Resalut Ginette!
J'ANNEXE D'AUTRES POÈMES DE SABINE, SURTOUT CEUX TOUCHANT LA SOUFFRANCE, LA MALADIE, LA DOULEUR...PUISÉS DANS "LES POÈMES DE SABINE SICAUD" (1958)...
J'AVAIS DÉPOSÉ CES POÈMES SUR LE FORUM DE MARCEK EN AOÛT, SEPTEMBRE, OCTOBRE DERNIERS :Jours de fièvre de Sabine Sicaud
le vendredi 18 août 2006, à 19:24. Posté par Marcek Jours de fièvre
Ce que je veux ? Une carafe d’eau glacée.
Rien de plus. Nuit et jour, cette eau, dans ma pensée,
Ruisselle doucement comme d’une fontaine.
Elle est blanche, elle est bleue à force d’être fraîche.
Elle vient de la source ou d’une cruche pleine.
Elle a cet argent flou qui duvète les pêches
Et l’étincellement d’un cristal à facettes.
Elle est de givre fin, de brouillard, de rosée,
Jaillit de chaque vasque en gerbes irisées,
Glisse de chaque branche en rondes gouttelettes.
Au cœur de la carafe, elle rit.
Elle perle
Sur son ventre poli, comme une sueur gaie.
En mille petits flots, pour rien, elle déferle,
Ou n’est qu’un point comme un brillant dans une haie.
Elle danse au plafond, se complaît dans la glace,
Frappe aux carreaux avec la pluie. Ah ! ces cascades...
C’est le Niagara, vert bleu, vert Nil, vert jade,
C’est l’eau miraculeuse en un fleuve de grâce ;
Toute l’eau des névés, des lacs, des mers nordiques,
Toute l’eau du Rocher de Moïse, l’eau pure
D’une oasis perdue au centre de l’Afrique ;
Toute l’eau qui mugit, toute l’eau qui murmure,
Toute l’eau, toute l’eau du ciel et de la terre,
Toute l’eau concentrée au creux glacé d’un verre !
Je ne demande rien qu’un verre d’eau glacée...
Vous ne voyez donc pas mes doigts brûlants de fièvre,
Mes doigts tendus vers l’eau qui fuit ? Mes pauvres lèvres
Sèches comme une plante à la tige cassée ?
La soif qui me torture est celle des grands sables
Où galope toujours le simoun.Je ne pense
Qu’à ce filet d’eau merveilleuse, intarissable,
Où des poissons heureux circulent.Transparence,
Fraîcheur... Est-il rien d’autre au monde que j’implore ?
Alcarazas, alcarazas... un café maure
Et, dans la torpeur bleue où des buveurs s’attardent,
Un verre débordant parmi les autres verres,
Un verre sans couleurs subtiles qui le fardent,
Mais rempli de cette eau si froide, nette, claire...
Ah ! prenez pour cette eau ce qui me reste à vivre,
Mais laissez-la couler en moi, larmes de givre,
Don de l’hiver à ce brasier qui me consume.
Vous souvient-il de ces bruits clairs, dans de l’écume,
Au bord d’un gave fou ?
J’ai soif de tous les gaves.
Les sabots des mulets, vous souvient-il, s’y lavent,
Les pieds du chemineau s’y délassent. Dieu juste,
Ne puis-je boire au moins comme le pré, l’arbuste,
Le chien de la montagne au fil de l’eau qui court ?
Cette eau...
Cette eau qui m’échappe toujours,
Qui, nuit et jour, obsède ma pensée...
Ne m’accorderez-vous deux gouttes d’eau glacée ?
Sabine Sicaud
le vendredi 01 septembre 2006, à 22:49. Posté par guy
Merci Marcek pour la découverte de cette jeune auteure, morte à 15 ans! J'ai trouvé à la biblio de notre université régionale (UQAR) à ma grande surprise la seule biographie sur elle par Odile Ayral-Clause :"SABINE SICAUD : LE RÊVE INACHEVÉ", publié en 1996 à Bordeaux, in DOSSIERS D"AQUITAINE. le vendredi 08 septembre 2006, à 04:57. Posté par guy
Pas facile d'accepter la maladie, la souffrance et l'éminente faucheuse de vie. On comprend pourquoi Sabine se cambre devant l'inévitable, résiste et se révolte surtout contre la douleur. À lire son poème : "Douleur, je vous déteste". Douleur, je vous déteste
L'Honneur de souffrir
ANNA DE NOAILLES.
