Bonjour Quire. Cela fait si longtemps que nous ne t'avons pas vu. Tu nous manques. Reviens j'ai trouvé la phrase qui nous a fait autant disserter ensemble. Je l'ai trouvée et voila ce que je t'écris aujourd'hui. Bisou plein de soleil. Emilie.
"Les mathématiques sont la seule science où l'on ne sache ni de quoi l'on parle, ni si ce qu'on en dit est vrai." (Bertrand Russel)
La citation de Russel est évidemment une boutade. Les mathématiques semblent la science qui se rapproche le plus de l'idéal d'un accord universel entre tous les esprits rationnels, au point que Platon pouvait exiger de ses disciples une formation mathématique seule à même d'inculquer la rigueur de l'esprit ( " que nul n'entre ici s'il est géomètre", aurait-il gravé à l'entrée de l'Académie dans laquelle il enseignait la philosophie). Comment Russel peut-il définir comme la science dans laquelle on ne sait ni de quoi on parle, ni si ce qu'on en dit est vrai?
La première partie de la phrase fait allusion
au caractère formel des mathématiques : alors que les sciences de la nature étudient une fraction du réel relativement bien délimitée, les mathématiques n'ont pas pour objet un domaine de la réalité. Les objets mathématiques n'ont d'existence que dans la mesure où on les pense et où on les construit. Par exemple, un vrai cercle n'existe pas dans la nature, il n'existe en toute rigueur que dans l'esprit du mathématicien qui le définit et en déduit les propriétés. L'accord formel de tous les mathématiciens sur la définition du cercle et ses propriétés peut alors fort bien aller de paire avec un désaccord radical sur la nature des objets mathématiques : sagit-il d'entités idéales ? D'abstractions obtenues à partir d'expériences sensibles, de cercles presque parfaits par exemple ? Ou encore de simples constructions mentales ? Ces différentes théories coexistent depuis qu'il existe des mathématiques, et il n'y a pas lieu de s'en inquièter dans la mesure où le statut qu'un mathématicien attribue aux objets mathématiques n'intervient en rien dans son activité de mathématicien : il ne concerne que la question ( extérieure au mathématiques) à savoir ce qu'il fait quand il fait des mathématiques.
Si l'on ne sait pas de quoi l'on parle, comment savoir si ce qu'on dit est vrai ? Russel joue ici sur la distinction entre
vérité et validité: une théorie mathématique sera valide si elle n'enferme aucune contradiction, mais comment la dire "vraie" faute de toute expérience permetttant de la confronter à une réalité extérieure ? Toutefois, la formule de Russel est encore trop timide : la véritable situation en mathématique n'est pas que l'on ne saurait pas si une théorie est vraie ou fausse,
elle est qu'on sait parfaitement que la question de savoir si elle est vraie ou fausse n'a aucun sens en mathématique. On n'a le droit de poser la question de la vérité qu'à l'intérieure d'une théorie déja définie? Ainsi une proposition sera vraie si elle découle nécessairement des postulats de cette théorie. La question : la théorie elle-même est-elle vraie ? n'a donc aucun sens en mathématique et témoigne du fait que la spécificité du statut des mathématiques n'a pas été comprise.
Prochain texte les sciences!!!!
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n'entendre que les silences,
n'écouter que les mots,
ne donner que le beau,
ta vie aura un sens