Trousse d’amant« De son lien de fer, déclara l
’ôte-agrafe,
Je libère la feuille ».
« Et moi, a dit le doigt, ses tulles je dégrafe,
Comme une fleur que l’on effeuille. »
« Sur le blanc parchemin,
Je roule », a dit la
bille.
« Sur elle j’éparpille
Mes doigts », a dit la main.
« Sur le vélin, dit le
calame,
Volutes de pleins et déliés
Je dessine. » Et moi, sur la Dame,
De ses cheveux jusqu’à ses pieds,
Amoureusement je dépose
Mes baisers, dit la bouche rose…
La
plume d’or a dit :
« Sur le papier, je glisse. »
« Moi je sais le délice
De tous ses paradis »,
A dit la lèvre
En fièvre.
« Je conserve bleu le sang
D’azur », dit la
cartouche.
« Moi, dit la langue, je touche
Au huitième ciel ! Je sens
Que bénie est mon encre
Dans son rose et douillet chancre. »
Le
porte-mine a déclaré :
« Je frôle de mon graphite
Le « Canson » pour le bigarrer. »
« Moi, dit la phalange, j’excite
De mes empreintes son doux dos ;
Ce frôlement est mon cadeau ».
« Moi, le bout du stylet, je soutiens et je guide
Sur le carton désert ou sur la page vide
Pour tracer son chemin ! », s’est exclamé le
té.
« En hiver, au printemps, à l’automne, en été,
Je puise son soleil, sous la douce frangette,
Au cœur de sa forêt », a dit la phalangette.
Le
crayon de couleurDéclara : « Je colore
Tissus, papiers, de belles fleurs. »
Moi, dit la phalangine, j’adore
Sa fleurette qui croît aux cieux :
Le reflet de ses yeux. »
« Un petit trou et puis un bout de plombagine,
Et le tour est joué : j’inscris un arc de cercle ! »
S’est esclaffé, toujours d’humeur coquine,
Le compas.
« Moi, de ses rondeurs, que j’encercle,
Je suis fou, et de ses appas ! »,
A dit la moite paume,
De l’homme.
« Je préserve de la dureté
La blanche feuille », a dit le
sous-main.
« Et moi, je garde ma volupté
Pour son douillet ventre ! », a dit la main.
« Moi, je sais arrondir les angles »,
A dit le
rapporteur.
« Nous aimons quand, comme des sangles,
Ses jambes ceignent notre cœur »,
Ont dit les hanches de l’amant,
Qui ajouta « Infiniment » !
Le
flacon d’encre a dit : « Je garde
Pour la plume « Sergent-Major »,
Ma « chinoise », pour qu’elle en farde
Le « Bristol » encor et encor ! »
L’index répliqua : « Moi je joue
Sans ambages avec sa joue
Avec ses cils
Et ses sourcils
Que, sans chercher d’autre aventure,
Je conserve nature. »
La
gomme a dit :
« Point de retour
Pour la faute ou le barbarisme ! »
La main répliqua : le velours
De son sein est mon solécisme
Et je suis en accord parfait
Avec son téton si bien fait. »
L’
éponge a déclaré : « Dans ma petite boîte,
Bien que sèche, je sais des pâtés préserver
L’empressé qui écrit ses mots d’une main moite.
Pour le petit cahier quadrillé, je m’en vais
M’humecter d’un peu d’eau. Voilà. J’y suis. Je veille. »
L’auriculaire a dit : « Je sais à son oreille
Murmurer des mots doux.
Le reste je m’en fous ! »
La
punaise a dit : « Moi, ces-mots-là, je placarde
Et les fleurs en dessins au mur, grands ou petits. »
« Moi, répondit la main, je sens son péricarde
Sous son sein nu qui bat : son souffle est myosotis. »
Le
trombone a chanté : « Je suis attache lettres ;
Je serre poulets et billets,
L’incisive a dit : « Moi, du fin fond de son être,
Par son lobe deshabillé,
Je puis faire monter le soupir de délice,
Qui parcourra sa cuisse ! »
Les
petits ciseaux à bouts rondsOnt dit : « Avec nous pousse
Une fleur de papier ou un arbre et son tronc. »
« Nous, l’index et le pouce,
Savons faire dresser,
Sans nous presser,
Son téton rose,
Lorsque notre baiser sur son sein se repose… »
« Indécrochablement,
Ma sève colle
Le complément
Sur le cahier d’école.
J’ai fabriqué aussi
Le cube
Que voici »
A dit le
tube.
« Moi, amoureusement,
Dit la fébrile bouche,
Je fais coller l’amant
À l’amante farouche
Par lèvre interposée,
Et fusion rosée. »
« Oui, l’on peut corriger, déclara, sans rancœur
Aucune ni tourment, l’
effaçable marqueur,
Au cahier de latin, les fautes de mon feutre :
Mon masculin, mon féminin, mon neutre...
Mais vous devez faire attention :
Si l’on me laisse ouvert, je sèche ! »
« Moi, dit l’index, je suis de mèche
Avec les autres doigts, pour fouiller ses toisons. »
« De caresser son cœur, ajouta l’annulaire,
J’en reperdrais bien mon latin,
Peuchère ! »
Et moi, renchérit le coquin
Majeur,
Je suis un incorrigible
Marqueur !
En elle, mon amour, est au sien fort sensible. »
« Indélébiles sont les deux », a paraphé la main.
Késaco
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Un beau vers a douze pieds, et deux ailes
Jules Renard