Douleur, je vous déteste ! Ah ! que je vous déteste !
Souffrance, je vous hais, je vous crains, j'ai l'horreur
De votre guet sournois, de ce frisson qui reste
Derrière vous, dans la chair, dans le coeur...
Derrière vous, parfois vous précédant,
J'ai senti cette chose inexprimable, affreuse :
Une bête invisible aux minuscules dents
Qui vient comme la taupe et fouille et mord et creuse
Dans la belle santé confiante - pendant
Que l'air est bleu, le soleil calme, l'eau si fraîche !
Ah ! " l'Honneur de souffrir " ?... Souffrance aux lèvres sèches,
Souffrance laide, quoi qu'on dise, quel que soit
Votre déguisement - Souffrance
Foudroyante ou tenace ou les deux à la fois -
Moi je vous vois comme un péché, comme une offense
A l'allègre douceur de vivre, d'être sain
Parmi des fruits luisants, des feuilles vertes,
Des jardins faisant signe aux fenêtres ouvertes...
De gais canards courent vers les bassins,
Des pigeons nagent sur la ville, fous d'espace.
Nager, courir, lutter avec le vent qui passe,
N'est-ce donc pas mon droit puisque la vie est là
Si simple en apparence... en apparence !
Faut-il être ces corps vaincus, ces esprits las,
Parce qu'on vous rencontre un jour, Souffrance,
Ou croire à cet Honneur de vous appartenir
Et dire qu'il est grand, peut-être, de souffrir ?
Grand ? Qui donc en est sûr et que m'importe !
Que m'importe le nom du mal, grand ou petit,
Si je n'ai plus en moi, candide et forte,
La Joie au clair visage ? Il s'est menti,
Il se ment à lui-même, le poète
Qui, pour vous ennoblir, vous chante... Je vous hais.
Vous êtes lâche, injuste, criminelle, prête
Aux pires trahisons ! Je sais
Que vous serez mon ennemie infatigable
Désormais... Désormais, puisqu'il ne se peut pas
Que le plus tendre parc embaumé de lilas,
Le plus secret chemin d'herbe folle ou de sable,
Permettent de vous fuir ou de vous oublier !
Chère ignorance en petit tablier,
Ignorance aux pieds nus, aux bras nus, tête nue
A travers les saisons, ignorance ingénue
Dont le rire tintait si haut. Mon Ignorance,
Celle d'Avant, quand vous m'étiez une inconnue,
Qu'en a-t-on fait, qu'en faites-vous, vieille Souffrance ?
Vous pardonner cela qui me change le monde ?
Je vous hais trop ! Je vous hais trop d'avoir tué
Cette petite fille blonde
Que je vois comme au fond d'un miroir embué...
Une Autre est là, pâle, si différente !
Je ne peux pas, je ne veux pas m'habituer
A vous savoir entre nous deux, toujours présente,
Sinistre Carabosse à qui les jeunes fées
Opposent vainement des Pouvoirs secourables !
Il était une fois...
Il était une fois - pauvres voix étouffées !
Qui les ranimera, qui me rendra la voix
De cette Source, fée entre toutes les fées,
Où tous les maux sont guérissables ?
(In Les poèmes de Sabine Sicaud, Paris, Stock, 1958)
le mercredi 25 octobre 2006, à 00:24. Posté par guyMarcek, je suis toujours plongé dans la relecture des poèmes de Sabine Sicaud et j'annexe 5 autres poèmes sur la maladie et la souffrance dont 3 interpellent directement les médecins! Médecins
Ne cherchez donc pas dans vos livres!
Est-il si compliqué de vivre?
Quel mal ils m’auront fait, ces tristes médecins…
Je ne dis pas que ce soit à dessein
Et l’on n’est pas toujours exprès des assassins;
Mais tant de drogues, de piqûres,
Et si peu de savoir? Ils me tueront, c’est clair.
Me laisser tant souffrir, souffrir tout un hiver,
Pour jouer ensuite aux Augures!
Je les vois en bouchers me palper tour à tour,
Puis s’enfermer d’un air sinistre
Conseil de guerre? de ministres?
