La petite câle est calme...Sur le miel bleu du fleuve
qui se meurt vers l'océan,
les barques somnolent en dodelinant.
Au loin, on voit les clochers de la ville
et les escarpements lointains de la montagne...
C'est l'heure bénie du crépuscule et,
dans les maisons les lumières
s'allument l'une après l'autre,
comme une invitation à la fin du jour...
L'image du petit port de pêche
se renverse sur les eaux
au milieu des zigzags dorés
et frémissant des reflets.
Il y a tout près de la barque verte,
rivée à jamais sur le gazon,
une agréable et délicate couleur de lune...
Le petit quai reste désert et silencieux...
Seuls deux hommes passent,
en bleu du travail de la journée...
Ils discutent avec chaleur...
D'un piano lointain,
est arrivée la romance sans paroles...
Elle s'est ouverte lentement
sur un tempo rubato
pour entrer ensuite dans un champ
délirant de passions...
La musique
enveloppait la petite câle
de sa fascination sonore, sentimentale.
Des vaguelettes léchaient voluptueusement
les marches de l'embarcadère...
Le piano jouait encore sa romance
lorsque la nuit se fit.
Sur les eaux vertes et grisâtres,
une dernière barque passa,
blanche comme un fantôme,
au rytme lent d'une rame...
J'ouvris les yeux,
hélas, le piano se tut.
Le train passa, en route vers demain...
J'ai cru y voir ton visage,
fugace...
Késaco
Et mon bisou...
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Un beau vers a douze pieds, et deux ailes
Jules Renard