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| | POÈMES D'ENFANT de Sabine Sicaud | |
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Guy Rancourt 100 messages

Age : 60 Inscrit le : 28 Déc 2004 Messages : 623 Localisation : Le Bic (Québec)
| Sujet: POÈMES D'ENFANT de Sabine Sicaud Jeu 16 Nov - 16:24 | |
| Poèmes d'enfant de Sabine Sicaud
En relisant "Poèmes d'enfant" de Sabine Sicaud, petit recueil de 29 poèmes, publié en 1926 aux Éditions Les Cahiers de France à Poitiers et préfacé par Anna de Noailles, je suis très impressionné par le regard lucide et pénétrant de Sabine, à peine âgée de 13 ans à l'époque, sur tout ce qui l'entoure (animaux, fleurs, plantes, arbres et arbustes, etc.). Regard déroutant et désarmant qui font de ces objets ou êtres familiers, des copies si semblables à nous, humains. Laissez-moi vous présenter quelques-uns de mes poèmes préférés de ce recueil.
Matin d’automne
C’est un matin…non pas un matin de Corot Avec des arbres et des nymphes sur la terre, C’est un coin tout petit, entre des murs de pierres Pas bien hauts… C’est un matin dans le petit jardin du presbytère.
C’est un matin d’automne : Vigne rouge, dahlias jaunes Petits doigts tortillés de chrysanthèmes roux ; Un tournesol montrant sa face de roi nègre Sous un vieux diadème de plumes raides, un peu maigres… Arrosoir vert, près du géranium en pot. C’est un matin sans nymphes de Corot.
Le curé dort, la maison dort, le chemin dort Pendant que, doucement, tombent des pièces d’or…
C’est un matin d’automne… L’aube, qui s’est levée à pas de loup, d’abord frissonne En peignoir rose…puis se met à rire dans le ciel Et tout devient rose comme elle, et rit comme elle, Et ce sont des clartés roses et blondes telles Que le petit jardin doré semble irréel. Réveillée en sursaut, dans le clocher, la cloche sonne : Vite ! Vite ! Levez-vous, bonnes gens C’est le matin ! C’est le matin d’automne ! Je sonne ! Il fait beau temps ! Entends, vieille servante au bonnet blanc, du presbytère. C’est l’heure, lève-toi…Lève-toi, vieux curé Vois les oiseaux, vois la lumière ! Prends ta soutane et ton bonnet carré Ouvre ta porte et va…l’heure te presse !
L’allée a tous les tons fauves des vieux missels… Va vite, ne t’attarde pas, sous le grand ciel Au tout petit jardin plein d’allégresse… Couleur de feu, couleur de fleurs, couleur de miel. Il est trop beau ! Tu le prendrais pour un autel. Tu manquerais la messe…
La chèvre
L’herbe est si fraîche, ce matin, Que son velours tendre nous hante Son velours neuf qui sent la menthe, Le jeune fenouil et le thym.
La vache s’étire, gourmande, Vers le champ de trèfle voisin. Tous les verts bordent le chemin Du vert acide au vert amande.
Mais c’est un velours trop soigné Qui s’aligne entre les clôtures… Dans les ronces, à l’aventure, La chèvre aime s’égratigner.
Elle aime le vert des broussailles Où l’ombre devient fauve un peu, Et ce vert d’arbres presque bleus Que tous les vents d’orage assaillent.
C’est bien au-delà des sillons Et des vergers gorgés de sèves, Que les clochettes de son rêve Éparpillent leurs carillons…
Parfois, un glas les accompagne… Mais il fait beau, c’est le matin! Chevrette de Monsieur Seguin Ne regardez pas la montagne…
La châtaigne
Peut-être un hérisson qui vient de naître? Dans la mer, ce serait un oursin, pas bien gros… Ici, la boule d’un chardon – peut-être Ou le pompon sournois d’une bardane Ou d’un cactus? Mais non, dans le bois qui se fane, Dans le bois sans piquants, moussu, discret et clos, Cette chose a roulé subitement, d’en-haut, Comme un défi… parmi les feuilles qui se fanent.
Allez, j’ai bien compris. C’est la saison. Les geais, à coups de bec, ont travaillé dans l’arbre. Même les parcs où veillent, tout pensifs, les dieux de marbre, Ont de ces chutes-là sur leurs gazons.
Marron d’Inde là-bas, châtaigne ici. Châtaigne Rude et sauvage, verte encore, détachée Par force de la branche où les grands vents, déjà, l’atteignent Le vent et les geais ricaneurs, et la nichée Des écoliers armés de pierres et de gaules.
Comme il faut se défendre! Sur l’épaule De la douce prairie en pente, l’on pouvait Glisser un jour, à son heure, qui sait? Et se blottir dans un coin tiède, pour l’hiver… Ah! Pourquoi tant d’épines, tant d’aiguilles, Tant de poignards dressés, pauvre peloton vert? Une fente… Voici qu’un peu de satin brille Et le cœur neuf est là, dessous, et rien ne sert D’être châtaigne obscure, âpre au goût, si menue! Fendue, on est une châtaigne presque nue…
Et le coup de sabot sur la tête viendra, Et le couteau pointu, l’eau bouillante, le pot Qui sue avec de petits rires, des sanglots Dans les tisons trop rouges; tout sera Comme il est dit en l’ordinaire histoire des châtaignes.
Et vous ne voudriez pas, quand me renseigne Dans la ville brumeuse, un cri rauque : « marrons tout chauds! » Quand j’aperçois, joufflus, blêmes, sans peau, Ou craquelés et durs avec des taches de panthère, Les frères de ma sauvageonne, tous ses frères Vous ne le voudriez pas, que j’évoque, là-bas, Un vieil arbre perdant ses feuilles rousses, Et me souvienne du choc sourd, lourd, lourd comme un glas, De pauvres fruits tués qui tombent sur la mousse?
Le cytise
Non, pas une glycine. Au lieu de grappes mauves, Ce sont des grappes d’or… On dirait des pendants d’oreilles de jadis, en bel or fauve… Ou des pastilles d’ambre, ou les confetti d’or Qui joncheraient, pour un grand mariage, Le tout petit sentier… C’est le décor Où des torches s’allument. Vois flamber le paysage!
Survient le vent. Et c’est une cascade lumineuse de topazes, Un long feu d’artifice, un jet d’eau qui s’embrase, Un quatorze Juillet de mai! Vois, dans le vent, La joie ardente du printemps!
Pas de canons, d’ailleurs, ni de Bastilles prises. C’est la fête rustique du Cytise.
En cheveux de soleil, -Papillotes. Jeune perruque ébouriffée- Le Cytise s’éveille. Il est pareil À quelque page blond sortant d’un magique sommeil.