Concile? Ou, verrous clos, sous l’abat-jour,
La conspiration de mélo, dans la cave?
Je rirais bien, si ce n’était beaucoup plus grave.
Mais il s’agit de moi qui ne sais rien
Et de ces gens à qui, dirait-on, j’appartiens,
Parce qu’ils font semblant de savoir quelque chose.
Bouchut en sait mille fois plus, hélas!
Mon vieux Bouchut qui prend son herbe et se la dose
Et toujours se guérit des misères qu’il a
Sans en chercher la cause…
Vieux Bouchut, vieux Bouchut, dans ton bain de soleil,
Tu te moques de leurs remèdes!
Ton ventre est chaud, ton petit nez vermeil.
Tu me suffis, Bouchut. Viens à mon aide…
(In Sabine Sicaud, Les poèmes de Sabine Sicaud, Paris, Stock, 1958)
Un médecin?
Un médecin? Mais alors qu’il soit beau!
Très beau. D’une beauté non pas majestueuse,
Mais jeune, saine, alerte, heureuse!
Qu’il parle de plein air, non pas trop haut,
Mais assez pour que du soleil entre avec lui.
Qu’il sache rire — tant d’ennui
Bâille aux quatre coins de la chambre —
Et qu’il sache te faire rire, toi, souffrant
De ta souffrance et du mal de Décembre.
Décembre gris, Décembre gris, Noël errant
Sous un ciel de plomb et de cendre.
Un médecin doit bien savoir
D’où ce gris mortel peut descendre?
Qu’il soit gai pour vaincre le soir
Et les fantômes de la fièvre —
Qu’il dise les mots qu’on attend
Ou qu’on les devine à ses lèvres.
Qu’il soit gai, qu’il soit bien portant,
(Ne faut-il croire à l’équilibre
Qui doit redevenir le nôtre, aux membres libres,
À l’esprit jouant sans efforts?)
Qu’il soit bien portant, qu’il soit fort — sans insolence,
Avec douceur, contre le sort...
Il nous faut tant de confiance!
Qu’il aime ce que j’aime — J’ai besoin
Qu’il ait cet art de tout comprendre
Et de s’intéresser, non pas de loin,
Mais en ami tout proche, à ce qui m’intéresse.
Qu’il soit bon — nous voulons une indulgence tendre
Pour accepter notre révolte ou nos faiblesses.
De la science? Il en aura, n’en doutez point,
S’il est ce que je dis, ce que j’exige.
Mais exiger cela, c’est, vous le voyez bien,
Leur demander, quand ils n’y peuvent rien,
Quelque chose comme un prodige!
Lequel, parmi vos diplômés,
Ressemble au médecin qu’espère le malade?
Lequel, dans tout ce gris tenace, épais, maussade,
Sera celui que moi je vois, les yeux fermés? ...
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Ou bien, alors, prenons-le contrefait,
Cagneux, pointu, perclus, minable ;
Qu’il flotte en ses effets
Comme un épouvantail — et semble inguérissable
Des pires maux, connus ou inconnus!
Prenons-le blême et vieux, que son crâne soit nu,
Ses yeux rougis, sa lèvre amère —
Et que rien ne paraisse au monde plus précaire,
Plus laid, plus rechigné que cet être vivant,
Afin que, chaque jour, l’apercevant
Comme un défi, parmi les fleurs venant d’éclore,
Nous pensions, rassurés, soulagés, fiers un peu
De nous sentir si forts par contraste : «Grand Dieu!
Qu’il doit être savant pour vivre encore!»
(In Les poèmes de Sabine Sicaud, 1958)
Aux médecins qui viennent me voir
« Je ne peux plus, je ne peux plus, vous voyez bien…
C’est tout ce que je puis.
Et vous me regardez et vous ne faites rien.
Vous dites que je peux, vous dites – aujourd’hui
Comme il y a des jours et des jours – que l’on doit
Lutter quand même et vous ne savez pas
Que j’ai donné toute ma pauvre force, moi,
Tout mon pauvre courage et que j’ai dans mes bras
Tous mes efforts cassés, tous mes efforts trompés
Qui pèsent tant, si vous saviez!
Pourquoi ne pas comprendre? Au bois des oliviers
Jésus de Nazareth pleurait, enveloppé
D’une moins lourde nuit que celle où je descends.
