Emilie 100 messages

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| Sujet: liberté (2) Mer 31 Aoû - 10:21 | |
| Il y a des actes qu'on ne peut commettre qu'en tenant le discours de l'absence de liberté, qu'en allèguant le fait qu'on n'était pas libre. C'est ce que Sartre appelle la mauvaise foi (le fait de ne pas assumer ses propres choix). On allègue alors la force de la passion ("c'était plus fort que moi"), le déterminisme psychologique ou sociologique (je ne pouvais que devenir ce que je suis devenu) ou la contrainte extérieure ("je n'ai fais qu'obéir aux ordres"). L'homme se considère et se comporte alors lui-même comme un être non-libre. C'est peut-être que, quoi que nous disions, la liberté nous pèse. Mais précisément, la liberté est ce à quoi je ne puis échapper : "L'homme est condamné à être libre" (Sartre). Quelles que soient les pressions qui pèsent sur moi, c'est moi qui réponds de la façon dont je réagis à ces pressions : je peux me soumettre, collaborer volontairement, choisir de me révolter, chercher à m'enfuir, me suicider etc. Les évenements extérieurs n'agissent pas directement sur ma conduite, tout dépend de l'usage que je fais de ce qui s'impose à moi. "Ce qui compte pour un homme, ce n'est pas ce qu'on a fait de lui, c'est ce qu'il fait de ce qu'on a fait de lui." (Sartre)
Si les hommes se réfugient derrière les alibis du déterminisme ou de l'obéissance au politique, n'est-ce-pas que, quoi qu'ils disent, la liberté leur pèse parce qu'elle est angoissante ? L'angoisse n''est pas la peur, qui a pour objet une réalité extérieure à moi, que je peux choisir de fuir ou d'affronter. L'angoisse au contraire est une sorte de vertige de la liberté qui ne rencontre aucune entrave extérieure et n'est aux prises qu'avec elle-même. Seul un être libre peut éprouver de l'angoisse, c'est-à-dire ressentir sa propre liberté comme un fardeau. La Boétie, dans le discours de la servitude volontaire, s'étonne que tout un peuple puisse obéir à un seul homme, et pire encore : si le hasard ou sa propre audace sont parvenus à le libérer de l'"importunité d'un maître", il n'a rien de plus pressé à faire que de s'en redonner un autre, souvent plus terrible encore. Il faut bien penser que le peuple s'y retrouve d'une façon ou d'une autre. Se donner un maître, c'est soulager le fardeau de l'angoisse, c'est aussi avoir quelqu'un à qui s'en prendre quand les choses tournent mal. (Girard)
Epictète, un sage stoïcien qui était aussi esclave de par son statut social, se sentait néanmoins libre dans la mesure où son maître n'avait aucun pouvoir sur ses idées ni sur ses émotions. Le maître s'emportant contre lui, et en proie à sa propre colère, ne maitrisant plus ses sentiments, était moins libre que lui. A son maitre menacant de le tuer, Epictète répond tranquillement : "Quand t'ai-je dit que j'étais immortel ? Et toi l'es-tu ? Il est en ton pouvoir de me tuer, non de faire que j'estime que c'est là un mal." Comme l'écrira plus tard Montaigne, "celui qui a appris à mourir (qui a surmonté la peur de la mort), il a désappris à servir (les autres n'ont plus aucun pouvoir sur lui)". Toute la liberté stoïcienne repose sur la distinction entre les choses qui dépendent de nous (qui sont en notre pouvoir) et celles qui n'en dépendent pas. Il est absurde et voué au malheur de faire porter son désir sur ce qui ne dépend pas de nous. Il faut au contraire concentrer toute notre volonté sur ce qui dépend de nous, c'est-à-dire nos pensées, nos jugements sur les choses, nos sentiments. Tout ce qui ne dépend pas de nous est indifférent à notre égard (=ne pas nous rendre ni meilleurs, ni pires) : il faut s'en persuader et cesser de l'espérer comme de le craindre. Seul ce que nous pensons, sentons, faisons, dépend de nous, et seul cela peut nous rendre meilleurs ou pires. Les autres n'ont de pouvoir sur nous que celui que nous leur laissons prendre, du fait de la faiblesse de notre caractère ou de notre manque de fermeté.
Prochainement dernier chapitre sur la liberté.  _________________ n'entendre que les silences, n'écouter que les mots, ne donner que le beau, ta vie aura un sens |
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