Il fut un arbre mort et le voici pareil Au Printemps même, secouant sa tête ébouriffée… Lancés par la main d’un Génie, ou par les fées, C’est l’éparpillement de petits sabots jaunes, si légers, Si menus et vernis, qu’ils émerveillent Le vieux cyprès bourru, chaussé de brun. Et les abeilles Vont et viennent, avec ce bruit que l’on entend dans les vergers. Et moi, comme toi, vieux cyprès, je m’émerveille Longtemps, devant cela, que nul ne semble voir, -Sauf nous deux - le jeune cytise en fleurs, au bord du soir.
FAFOU
Chimère, dromadaire, Kangourou? Non. Rien que cette ombre chinoise, Fafou, sur la fenêtre, à contre-jour, Fafou, Toute seule et pensive… Un fuchsia pavoise L’écran vert derrière elle, et j’entends, à deux pas, Des oiseaux qui l’ont vue et s’égosillent.
Fafou se pose en gargouille. Un œil las Semble à peine s’ouvrir dans son profil où brille, Cependant, quelque chose, on ne sait quoi d’aigu… Par là, se cache un nid d’oisillons nus Pour qui la mère tremble – Fafou songe.
Un tout petit pétale rouge, qui s’allonge, Marque d’un trait sa gueule fine… Un bâillement. Puis un autre… Fafou dormait innocemment. Fafou dormait, vous dis-je! Elle s’étire, La queue en yatagan, Puis en cierge; le dos bombé, puis creux. Le pire, C’est qu’elle n’a pas l’air de voir, s’égosillant, La mère-oiseau dans l’if si proche…
Une patte en fusil, assise, la voilà Qui se brosse, candide, et sa robe a l’éclat D’un beau satin de vieille dame où se raccroche La lumière du soir. Une dame? Ou quelque vieux diable en habit noir?
Fafou, je n’aime pas ces yeux d’un autre monde, Ces yeux de revenant… Tout à l’heure croissants, Maintenant lunes rondes, Pourquoi ces trous phosphorescents Dans cette face obscure? Sur la toile Qui se fonce, elle aussi – la toile du jardin Où les pendants des fuchsias sont des étoiles La robe d’un noir vif s’éteint…
Elle n’est plus qu’un badigeon d’encre ou de suie, Un pelage sinistre! Où l’as-tu pris Ce noir d’enseigne de chat noir lavé de pluie?
Chat noir ou lion noir? Chauve-souris, Chouette, quoi? Je ne sais plus. Sur la fenêtre, Une tête où l’oreille plate disparaît… Lézard, couleuvre ou tortue? Ah! Si près, L’oiseau même ne sait qui redouter, quel être Fantastique et changeant va ramper cette nuit Dans le jardin au noir mystère de caverne!
Du noir, du noir… Un point luit, Deux points… deux vers luisants, vertes lanternes… Fafou, je ne veux pas! D’où reviens-tu, démon, de quel sabbat, De quelle grotte de sorcière, Lorsque tes yeux me font cette peur, tout à coup?
C’est l’heure des gouttières, De la jungle! Foulant, d’un piétinement doux, Une vendange imaginaire, sur la pierre, Quelle arme aiguises-tu? Je ne veux pas, Fafou! Viens sous la lampe! Un ruban rose au cou, Un beau ruban rose de jeune fille, rose pâle, Je te veux, comme en haut d’une carte postale,
Une petite chatte noire, voilà tout…
La bruyère
Ô bruyère, bruyère, Je croyais te connaître et je ne savais rien De cette odeur mêlée à la rumeur légère Qui vient du fond des pignadas, qui vient Des longs pays qui sont les tiens, bruyère…
Je connaissais ta petite âme de chez nous, Ta petite âme éparse au pied de chênes roux Et de sorbiers déjà couleur d’automne…
Mais ce rose éclatant, ces violets pourprés, Ces épis de corail aux grains serrés, Cette lumière en fins grelots qui sonnent, Les trouve-t-on chez nous, même l’automne?
Ici, les pins tendent si haut leurs parasols Que les vents de la dune se prélassent Et que le soleil joue à pile ou face, Librement, sur tes chauds tapis couvrant le sol…
Et c’est comme une flamme au ras des sables, Un couchant rouge et mauve interminable Sous les hauts parasols, Quand tu fleuris, bruyère…
Tes fleurs…tes fleurs sont le tapis D’un temple ouvert, bourdonnant de prières… Entre les piliers bruns, des parfums assoupis D’encens et de résine, Des parfums d’immortelle et de mousse marine Accompagnent le tien, bercé dans l’air…
Et ton âme d’ici, je la découvre De ce wagon-joujou courant près de la mer, Au seuil de ces pays roses et verts Qui s’ouvrent Sur le vert et le rose argentés de la mer…
Le tamaris
Tout l’hiver, le laurier t’a bravé. Tout l’hiver, Les deux ifs, s’éventant de leurs franges épaisses, Tout dit : « N’aimes-tu pas cette fraîcheur de l’air? »
Et le cèdre était vert, le cyprès était vert, Et les bambous avaient des gestes d’allégresse, Et le palmier jouait à l’oasis…
Et le lierre en habit vert bouteille, et la mousse En laine vert grenouille, et l’herbe vert maïs, Te narguaient, en couvrant le sol brun d’une housse, Où le givre cousait des boutons de cristal…
Et le magnolia de faïence vernie, Le fusain compassé, le yucca de métal, Regardaient avec ironie Tes rameaux grelottants…Le buis même, le buis Des bons vieux jardinets de presbytère, Semblait fat et repu sur un morceau de terre Large comme la main et l’ « artichaut des puits » Encadrait le bassin de roses agressives…
Et tous disaient : « Voyez, grâce à nos feuilles vives, Ce n’est jamais l’hiver, jamais l’hiver! »
Et devant toi, si découvert, Si nu, si maigre, avec de petits doigts si frêles, Je m’arrêtais, ne sachant plus…
Mon arbrisseau léger, dont le front chevelu Frisé par la brise de mer aux tièdes ailes, Prenait là-bas, dans le soleil, un vert si doux, Un vert qui se teintait de rose à tous les bouts Dès que le temps des fleurs ouvrait sa boîte à poudre Et son étui de rouge parfumé Faudrait-il se résoudre À ne plus voir ton fin visage ranimé?
