Guy Rancourt 100 messages

Age : 60 Inscrit le : 28 Déc 2004 Messages : 609 Localisation : Le Bic (Québec)
| Sujet: POÈMES DE HERMANN HESSE Mer 31 Mai - 21:36 | |
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CHANSON D’AMOUR (« Liebslied »)
Je suis le cerf, toi le chevreuil, Tu es l’oiseau, moi le tilleul, Toi le soleil et moi la neige, Tu es le jour et moi le rêve.
La nuit, des lèvres du dormeur, Un oiseau d’or vole vers toi, Voix claire, aile aux vives couleurs, Qui te dit le chant de l’amour, Qui te dit ma chanson à moi.
(Pour Ruth Wenger)
(Hermann Hesse, Poèmes choisis, José Corti, 1994) Sans toi
Mon oreiller me dévisage dans la nuit Exsangue comme une pierre tombale Jamais je n’envisageais qu’il serait si cruel D’être seul Sans pouvoir me blottir contre ta chevelure
J’habite seul dans une demeure silencieuse La lampe suspendue dans la pénombre Et mes mains s’entrouvrent délicatement Pour y cueillir les vôtres Et mes lèvres chaudes se posent tendrement Sur toi ombre invisible, fatigué et affaibli Je me réveille en sursaut Enveloppé par une nuit froide qui me glace L’étoile luit et brille à travers la fenêtre Où s’est envolée ta chevelure dorée? Où s’est envolée ta bouche adorée?
Maintenant je bois au chagrin de chaque instant de bonheur Et au venin de chaque vin Jamais je n’envisageais qu’il serait si cruel D’être seul Seul sans toi!
(Traduction de Guy Rancourt du poème « Ohne dich ») SYMBOLES (Gleichnisse »)
Mon amour est la barque paisible Que les coups d’une rame insensible Poussent vers le ressac, près du bord.
Mon amour est la vive lumière D’un éclair lourd de sombre mystère Qui surgit, aussitôt se rendort.
Mon enfant est cette enfant fiévreuse Qui, la nuit, fixe l’ombre, rêveuse, Et debout, près du lit, c’est la Mort.
(Hermann Hesse, Poèmes choisis, José Corti, 1994) ELISABETH (« Elisabeth (111) »)
Ainsi qu’un blanc nuage Dans l’azur apparaît, Tu es blanche, lointaine Et belle, Elisabeth.
Le nuage s’efface, Tu n’as souci de lui, Mais il revient en rêve Te hanter chaque nuit.
Forme argentée, il passe, Et pourtant à jamais L’amour du blanc nuage Te tiendra désormais.
(Hermann Hesse, Poèmes choisis, José Corti, 1994) LA FLÛTE (« Flötenspiel »)
Maison, la nuit, dans les branchages; Fenêtre où luit un doux reflet. Invisible au fond des ombrages, Là-bas un flûtiste jouait
Une très vieille mélodie Dont l’air dans la nuit parvenu À chacun disait sa patrie Et tous les chemins parcourus.
C’était le sens secret du monde Dans ce souffle se transposant; Il fallait que le cœur se fonde; Le temps entier était présent.
(Hermann Hesse, Poèmes choisis, José Corti, 1994) UN VIOLON DANS LES JARDINS (« Eine Geige in den Gärten »)
Partout aux vallons d’alentour La chanson des merles résonne Et mon cœur, de chagrins si lourd, Jusqu’à l’aube songe, frissonne.
L’heure tourne; je veille, assis, Longtemps sous la lune qui baigne L’essaim secret de mes soucis Et mainte blessure qui saigne.
Un violon dans les jardins Vers moi laisse monter sa plainte. Oh! quel flot de langueur soudain De mon âme apaise la crainte!
Inconnu qui t’en vas jouant Ces sons pleins d’étrange magie, Où donc as-tu trouvé ce chant Qui dit toute ma nostalgie?
(Hermann Hesse, Poèmes choisis, José Corti, 1994) JOUR DE PRINTEMPS (« Frühlingstag »)
Vent dans les buissons, chant d’oiseau, Haut dans l’azur baignant le monde, Passe un nuage, fier vaisseau; Je rêve d’une femme blonde, Je rêve au temps de ma jeunesse; Le ciel immense et bleu, là-haut, Pour ma nostalgique paresse Est un berceau Où, bien au chaud, L’âme légère, Murmure aux lèvres, confiant, Je somnole comme un enfant Dans les bras de sa mère.
