A Romane...
Chroniques du Houtland.
20 mars 2005
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« Voilà la scène faite,
voilà mon rôle joué,
Serviteur à la compagnie ! »
Molière – La comtesse d’Escarbagnas J’exhale l’odeur sucrée des crèmes et des fards de mes acteurs, étincelles bleues qui me font vivre…
Une perche, des rabans, pendrillons côtés cour, de même côté jardin, toile peinte de jute dans le fond de l’espace… J’allume les pinceaux colorés de mes projecteurs, que commence le spectacle…
Mes lourdes et rouges paupières de velours s’ouvrent sur vous, public, femmes et hommes assemblés au soir de la première.
J’offre mieux que la vie, je magnifie l’instant. Dans l’espace scénique se focalise un monde, le plateau résonne du jeu de mes comédiens.
Comédies, tragédies, pantomime du baladin, l’acteur a pour mission de transcender vos vies. Terrible apostolat.
L’auteur dans la coulisse, et parfois, sur la scène, s’émerveille ou s’angoisse en découvrant ses mots. Ses lettres ensommeillées, couchées dans les replis du cahier qui s’éveillent à la vie… On passe dans huit jours… Les huit jours sont passés… C’est le moment magique.
Le saltimbanque s’avance… Il s’adresse à vous tous, il s’adresse à chacun… Soliloque ou monologue, vous êtes déjà ailleurs, à la Cour de Naples ou dans le Nébraska, qu’importe ? Vous êtes au théâtre, le lieu magique et tendre de tous les possibles.
S’enchaîne les répliques, la vie, l’amour, la mort et la colère, il est déjà trop tard, je vous tiens dans mes rets…
Vous n’êtes plus assis sur un dur strapontin, non … Vous êtes Pierrot, Elvire, ingénue ou valet… Vous avez franchi le pas des rampes allumées. Vous riez, vous pleurez, vous vous indignez, en fin de compte, vous aimez… Dans vos têtes épuisées par les vapeurs du quotidien pénètrent en nuées chaudes les ors du spectacle. Il n’y a plus d’enfants, de vieillards ou de grincheux… Un seul cœur, une seule écoute, attentive aux paroles de mes serviteurs.
J’offre mieux que l’amour, je magnifie les sentiments. J’habille les pans de la nuit d’oripeaux scintillants.
Sur ma scène animée se joue la dérision des heures ordinaires, la peinture en pleine pâte, en touches épaisses, de vos travers les plus flagrants.
Comédies, tragédies, l’espace feutrée et doux de la scène corail est peuplé de répliques accouchées par l’auteur, étonné…
Ses mots secrets ne lui appartiennent plus, il vous fait l’offrande de ses pensées intimes. Ce n’est pas impudeurs, non ? C’est un cadeau royal.
Les acteurs, baladins et mimes, empoignent le texte à bras le corps et le transforme en rêves collectifs, sentiments, passions et déchirures.
J’offre mieux que la vie, je vous magnifie, vous, humains, d’une humanité vraie. Plus belle que la vie, la scène est un lien d’espérance. L’espérance d’un réel plus beau, plus altruiste.
Mais déjà, la magie s’estompe et mes paupières de velours rouge se referment sur mes amis artistes.
Debout ! Applaudissez, public, à leurs prouesses ! Ils vous ont tout donné, leurs peurs et leur sueur, leurs cris et leurs espoirs et jusqu’à leur santé… Leurs forces vives… Applaudissez l’auteur, il a tendu vers vous ses mains ouvertes en grand, ses secrets enfouis, ses failles, son cœur, son âme d’écrivain, sa vie…
Vous avez ri, pleuré, vous vous êtes indignés… Vous avez partagé, commères, compères, nos rêves idéaux… Soyez en remercié…
Sur ma scène endormie, une lucarne s’ouvre, un rayon de lune fait vibrer la poussière dans un halo brillant… C’est la poussière d’or qui reste du spectacle, il en restera encore pour la prochaine représentation… Les plus belles paillettes, vous les avez emporté dans vos yeux rassurés et heureux, cher public, soyez en remercié.
J’offre mieux que la vie, je magnifie l’instant, dans le rouge grenat de ma salle endormie, j’ai inventé pour vous, l’espace d’un instant, j’ai inventé pour vous un monde plus joli…
« Le Théâtre, c’est la superbe exaltation de la vie, la concentration des émotions, la possibilité de crier devant un public les secrets les plus intimes du cœur humain. »
Jean-François Somain [/i]
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"Il est très bien, dans une fable,
De faire parler un camembert.
Son style est coulant, agréable,
Et puis il fait si bien les vers."
Francis BLANCHE