Ah! Qu’ils m’importent peu, les autres, les tenaces, Les toujours verts, si tu dois rester nu! Comprendront-ils jamais ce qu’il y a de grâce, De charme délicat dans tes bourgeons menus Lorsque tu ressuscites, Mon tamaris, pour qui l’hiver est bien l’hiver…
D’avoir tremblé pour toi, comme on se penche vite Sur ce premier duvet imperceptible hier, Et comme on t’aime pour ce vert, ce tendre vert Si miraculeusement neuf, d’après l’hiver…
DIEGO
Son nom est de là-bas, comme sa race. L’œil vif, le pas dansant, les cheveux noirs, C’est un petit cheval des sierras, qui, le soir, Longtemps, regarde vers le sud, humant l’espace.
Il livre toute sa crinière au vent qui passe Et, près de son oreille, on cherche le pompon D’un œillet rouge. Sur son front, Ses poils frisent, pareils à de la laine.
Rien en lui de ces chevaux minces qui s’entraînent Le long d’un champ jalonné de poteaux; Ni rien du lourd cheval né dans les plaines, Ces plaines grasses et luisantes de canaux Où des chalands s’en vont avec un bruit de chaînes.
Il ignore le turf, et les charrois et les labours, Celui dont le pied sûr comme celui des chèvres, Suivit là-haut les sentiers bleus, dans les genièvres.
Sur ses naseaux, larges ouverts, un frisson court. Avec d’autres poulains échevelés, il vint, un jour, De la montagne aux herbes odorantes. Poussé par des bergers en capes de brigands Il vint, petit cheval hirsute à crinière flottante…
Il a gardé ses yeux surpris, des yeux d’enfant Qui fixent loin, comme à travers les choses… Et parfois on y voit luire un éclair, sans cause. On dit alors : « Vient-il de Corse? » Mais il a D’autres regards aussi, pleins de tendresse. La jument du vieux cheik a de ces regards-là Pour le maître en burnous qu’elle aime. « Une caresse Fait l’antilope et le cheval de la maison. »
Pas un tournant d’allée, un morceau de gazon, Une porte d’ici qu’il ne connaisse…
Et les portes peuvent s’ouvrir imprudemment Le petit cheval noir y secoue, un moment, Sa tête qui dit : « Non, pourquoi fuirais-je ? » Il hennit comme on rit, à mi-voix, en arpège; Et sa queue, ainsi qu’un éventail, S’agite avec le bruit de feuillages qu’on traîne.
Il connaît chaque route au-delà du portail, Et peut-être sait-il où chaque route mène.
Se prêtant au harnais, par jeu, derrière lui Il a tiré parfois cette chose qui bouge – Une voiture – et fait tinter le collier rouge Dont les grelots ont le son de clarines la nuit.
Parfois, comme pris de folie, On le voit bondissant pour rien, pour un peu d’eau, Un jet de l’arroseur ou trois gouttes de pluie Un papier tournoyant, et ses petits sabots Allument le pavé. Parfois, dans le pré, libre, Il se met à ruer d’un air farouche, exprès! Il galope en zigzags, ou, pliant les jarrets, Se tient debout, nous défiant, en équilibre…
Quand on le mène boire, il saisit, par un coin, Nos tabliers, nos manches, ce qu’il peut, et nous dirige, Lui, le petit cheval sans bride. Un brin de foin Pend de sa lèvre brune – ou quelque tige Arrachée au vieux mur – et son œil songe, au loin…
Voici longtemps, longtemps, bien des années, Qu’il est de la maison, le petit cheval noir Dont le poil, fil à fil, en bouclettes fanées, S’argente sur le front. Il se plaît à nous voir, À nous porter, à nous conduire. Il nous appelle Et nous taquine et reste jeune et reste gai… Pourtant, quand le vent vient du sud, battant des ailes Comme un aigle de la Sierra, quand le printemps A ce parfum de romarin qui nous étonne, Et tous les soirs, et tous les soirs d’été, d’automne, Qu’attend-il, mon petit cheval aux yeux d’enfant, De quoi se souvient-il qui nous étonne, Quand le vent vient du sud? |
|  | | Gi Rang: Administrateur

Inscrit le : 18 Déc 2004 Messages : 10602 Localisation : Terrebonne, Québec, Canada
| Sujet: Re: POÈMES D'ENFANT de Sabine Sicaud Ven 17 Nov - 0:05 | |
| Oh ! mais... cette jeune fille est bourrée de talent. C'est super inspirant. Mais où as-tu trouvé ce recueil ?
Je t'adore. Je vais lui consacrer une chronique bientôt. J'ai découvert que quand Sabine Sicaud est décédée, à l'âge de quinze ans, elle avait déjà écrit la matière de trois recueils.
Ginette _________________ ...
 http://www.liensutiles.org/gvilleneuve.htm |
|  | | Guy Rancourt 100 messages

Age : 60 Inscrit le : 28 Déc 2004 Messages : 623 Localisation : Le Bic (Québec)
| Sujet: Re: POÈMES D'ENFANT de Sabine Sicaud Ven 17 Nov - 0:41 | |
| OUF! GINETTE...L'OEUVRE DE SABINE EST TRÈS DIFFICILE À TROUVER ICI...COMME TU DEMEURES PRÈS DE MONTRÉAL, TU PEUX CONSULTER SUR PLACE SEULEMENT À LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE LE TEXTE SUIVANT : "LES POÈMES DE SABINE SICAUD" PUBLIÉS EN 1958 AUX ÉDITIONS STOCK...POUR SES "POÈMES D'ENFANT" PUBLIÉS EN 1926 AUX CAHIERS DE FRANCE, POITIERS...LÀ C'EST INTROUVABLE ICI AU QUÉBEC...J'AI DÛ PASSER PAR UNE COMMANDE AUX "LIVRES-RARES-BOOKS"... SUR LE SITE MULTILINGUE AGONIA,
http://francais.agonia.net/index.php/author/20124/index.html
J'AVAIS DÉPOSÉ UNE TRENTAINE DE POÈMES DE SABINE, MAIS DEPUIS QUELQUES TEMPS LA RUBRIQUE "CLASSIQUES" EST EN CONSTRUCTION...
OU ENCORE SUR LE FORUM DE MON AMIE "MARCEK"...:
http://www.mespoemes.net/marcek/
J'AI PUBLIÉ UNE COURTE BIOGRAPHIE ET REPRODUIT UNE DOUZAINE DE SES POÈMES, SURTOUT CEUX QUI NE TROUVENT PAS PARMI LES 17 PUBLIÉS SUR "POESIE.WEBNET.FR" :
http://poesie.webnet.fr/auteurs/sicaud.html
J'ANNEXE UNE COURTE BIOGRAPHIE SUR CETTE JEUNE PRODIGE...QUE J'AVAIS DÉPOSÉE SUR LE FORUM DE MARCEK :
Qui est Sabine Sicaud? le jeudi 07 septembre 2006, à 18:39. Posté par guy
D'abord, je tiens à remercier Marcek de m'avoir fait connaître cette jeune prodige et cas unique dans les annales de nos lettres françaises, je crois. Voici donc, une courte biographie de l'auteure suivie d'un poème composé à l'âge de onze, qui gagna le prix du Jasmin d'argent de 1925 : "Le petit cèpe".
