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 Chroniques du Houtland (15 mars 2005)

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Pascal9
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Localisation: Flandre
Date d'inscription: 20/12/2004

MessageSujet: Chroniques du Houtland (15 mars 2005)   Mar 15 Mar - 14:47

Chroniques du Houtland.

15 mars 2005.


« C’est plein d’horizon
A vous rendre fou
Mais l’alcool est blond
Le diable est à nous
Les gens sont d’Espagne
On a besoin des deux
On fait des montagnes
Avec ce qu’on peut »

« La Bière – Jacques Brel »

Transperçons les clichés sans plus nous retourner… Le Nord est à la mode, en ce moment… Dans le Nord, justement… Et peut-être heureusement… Qui sait ?
Pourtant, il est fait ainsi mon pays de légendes et d’espaces infinis. L’hiver, ce matin, s’enfuit enfin. Le ciel explose en un bleu comme nulle
autre part ailleurs. Un ciel de faïence de Delft comme les précieuses assiettes du dimanche que serraient ma grand-mère sur l’immense buffet de la cuisine.
Il est fait ainsi ce pays que l’on pense gris et misérable.
Jacques Brel a raison (ce n’est pas l’inconditionnel que je suis qui dira le contraire…) dans ce pays plat aussi plat qu’un plat (merci Dick Annegarn…) ce sont les femmes et les hommes qui sont des montagnes, des montagnes de générosité et d’émotions.
Mon pays est tissé de cette fibre rude et solide, le tissu serré d’une cotte de travail, un « bleu » justement… Comme l’on dit chez nous. Un uniforme de la couleur de ce ciel de printemps, cet uniforme qu’a endossé mon père à l’âge de douze ans, et avant lui son père et le père de son père, comme tant d’autres… Des milliers d’autres…
Une dynastie de mains calleuses et de petits matins frisquets réchauffés à coup de « bistouille » (Café additionné d’alcool de genièvre) dont je suis l’héritier. Mes mains, à moi, n’ont pas de cals, j’ai parfois le sentiment de les trahir… Quelle impression bizarre…
Mon pays est de ce bleu délavé et du vert tendre de l’espoir… L’espoir qui reste malgré tout, par-dessus tout…
Une émotion… Transperçons les clichés…
Quarante mille voix émues et pourtant fortes, quatre-vingt mille yeux embués, brillants… Des voix assurés qui chantent spontanément « Les Corons » dans le chaudron du stade de Lens avant la rencontre… Ces voix disent au revoir au copain Pierrot… Pierre Bachelet, un homme d’ici, qui a tiré sa révérence, avec élégance, la discrétion des « vrais » grands…
Pierre Bachelet, un enfant du pays brumeux, qui chantait aussi ces simples vers : « En haut, c’est toujours la soie, les dentelles…
En bas, c’est la pelle et la truelle…
»
Mon père était songeur… Chez nous, on est du bâtiment comme d’autres sont du quai d’Orsay ou de la magistrature…
Je l’ai connue, je l’ai vécue enfant, cette fierté d’être ouvrier.
Naïveté d’un quadra révolté par le mépris ambiant et généralisé ? Non… Hommage à mes pères, à mes pairs…
Transperçons les clichés…
De la dignité et des principes pour accepter la misère et les duretés du temps. Le panneau de bois peint sur le mur de la cuisine : « God ziet mij – Hier vloekt men niet » « Ici, on ne jure pas, l’œil de Dieu vous regarde… ». Austérité de l’aïeule ; révolte des fils, les jours étaient trop pénibles…
Révoltes…Grèves… Emeutes… 1936… Guerre d’Espagne… Francs Tireurs et Partisans… No Pasaràn ! Où êtes-vous Yvon et Jean ? Disparus dans le bruit d’acier froid des wagons à bestiaux vers… l’enfer… 1943…
Ici, on ne jure pas, l’œil de Dieu vous regarde ». Je jure tout le temps, par rébellion, par respect filial… « Les rouges… Les blancs… »
Transperçons les clichés…
Femmes et hommes-montagnes, c’est ici que sont plantées profondes mes racines. Comment pourrai-je être ailleurs ? Nier c’est déjà mentir.
Mon pays est ainsi fait, oscillant entre colère et ironie, balançant entre gaudriole et tragédie. Derrière les mots de comptoir, derrière les mots de tous les jours, l’émotion n’est jamais bien loin…
On est toujours de quelque part. Moi je suis fait de brumes et de canaux, je suis fait de ciels immenses et de beffrois… Je suis pétri de la terre des labours et bâti de briques rouges. Je suis la fatigue du soir et la chaleur rouge du grand jour. Je suis la buée sur les chopes mousseuses, j’ai la hauteur des géants de papier et de rotin. Je suis la folie du carnaval et la raison butée du flamand. Je suis la liesse des chansons à boire et la tristesse des jours de pluie. Le désespoir, aussi… Mon vieux septentrion palpite dans mes veines.
Gens du Nord, bras ouverts vers l’horizon qui flambe, gens d’espoir et d’humanité.

« Mon père disait
c’est le vent du Nord
qui transperce les yeux
Des hommes du Nord
Jeunes ou vieux
Pour faire chanter
Des carillons de bleu
Venus du Nord
Au fond de leurs yeux.

Jacques Brel « Mon père disait »

_________________
"Il est très bien, dans une fable,
De faire parler un camembert.
Son style est coulant, agréable,
Et puis il fait si bien les vers."
Francis BLANCHE
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Romane
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Date d'inscription: 19/12/2004

MessageSujet: Re: Chroniques du Houtland (15 mars 2005)   Mar 15 Mar - 18:08

Pascal9 a écrit:
De la dignité et des principes pour accepter la misère et les duretés du temps. Le panneau de bois peint sur le mur de la cuisine : « God ziet mij – Hier vloekt men niet » « Ici, on ne jure pas, l’œil de Dieu vous regarde… ». Austérité de l’aïeule ; révolte des fils, les jours étaient trop pénibles…
Révoltes…Grèves… Emeutes… 1936… Guerre d’Espagne… Francs Tireurs et Partisans… No Pasaràn ! Où êtes-vous Yvon et Jean ? Disparus dans le bruit d’acier froid des wagons à bestiaux vers… l’enfer… 1943…
Ici, on ne jure pas, l’œil de Dieu vous regarde ». Je jure tout le temps, par rébellion, par respect filial… « Les rouges… Les blancs… »
Transperçons les clichés…
Femmes et hommes-montagnes, c’est ici que sont plantées profondes mes racines. Comment pourrai-je être ailleurs ? Nier c’est déjà mentir.


J'ai beaucoup d'émotion, à lire ce texte, Pascal.
Il est plein, plein à craquer, plein comme un oeuf, un oeuf de vie, de mort, de révoltes, de luttes, d'espérance, de soumission...
Il est plein de tout ce que j'aime.
Je vous aime.

baiser

_________________
Les idées sont des apparitions provisoires de l'infini (Alessandro Baricco)
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Chroniques du Houtland (15 mars 2005)

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