pris ce pli dans son âge enfantin De venir dans ma chambre un peu chaque matin. Je l’attendais ainsi qu’un rayon qu’on espère. Elle entrait, et disait : Bonjour, mon petit père, Prenait ma plume, ouvrait mes livres, s’asseyait Sur mon lit, dérangeait mes papiers, et riait, Puis soudain s’en allait comme un oiseau qui passe. Alors, je reprenais, la tête un peu moins lasse, Mon œuvre interrompue, et, tout en écrivant, Parmi mes manuscrits je rencontrais souvent Quelque arabesque folle et qu’elle avait tracée, Et maintes pages blanches entre ses mains froissées, Où, je ne sais comment, venaient mes plus doux verts. Elle aimait Dieu, les fleurs, les astres, les prés verts, Et c’était un esprit avant d’être une femme. Son regard reflétait la clarté de son âme, Elle me consultait sur tout à tous moments. Oh ! Que de soirs d’hiver radieux et charmants Passés à raisonner langue, histoire et grammaire, Mes quatre enfants groupés sur mes genoux, leur mère Tout près, quelques amis causant au coin du feu ! J’appelais cette vie être content de peu ! Et dire qu’elle est morte ! Hélas ! Que Dieu m’assiste ! Je n’étais jamais gai quand je la sentais triste ; J’étais morne au milieu du bal le plus joyeux Si j’avais, en partant, vu quelque ombre en ses yeux.
_________________ (c) Antigone
Souriez, la vie est belle ! |
|  | | Gi Rang: Administrateur

Inscrit le : 18 Déc 2004 Messages : 10489 Localisation : Terrebonne, Québec, Canada
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