Biographie Sabine Sicaud
Née à Villeneuve-sur-Lot dans une famille lettrée du Sud-Ouest de la France le 23 février 1913, elle présenta dès l’enfance des dons littéraires rares. Ses "Poèmes d’enfant" furent publiés en 1926 avec une préface d’Anna de Noailles. Puis elle tomba grièvement malade. Elle mourut à 15 ans le 12 juillet 1928. Sabine Sicaud est un cas littéraire surprenant. Lauréate du Jasmin d'Argent à l'âge de onze ans, puis des Jeux Floraux de France, Sabine reçut les hommages des poètes de son temps, particulièrement Anna de Noailles qui écrivit la préface aux "Poèmes d'enfant" publiés en 1926. L'univers de Sabine est, à ce moment-là, celui des animaux et des plantes, de l'espièglerie et de la compassion. L'adolescence y ajoutera l'évasion vers d'autres pays, d'autres vies, d'autres découvertes. Puis, brutalement, ce fut la maladie. Une maladie dure, cruelle, qui transforma l'enfant en adulte martyrisée et "le petit Elfe", comme on l'appelait, en grand poète. "Elle écrira les plus beaux poèmes qui soient de la souffrance et de la mort", nous dit Robert Sabatier. Inoubliables par leur force, leur sincérité et la profondeur de leur vision, ils transcrivent l'expérience nue de l'inexorable. Il n'existe à date qu'une seule et courte biographie sur Sabine Sicaud et c'est celle publiée par Odile Ayral-Clause, "Sabine Sicaud: Le Rêve inachevé", Bordeaux, Les Dossiers d'Aquitaine, 1996. Ginette, tu peux avoir cette courte biographie aussi à la Bibliothèque nationale de Montréal. En 1958, aux Éditions Stock, on avait publié "Les Poèmes de Sabine Sicaud", avec un Avant-propos de François Millepierres.
Le petit cèpe
Va, je te reconnais, jeune cèpe des bois... Au bord du chemin creux, c'est bien toi que je vois Ouvrant timidement ton parapluie. A-t-il plu cette nuit sur la ronce et la thuie? Déjà, le soleil tendre essuie Les plus hautes feuilles du bois...
Tu voulais garantir les coccinelles? Il fait beau. Tu seras, jeune cèpe, une ombrelle, L'ombrelle en satin brun d'un roi de Lilliput! Ne te montre pas trop, surtout... Le chemin bouge...chut! Fais vite signe aux coccinelles!
Des gens sont là, dont les grands pieds viennent vers toi. On te cherche, mon petit cèpe... Que l'ajonc bourdonnant de guêpes, Le genièvre et le houx cachent les larges toits
De tes aînés, les frères cèpes, Car l'un mène vers l'autre et la poêle est au bout!
Voici qu'imprudemment tout un village pousse: Rouge et couleur de sang, vert et couleur de mousse, Girolle en bonnet roux, Chapeaux rouges, verts, blonds, partout, Les toits d'un rond village poussent!
Depuis l'oronge en oeuf, le frais pâturon blanc Doublé de crépon rose, Jusqu'au méchant bolet qu'on appelle Satan, Je les reconnais tous, les joyeux, les moroses, Les perfides, les bons, les gris, les noirs, les roses, Tes cousins de l'humide automne et du printemps... Mais c'est pour toi, cher petit cèpe, que je tremble! Tu n'es encore qu'un gros clou bien enfoncé; Ta tête a le luisant du marron d'Inde et lui ressemble. Surtout, ne hausse pas au revers du fossé Ta calotte de moine! on te verrait... je tremble.
Moi, tu le sais, je fermerai les yeux. Exprès, je t’oublierai sous une feuille sèche. Je t’oublierai, petit Poucet. Je ne puis, ni ne veux Être pour toi l’Ogre qui rêve de chair fraîche… Je passerai, fermant les yeux!
Dans mon panier, j’emporterai quelques fleurs, une fraise… Rien, peut-être…Mais toi, sur le talus, À l’heure où les chemins se taisent, Levant ton capuchon, tu ne nous craindras plus!
Brun et doré, sur le talus, Tu t’épanouiras en coupole si ronde, Si large, que la lune en marche - une seconde - S’arrêtera pour te frôler de son doigt blanc. La nuit Se fera douce autour de toi, bleue et profonde. Mignonne hutte de sauvage - table ronde Pour les rainettes dont l’œil jaune et songeur luit, Mon cèpe! tu ne seras plus un clou dans l’herbe verte, Mais un pin-parasol dans l’ombre où se concertent Les fourmis qui, toujours, s’en vont en longs circuits; Tu seras une belle tente, grande ouverte, Où les grillons viendront chanter, la nuit…
(Sabine Sicaud, Poèmes d'enfant, Poitiers, Cahiers de France, 1926)
Ce poème gagna le premier prix du Jasmin d’Argent de 1924, alors que Sabine Sicaud n’avait que onze ans! Fondé à Agen en 1920 par Jacques Amblard, le Jasmin d’Argent est un concours littéraire annuel où le lauréat reçoit un jasmin en argent-bijou rappelant la Gascogne, d’où le nom de ce concours.
le vendredi 08 septembre 2006, à 03:35. Posté par guy
Autre précision sur la maladie et la mort de Sabine. C'est lors d'une simple baignade dans le Lot où notre jeune auteure s'était légèrement blessée à une jambe qu'une infestion de sa plaie par le vicieux microbe (l'anaérobie des gangrènes) attaqua sa jambe avant de se répandre dans tout son corps, la laissant en proie à d'atroces souffrances la dernière année de sa vie sans aucun espoir de guérison. L'écriture poétique sera en quelque sorte sa catharsis devant l'irréparable et la pire de ses ennemies : la maladie. Sabine, dans sa soif de vivre et son goût de rêve nous donne une leçon de courage et de lucidité, voire d'espoir! On n'a qu'à lire ce poème écrit un peu avant sa mort : "Quand je serai guérie".
Quand je serai guérie
Filliou*, quand je serai guérie, Je ne veux voir que des choses très belles...
De somptueuses fleurs, toujours fleuries ; Des paysages qui toujours se renouvellent, Des couchers de soleil miraculeux, des villes Pleines de palais blancs, de ponts, de campaniles Et de lumières scintillantes... Des visages Très beaux, très gais ; des danses Comme dans ces ballets auxquels je pense, Interprétés par Jean Borlin. Je veux des plages Au décor de féerie, Avec des étrangers sportifs aux noms de princes, Des étrangères en souliers de pierreries Et de splendides chiens neigeux aux jambes minces.