Il fait noir. Tout est laid, misérable, écœurant Sinistre…
Vainement, vous tentez en passant
Un absurde sourire auquel nul ne se prend.
C’est d’un geste raté, d’une voix sonnant faux
Que vous me promettez un secours pour demain.
Demain! C’est à présent, tout de suite, qu’il faut
Une main secourable dans ma main.
Je suis à bout…
C’est tout ce que je peux souffrir, c’est tout.
Je ne peux plus, je ne crois plus, n’espère plus.
Vous n’avez pas voulu
Pas su comprendre, sans pitié
Vous me laissez souffrir ma souffrance… Au moins
Faites-moi donc mourir comme on est foudroyé
D’un seul coup de couteau, d’un coup de poing
Ou d’un de ces poisons de fakir, vert et or,
Qui vous endorment pour toujours, comme on s’endort
Quand on a tant souffert, tant souffert jour et nuit
Que rien ne compte plus que l’oubli, rien que lui… »
(Sabine Sicaud, Les poèmes de Sabine Sicaud, Paris, Stock, 1958)
MALADIE
Filliou…Je veux Filliou. Ne t’en va pas, Filliou.
Ferme la porte.
Sortir? Pour aller où?
Dis? Je ne veux pas que tu sortes!
J’ai tout le temps besoin de toi. Pour tout,
Pour t’avoir là. Reste, Filliou…
Si tu t’en vas, je sonnerai si fort, si fort,
Que les murailles tomberont toutes ensemble.
Ma cloche vient de Chamonix. Elle ressemble
À celle qui chantait, l’été dernier, au bord
De ce vallon près de Ciboure. Tout le port
Y scintillait, tu te souviens? Tout le décor
S’assombrissait vers les montagnes et la cloche
Montait dans le chemin tout proche.
Au cou d’une petite vache rousse
Elle a chanté peut-être aussi
Ma clarine à moi, celle-ci…
Filliou, Filliou, c’est à grandes secousses
Qu’elle se fâche, tu sais bien,
Si tu descends! Reviens…
Lis quelque chose, dis,
Quelque chose de gai…dis, tu n’as rien
De très comique, d’inédit?
Alors, assieds-toi là…Raconte-moi, Filliou,
Raconte…
On ne l’avait jamais fini, ce conte
Qui nous passionnait! Di-le-moi jusqu’au bout…
C’est « Cœur de Nénuphar et Tige de Bambou »,
Tu te souviens? Le soir, tu l’inventais pour nous
Et c’était merveilleux, si merveilleux, Filliou!
Raconte…
(In Sabine Sicaud, Les poèmes de Sabine Sicaud, Paris, Stock, 1958)
AH! LAISSEZ-MOI CRIER
« Ah! Laissez-moi crier, crier, crier …
Crier à m’arracher la gorge!
Crier comme une bête qu’on égorge,
Comme le fer martyrisé dans une forge
Comme l’arbre mordu par les dents de la scie,
Comme un carreau sous le ciseau du vitrier…
Grincer, hurler, râler. Peu me soucie
Que les gens s’en effarent. J’ai besoin
De crier jusqu’au bout de ce qu’on peut crier.
Les gens? Vous ne savez donc pas comme ils sont loin
Comme ils existent peu, lorsque vous supplicie
Cette douleur qui vous fait seul au monde?
Avec elle on est seul, seul dans sa geôle
Répondre? Non. Je n’attends pas qu’on me réponde.
Je ne sais même pas si j’appelle au secours
Si même j’ai crié, crié comme une folle
Comme un damné toute la nuit et tout le jour
Cette chose inouïe, atroce, qui vous tue
Croyez-vous qu’elle soit
Une chose possible à quoi l’on s’habitue
Cette douleur, mon Dieu, cette douleur qui tue
Avec quel art cruel de supplice chinois
Elle montait, montait à petits pas sournois
Et nul ne la voyait monter, pas même toi
Confiante santé, ma santé méconnue
C’est vers toi que je crie, ah c’est vers toi, vers toi!
Pourquoi, si tu m’entends n’être pas revenue?
Pourquoi me laisser tant souffrir, dis-moi pourquoi
Ou si c’est ta revanche et parce qu’autrefois
Jamais, simple santé, je ne pensais à toi? »
(Sabine Sicaud, Les poèmes de Sabine Sicaud, Paris, Stock, 1958)