(Hermann Hesse, Poèmes choisis, José Corti, 1994) LES PREMIÈRES FLEURS (« Die ersten Blumen »)
Là-bas, près du ruisseau, Où les saules rouges vers l’eau Penchent leur front, en abondance Des fleurs d’or ont ouvert les yeux. Pour moi qui dès longtemps ai perdu l’innocence, Se peut-il qu’en ces lieux Dans le regard des fleurs le souvenir renaisse? J’y vois le reflet d’or de ma jeune saison. J’étais venu cueillir des fleurs, mais je les laisse Et, vieil homme à présent, je rentre à la maison.
(Hermann Hesse, Poèmes choisis, José Corti, 1994) PAPILLON BLEU (« Blauer Schmetterling»)
Bleu reflet qui s’irise, Un papillon nacré Emporté par la brise Luit, brille, disparaît. Tel, d’une aile légère, Le bonheur est venu Puis a, fleur éphémère, Lui, brillé, disparu.
(Hermann Hesse, Poèmes choisis, José Corti, 1994) CHÊNE AMPUTÉ (« Gestutze Eiche»)
Pauvre arbre, comme ils t’ont taillé! Quelle étrange et triste figure! Tu n’es plus, cent fois cisaillé, Que défi, que volonté pure.
Comme toi tronqué, tourmenté, Sans me briser, ma vie entière, Jour après jour j’ai résisté, Dressant mon front dans la lumière.
Ce qui fut en moi doux, sensible, Le monde l’a crucifié. Mais mon être est indestructible : Je vis heureux, pacifié.
Je pousse mes feuilles nouvelles Malgré mes rameaux douloureux, Toujours, dans mes peines cruelles, De ce monde absurdes amoureux.
(Hermann Hesse, Poèmes choisis, José Corti, 1994) Grincement d’une branche tordue (« Knarren eines geknickten Astes », dernier poème de Hermann Hesse)
Rameau déchiqueté, tordu, Lançant là depuis mainte année Au vent son chant sec et bourru, Sans plus de feuilles ni d’écorce, Las de cette vie surannée, Las de ne pas mourir, sans force, Inquiet en secret, mais fier. Sa voix rauque sonne, obstinée, Un été encore, un hiver.
(Hermann Hesse, Poèmes choisis, Paris, José Corti, 1994) Explication
Ce poème est le dernier qu’écrivit Hesse, la veille de sa mort survenue le 9 août 1962. Laissons la femme de l’écrivain nous en rapporter les circonstances : « Quelques jours avant sa mort, il reçut la nouvelle du décès d’un de ses amis, du même âge que lui, survenu dans le sommeil, sans maladie préalable. « C’est beau, s’était écrié Hesse, imagine-toi comme c’est beau! » Je sentis qu’il souhaitait la même chose pour lui. Le 8 août au matin, nous allâmes dans la forêt voisine de notre maison. Il aimait à ramasser du bois pour le feu qu’il entretenait dans le jardin. Il s’arrêta devant la branche d’acacia et tira dessus comme il l’avait déjà fait plusieurs fois. « Elle tient encore », murmura-t-il. Dans l’après-midi, nous eûmes une visite pour le thé : (Edwige Friedlander) la traductrice française de « Gertrude », avec laquelle il eut un entretien animé sur la littérature française moderne, Sartre, Camus, Beckett et d’autres auteurs plus anciens. Le soir, je trouvai dans ma chambre la poésie sur la branche. (Poème ci-dessus) Je lui dis quelque chose comme : « C’est un de tes plus beaux poèmes. » Il sourit et repartit : « Alors, c’est bien. » Je lui fis la lecture, comme tous les soirs, puis il écouta à la radio une sonate de Mozart (No 7 en do majeur, K 309). Le matin, il mourut pendant son sommeil, d’une hémorragie cérébrale. La branche, dans la forêt, tient toujours. » (« Lettre de Ninon Hesse à Siegfried Unseld », octobre 1962).  |
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| Sujet: Re: POÈMES DE HERMANN HESSE Mer 31 Mai - 21:39 | |
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 Hermann Hesse, le poète
Le public français connaît surtout Hermann Hesse romancier, nouvelliste et essayiste. Dommage que l'on ignore presque complètement Hermann Hesse POÈTE! Pourtant, il a écrit quatorze recueils de poèmes. Donc, plus de 700 poèmes! La majorité d'entre eux sont lyriques et se rapprochent de la forme du lied. On dirait que la plupart de ses poèmes étaient rédigés pour être chantés. |
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