Je veux, frôlés de Rolls silencieuses, De longs trottoirs de velours blond. Terrasses, Orchestres bourdonnant de musiques heureuses... Vois-tu, Filliou, le Carnaval qui passe ? La Riviera débordante de roses ? J'ai besoin de ne voir un instant que ces choses Quand je serai guérie !
J'aurai ce châle aux éclatantes broderies Qui fait songer aux courses espagnoles, Des cheveux courts en auréole Comme Maë Murray, des yeux qui rient, Un teint de cuivre et l'air, non pas d'être guérie, Mais de n'avoir jamais connu de maladie !
J'aurai tous les parfums, " les plus rares qui soient ", Une chambre moderne aux nuances hardies, Une piscine rouge et des coussins de soie Un peu cubistes. J'ai besoin de fantaisie...
J'ai besoin de sorbets et de liqueurs glacées, De fruits craquants, de raisins doux, d'amandes fraîches. Peut-être d'ambroisie... Ou simplement de mordre au coeur neuf d'une pêche ?
J'ai besoin d'oublier tant de sombres pensées, Tant de bols de tisane et d'heures accablantes ! Il me faudra, vois-tu, des choses si vivantes Et si belles, Filliou... si belles - ou si gaies !
Nul ne sait à quel point nous sommes fatiguées, Toutes deux, de ce gris de la tapisserie, De l'armoire immobile et de ces noires baies Que le laurier nous tend derrière la fenêtre.
Tant de voyages, dis, de pays à connaître, De choses qu'on rêvait, qui pourront être Quand je serai guérie...
(*) petit nom que l'auteur donnait à sa mère
(In Les Poèmes de Sabine Sicaud, Paris, Stock, 1958)
VOILÀ GINETTE POUR LES INFORMATIONS... SI TOUT VA BIEN, J'AIMERAIS EN 2007 ou 2008, PRODUIRE UNE RÉÉDITION DES POÈMES DE SABINE SICAUD....MAIS CE PROJET EST TRÈS TRÈS EMBRYONNAIRE! |
|  | | Guy Rancourt 100 messages

Age : 60 Inscrit le : 28 Déc 2004 Messages : 623 Localisation : Le Bic (Québec)
| Sujet: Autres poèmes de SABINE SICAUD sur la souffrance, la maladie Ven 17 Nov - 14:31 | |
| Resalut Ginette! J'ANNEXE D'AUTRES POÈMES DE SABINE, SURTOUT CEUX TOUCHANT LA SOUFFRANCE, LA MALADIE, LA DOULEUR...PUISÉS DANS "LES POÈMES DE SABINE SICAUD" (1958)... J'AVAIS DÉPOSÉ CES POÈMES SUR LE FORUM DE MARCEK EN AOÛT, SEPTEMBRE, OCTOBRE DERNIERS :
Jours de fièvre de Sabine Sicaud le vendredi 18 août 2006, à 19:24. Posté par Marcek
Jours de fièvre
Ce que je veux ? Une carafe d’eau glacée. Rien de plus. Nuit et jour, cette eau, dans ma pensée, Ruisselle doucement comme d’une fontaine. Elle est blanche, elle est bleue à force d’être fraîche. Elle vient de la source ou d’une cruche pleine. Elle a cet argent flou qui duvète les pêches Et l’étincellement d’un cristal à facettes.
Elle est de givre fin, de brouillard, de rosée, Jaillit de chaque vasque en gerbes irisées, Glisse de chaque branche en rondes gouttelettes. Au cœur de la carafe, elle rit. Elle perle Sur son ventre poli, comme une sueur gaie. En mille petits flots, pour rien, elle déferle, Ou n’est qu’un point comme un brillant dans une haie.
Elle danse au plafond, se complaît dans la glace, Frappe aux carreaux avec la pluie. Ah ! ces cascades... C’est le Niagara, vert bleu, vert Nil, vert jade, C’est l’eau miraculeuse en un fleuve de grâce ;
Toute l’eau des névés, des lacs, des mers nordiques, Toute l’eau du Rocher de Moïse, l’eau pure D’une oasis perdue au centre de l’Afrique ;
Toute l’eau qui mugit, toute l’eau qui murmure, Toute l’eau, toute l’eau du ciel et de la terre, Toute l’eau concentrée au creux glacé d’un verre ! Je ne demande rien qu’un verre d’eau glacée...
Vous ne voyez donc pas mes doigts brûlants de fièvre, Mes doigts tendus vers l’eau qui fuit ? Mes pauvres lèvres Sèches comme une plante à la tige cassée ?
La soif qui me torture est celle des grands sables Où galope toujours le simoun.Je ne pense Qu’à ce filet d’eau merveilleuse, intarissable, Où des poissons heureux circulent.Transparence, Fraîcheur... Est-il rien d’autre au monde que j’implore ?
Alcarazas, alcarazas... un café maure Et, dans la torpeur bleue où des buveurs s’attardent, Un verre débordant parmi les autres verres, Un verre sans couleurs subtiles qui le fardent, Mais rempli de cette eau si froide, nette, claire... Ah ! prenez pour cette eau ce qui me reste à vivre, Mais laissez-la couler en moi, larmes de givre, Don de l’hiver à ce brasier qui me consume.
Vous souvient-il de ces bruits clairs, dans de l’écume, Au bord d’un gave fou ? J’ai soif de tous les gaves. Les sabots des mulets, vous souvient-il, s’y lavent, Les pieds du chemineau s’y délassent. Dieu juste, Ne puis-je boire au moins comme le pré, l’arbuste, Le chien de la montagne au fil de l’eau qui court ? Cette eau... Cette eau qui m’échappe toujours, Qui, nuit et jour, obsède ma pensée... Ne m’accorderez-vous deux gouttes d’eau glacée ?
Sabine Sicaud
le vendredi 01 septembre 2006, à 22:49. Posté par guy Merci Marcek pour la découverte de cette jeune auteure, morte à 15 ans! J'ai trouvé à la biblio de notre université régionale (UQAR) à ma grande surprise la seule biographie sur elle par Odile Ayral-Clause :"SABINE SICAUD : LE RÊVE INACHEVÉ", publié en 1996 à Bordeaux, in DOSSIERS D"AQUITAINE.
le vendredi 08 septembre 2006, à 04:57. Posté par guy Pas facile d'accepter la maladie, la souffrance et l'éminente faucheuse de vie. On comprend pourquoi Sabine se cambre devant l'inévitable, résiste et se révolte surtout contre la douleur. À lire son poème : "Douleur, je vous déteste".
Douleur, je vous déteste
L'Honneur de souffrir ANNA DE NOAILLES.
Douleur, je vous déteste ! Ah ! que je vous déteste ! Souffrance, je vous hais, je vous crains, j'ai l'horreur De votre guet sournois, de ce frisson qui reste Derrière vous, dans la chair, dans le coeur...
Derrière vous, parfois vous précédant, J'ai senti cette chose inexprimable, affreuse : Une bête invisible aux minuscules dents Qui vient comme la taupe et fouille et mord et creuse Dans la belle santé confiante - pendant Que l'air est bleu, le soleil calme, l'eau si fraîche !
Ah ! " l'Honneur de souffrir " ?... Souffrance aux lèvres sèches, Souffrance laide, quoi qu'on dise, quel que soit Votre déguisement - Souffrance Foudroyante ou tenace ou les deux à la fois -
Moi je vous vois comme un péché, comme une offense A l'allègre douceur de vivre, d'être sain Parmi des fruits luisants, des feuilles vertes, Des jardins faisant signe aux fenêtres ouvertes...
De gais canards courent vers les bassins, Des pigeons nagent sur la ville, fous d'espace. Nager, courir, lutter avec le vent qui passe, N'est-ce donc pas mon droit puisque la vie est là Si simple en apparence... en apparence !
Faut-il être ces corps vaincus, ces esprits las, Parce qu'on vous rencontre un jour, Souffrance, Ou croire à cet Honneur de vous appartenir Et dire qu'il est grand, peut-être, de souffrir ?
Grand ? Qui donc en est sûr et que m'importe ! Que m'importe le nom du mal, grand ou petit, Si je n'ai plus en moi, candide et forte, La Joie au clair visage ? Il s'est menti, Il se ment à lui-même, le poète Qui, pour vous ennoblir, vous chante... Je vous hais.
Vous êtes lâche, injuste, criminelle, prête Aux pires trahisons ! Je sais Que vous serez mon ennemie infatigable Désormais... Désormais, puisqu'il ne se peut pas Que le plus tendre parc embaumé de lilas, Le plus secret chemin d'herbe folle ou de sable, Permettent de vous fuir ou de vous oublier !
Chère ignorance en petit tablier, Ignorance aux pieds nus, aux bras nus, tête nue A travers les saisons, ignorance ingénue Dont le rire tintait si haut. Mon Ignorance, Celle d'Avant, quand vous m'étiez une inconnue, Qu'en a-t-on fait, qu'en faites-vous, vieille Souffrance ?
Vous pardonner cela qui me change le monde ? Je vous hais trop ! Je vous hais trop d'avoir tué Cette petite fille blonde Que je vois comme au fond d'un miroir embué... Une Autre est là, pâle, si différente !
Je ne peux pas, je ne veux pas m'habituer A vous savoir entre nous deux, toujours présente, Sinistre Carabosse à qui les jeunes fées Opposent vainement des Pouvoirs secourables !
Il était une fois... Il était une fois - pauvres voix étouffées ! Qui les ranimera, qui me rendra la voix De cette Source, fée entre toutes les fées, Où tous les maux sont guérissables ?
(In Les poèmes de Sabine Sicaud, Paris, Stock, 1958)
le mercredi 25 octobre 2006, à 00:24. Posté par guy Marcek, je suis toujours plongé dans la relecture des poèmes de Sabine Sicaud et j'annexe 5 autres poèmes sur la maladie et la souffrance dont 3 interpellent directement les médecins!
Médecins
Ne cherchez donc pas dans vos livres! Est-il si compliqué de vivre? Quel mal ils m’auront fait, ces tristes médecins… Je ne dis pas que ce soit à dessein Et l’on n’est pas toujours exprès des assassins; Mais tant de drogues, de piqûres, Et si peu de savoir? Ils me tueront, c’est clair.
Me laisser tant souffrir, souffrir tout un hiver, Pour jouer ensuite aux Augures!
Je les vois en bouchers me palper tour à tour, Puis s’enfermer d’un air sinistre Conseil de guerre? de ministres? Concile? Ou, verrous clos, sous l’abat-jour, La conspiration de mélo, dans la cave? Je rirais bien, si ce n’était beaucoup plus grave. Mais il s’agit de moi qui ne sais rien Et de ces gens à qui, dirait-on, j’appartiens, Parce qu’ils font semblant de savoir quelque chose.
Bouchut en sait mille fois plus, hélas! Mon vieux Bouchut qui prend son herbe et se la dose Et toujours se guérit des misères qu’il a Sans en chercher la cause…
Vieux Bouchut, vieux Bouchut, dans ton bain de soleil, Tu te moques de leurs remèdes! Ton ventre est chaud, ton petit nez vermeil. Tu me suffis, Bouchut. Viens à mon aide…
(In Sabine Sicaud, Les poèmes de Sabine Sicaud, Paris, Stock, 1958)
Un médecin?
Un médecin? Mais alors qu’il soit beau! Très beau. D’une beauté non pas majestueuse, Mais jeune, saine, alerte, heureuse! Qu’il parle de plein air, non pas trop haut, Mais assez pour que du soleil entre avec lui.
Qu’il sache rire — tant d’ennui Bâille aux quatre coins de la chambre — Et qu’il sache te faire rire, toi, souffrant De ta souffrance et du mal de Décembre.
Décembre gris, Décembre gris, Noël errant Sous un ciel de plomb et de cendre. Un médecin doit bien savoir D’où ce gris mortel peut descendre?
Qu’il soit gai pour vaincre le soir Et les fantômes de la fièvre — Qu’il dise les mots qu’on attend Ou qu’on les devine à ses lèvres.
Qu’il soit gai, qu’il soit bien portant, (Ne faut-il croire à l’équilibre Qui doit redevenir le nôtre, aux membres libres, À l’esprit jouant sans efforts?) Qu’il soit bien portant, qu’il soit fort — sans insolence, Avec douceur, contre le sort... Il nous faut tant de confiance!
Qu’il aime ce que j’aime — J’ai besoin Qu’il ait cet art de tout comprendre Et de s’intéresser, non pas de loin, Mais en ami tout proche, à ce qui m’intéresse.
Qu’il soit bon — nous voulons une indulgence tendre Pour accepter notre révolte ou nos faiblesses.
De la science? Il en aura, n’en doutez point, S’il est ce que je dis, ce que j’exige.
Mais exiger cela, c’est, vous le voyez bien, Leur demander, quand ils n’y peuvent rien, Quelque chose comme un prodige!
Lequel, parmi vos diplômés, Ressemble au médecin qu’espère le malade? Lequel, dans tout ce gris tenace, épais, maussade, Sera celui que moi je vois, les yeux fermés? ...
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Ou bien, alors, prenons-le contrefait, Cagneux, pointu, perclus, minable ; Qu’il flotte en ses effets Comme un épouvantail — et semble inguérissable Des pires maux, connus ou inconnus!
Prenons-le blême et vieux, que son crâne soit nu, Ses yeux rougis, sa lèvre amère — Et que rien ne paraisse au monde plus précaire, Plus laid, plus rechigné que cet être vivant,
Afin que, chaque jour, l’apercevant Comme un défi, parmi les fleurs venant d’éclore, Nous pensions, rassurés, soulagés, fiers un peu De nous sentir si forts par contraste : «Grand Dieu! Qu’il doit être savant pour vivre encore!»
(In Les poèmes de Sabine Sicaud, 1958)
Aux médecins qui viennent me voir
« Je ne peux plus, je ne peux plus, vous voyez bien… C’est tout ce que je puis. Et vous me regardez et vous ne faites rien. Vous dites que je peux, vous dites – aujourd’hui Comme il y a des jours et des jours – que l’on doit Lutter quand même et vous ne savez pas Que j’ai donné toute ma pauvre force, moi, Tout mon pauvre courage et que j’ai dans mes bras Tous mes efforts cassés, tous mes efforts trompés Qui pèsent tant, si vous saviez! Pourquoi ne pas comprendre? Au bois des oliviers Jésus de Nazareth pleurait, enveloppé D’une moins lourde nuit que celle où je descends. Il fait noir. Tout est laid, misérable, écœurant Sinistre… Vainement, vous tentez en passant Un absurde sourire auquel nul ne se prend. C’est d’un geste raté, d’une voix sonnant faux Que vous me promettez un secours pour demain. Demain! C’est à présent, tout de suite, qu’il faut Une main secourable dans ma main. Je suis à bout… C’est tout ce que je peux souffrir, c’est tout. Je ne peux plus, je ne crois plus, n’espère plus. Vous n’avez pas voulu Pas su comprendre, sans pitié Vous me laissez souffrir ma souffrance… Au moins Faites-moi donc mourir comme on est foudroyé D’un seul coup de couteau, d’un coup de poing Ou d’un de ces poisons de fakir, vert et or, Qui vous endorment pour toujours, comme on s’endort Quand on a tant souffert, tant souffert jour et nuit Que rien ne compte plus que l’oubli, rien que lui… »
(Sabine Sicaud, Les poèmes de Sabine Sicaud, Paris, Stock, 1958)
MALADIE
Filliou…Je veux Filliou. Ne t’en va pas, Filliou. Ferme la porte. Sortir? Pour aller où? Dis? Je ne veux pas que tu sortes!
J’ai tout le temps besoin de toi. Pour tout, Pour t’avoir là. Reste, Filliou…
Si tu t’en vas, je sonnerai si fort, si fort, Que les murailles tomberont toutes ensemble.
Ma cloche vient de Chamonix. Elle ressemble À celle qui chantait, l’été dernier, au bord De ce vallon près de Ciboure. Tout le port Y scintillait, tu te souviens? Tout le décor S’assombrissait vers les montagnes et la cloche Montait dans le chemin tout proche. Au cou d’une petite vache rousse Elle a chanté peut-être aussi Ma clarine à moi, celle-ci…
Filliou, Filliou, c’est à grandes secousses Qu’elle se fâche, tu sais bien, Si tu descends! Reviens…
Lis quelque chose, dis, Quelque chose de gai…dis, tu n’as rien De très comique, d’inédit? Alors, assieds-toi là…Raconte-moi, Filliou, Raconte… On ne l’avait jamais fini, ce conte Qui nous passionnait! Di-le-moi jusqu’au bout… C’est « Cœur de Nénuphar et Tige de Bambou », Tu te souviens? Le soir, tu l’inventais pour nous Et c’était merveilleux, si merveilleux, Filliou! Raconte…
(In Sabine Sicaud, Les poèmes de Sabine Sicaud, Paris, Stock, 1958)
AH! LAISSEZ-MOI CRIER
« Ah! Laissez-moi crier, crier, crier … Crier à m’arracher la gorge! Crier comme une bête qu’on égorge, Comme le fer martyrisé dans une forge Comme l’arbre mordu par les dents de la scie, Comme un carreau sous le ciseau du vitrier… Grincer, hurler, râler. Peu me soucie Que les gens s’en effarent. J’ai besoin De crier jusqu’au bout de ce qu’on peut crier. Les gens? Vous ne savez donc pas comme ils sont loin Comme ils existent peu, lorsque vous supplicie Cette douleur qui vous fait seul au monde? Avec elle on est seul, seul dans sa geôle Répondre? Non. Je n’attends pas qu’on me réponde. Je ne sais même pas si j’appelle au secours Si même j’ai crié, crié comme une folle Comme un damné toute la nuit et tout le jour Cette chose inouïe, atroce, qui vous tue Croyez-vous qu’elle soit Une chose possible à quoi l’on s’habitue Cette douleur, mon Dieu, cette douleur qui tue Avec quel art cruel de supplice chinois Elle montait, montait à petits pas sournois Et nul ne la voyait monter, pas même toi Confiante santé, ma santé méconnue C’est vers toi que je crie, ah c’est vers toi, vers toi! Pourquoi, si tu m’entends n’être pas revenue? Pourquoi me laisser tant souffrir, dis-moi pourquoi Ou si c’est ta revanche et parce qu’autrefois Jamais, simple santé, je ne pensais à toi? »
(Sabine Sicaud, Les poèmes de Sabine Sicaud, Paris, Stock, 1958) |
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| Sujet: Re: POÈMES D'ENFANT de Sabine Sicaud Lun 4 Déc - 18:34 | |
| Guy
je dédierai ma chronique de mardi à cette jeune fille...
merci de me l'avoir fait connaître.
Ginette _________________ ...
 http://www.liensutiles.org/gvilleneuve.htm |
|  | | Guy Rancourt 100 messages

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| |  | | Guy Rancourt 100 messages

Age : 60 Inscrit le : 28 Déc 2004 Messages : 623 Localisation : Le Bic (Québec)
| Sujet: FEUILLES DE CARNET, derniers poèmes de Sabine Sicaud Lun 19 Mar - 15:35 | |
| Feuilles de carnet
N’oublie pas la chanson du soleil, Vassili. Elle est dans les chemins craquelés de l’été, dans la paille des meules, dans le bois sec de ton armoire, …si tu sais bien l’entendre. Elle est aussi dans le cri du criquet. Vassili, Vassili, parce que tu as froid, ce soir, Ne nie pas le soleil.
………………………………
L’oustalet est vide. Il est éventré, l’on ne sait pourquoi. La guerre des hommes était loin d’ici… Les vents du pays sautaient par-dessus comme des cabris, Sans même effleurer son toit de joubarbes. et le feu du ciel, qu’aurait-il puni dans ces quatre murs couleur de cigales? Un pauvre foyer, couleur de souris, mourut en secret sous la crémaillère. Peut-être un passant, le temps d’une averse, rêva-t-il, hier de le ranimer?... Peut-être les dieux nous attendent-ils? Le chemin s’arrête… Au bord du ravin, n’est-ce pas, l’odeur de ces violettes dont tu te souviens?...
………………………………
Il est parti sur son cheval, dans l’herbe. Le vent du Nord le cingle, mais il feint de promener son cheval. On dit : « Comme il oublie déjà. la terre lui paraît toujours belle. » Mais son cheval croit porter un fantôme et tourne la tête pour le regarder.
Il a sifflé son chien comme auparavant. Il touche au passage les feuilles nouvelles. Celui qui reste qu’exigez-vous de lui?
Ils disent, ils crient : « Ce n’est pas possible. » Et l’aube renaît. Son cheval sans maître est déjà vendu. Les choses aimées le seront par d’autres ou s’habitueront à ne l’être plus. La vie continue.
………………………………
Ne parle pas d’absence, toi qui ne sais pas. Mets seulement ta joue contre la mienne. As-tu jamais interrogé la porte qui doit s’ouvrir pour le retour
et désespéré…? As-tu jamais, au petit jour, songé qu’on pourrait ne plus se revoir peut-être et imaginé?... Serre-moi plus fort. Nos deux ombres séparées, que deviendraient-elles?
………………………………
La chaise vide… Ah comment feras-tu pour supporter cela? Et moi qui pars, comment ferai-je pour supporter le reste?
………………………………
La main des dieux, tu peux refuser de la prendre. La main du mendiant, tu peux aussi. Toutes les mains qui frôleront la tienne, tu peux les oublier. La main de ton ami, ferme les doigts sur elle, et serre-la si fort que le sang de ton cœur y batte avec le sien au même rythme.
………………………………
Ne regarde pas si loin, Vassili, tu me fais peur. N’est-il pas assez grand le cirque des steppes? Le ciel s’ajuste au bord. Ne laisse pas ton âme s’échapper au delà comme un cheval sauvage. Tu vois comme je suis perdue dans l’herbe. J’ai besoin que tu me regardes, Vassili.
………………………………
-Tu te chaufferas au feu de paysan? -Je me chaufferai au feu de paysan. -Tu auras de vieilles lampes à pétrole? -Je les aurai. -Un jardin de curé? -Un jardin de curé. -Et un pot de basilic? -Et deux pots de basilic. Et ta pitié pour moi et ma pitié pour toi.
(Sabine Sicaud, Les Poèmes de Sabine Sicaud, Paris, Stock, 1958)
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|  | | Guy Rancourt 100 messages

Age : 60 Inscrit le : 28 Déc 2004 Messages : 623 Localisation : Le Bic (Québec)
| Sujet: Re: POÈMES D'ENFANT de Sabine Sicaud Lun 19 Mar - 15:49 | |
| Note explicative :
"FEUILLES DE CARNET", quatrième et dernière section des "Poèmes de Sabine Sicaud", recueil posthume publié 30 ans après sa mort, aux Éditions Stock en 1958. Il s'agit de 8 courts fragments rédigés peu de temps avant son décès survenu le 12 juillet 1928. Sabine n'avait que 15 ans. Les 3 premières sections contiennent 44 poèmes regroupés ainsi : 1) "Premiers poèmes" reprend 3 des 29 poèmes publiés dans "Poèmes d'enfant" parus en 1926 aux Cahiers de France avec une belle préface de la Comtesse Anna de Noailles. 2) "Chemins" contient 18 poèmes, dont plusieurs sont parus sur ton forum lors de la présentation de cette auteure. 3) "Douleur, je vous déteste" rassemble 12 poèmes centrés sur la maladie et les souffrances de Sabine. J'ai reproduit une bonne majorité de ces poèmes sur ton forum également. Voilà pour la brève présentation de ces courts poèmes, la plupart inachevés... |
|  | | Gi Rang: Administrateur

Inscrit le : 18 Déc 2004 Messages : 10602 Localisation : Terrebonne, Québec, Canada
| |  | | Guy Rancourt 100 messages

Age : 60 Inscrit le : 28 Déc 2004 Messages : 623 Localisation : Le Bic (Québec)
| Sujet: Re: POÈMES D'ENFANT de Sabine Sicaud Mar 20 Mar - 19:49 | |
| PAS ...GÉNIAL, MAIS PASSIONNÉ POUR LA RECHERCHE ET... AMOUREUX DES POÈTES! (RIRES) |
|  | | Gi Rang: Administrateur

Inscrit le : 18 Déc 2004 Messages : 10602 Localisation : Terrebonne, Québec, Canada
| Sujet: Re: POÈMES D'ENFANT de Sabine Sicaud Mar 20 Mar - 22:57 | |
| Il y a des gens passionnés qui rendent nos vies plus belles... Et je crois que tu es un passionné. As-tu vu dans tes lectures des poèmes avec les mots Je t'aime ? Si tu en trouves pense à moi. Bonne nuit, Ginette _________________ ...
 http://www.liensutiles.org/gvilleneuve.htm |
|  | | Gi Rang: Administrateur

Inscrit le : 18 Déc 2004 Messages : 10602 Localisation : Terrebonne, Québec, Canada
| |  | | Guy Rancourt 100 messages

Age : 60 Inscrit le : 28 Déc 2004 Messages : 623 Localisation : Le Bic (Québec)
| Sujet: Re: POÈMES D'ENFANT de Sabine Sicaud Ven 22 Aoû - 14:19 | |
| Petite erreur... Il aurait fallu lire plutôt : 1) "Premiers poèmes" reprend 3 des 29 poèmes publiés dans "Poèmes d'enfant" parus en 1926 aux Cahiers de France avec une belle préface de la Comtesse Anna de Noailles. et non : 1) "Premiers poèmes" reprend 14 des 29 poèmes publiés dans "Poèmes d'enfant" parus en 1926 aux Cahiers de France avec une belle préface de la Comtesse Anna de Noailles. Mil excuses... |
|  | | Gi Rang: Administrateur

Inscrit le : 18 Déc 2004 Messages : 10602 Localisation : Terrebonne, Québec, Canada
| |  | | | POÈMES D'ENFANT de Sabine Sicaud | |
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